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victoire lui eût été impossible. Le camp vasco-aragonais, nécessairement très-étendu, couvert sur sa droite par le marais de Rudelle, sur sa gauche par la Garonne et l’ancien lit de la Louge, sur son centre par le même lit et l’escarpement des collines, entouré de barricades faites avec les impedimenta !, était inexpugnable pour les Croisés. Jamais 900 hommes de grosse cavalerie n’auraient pu enlever une semblable position défendue par 43,000 hommes. Montfort n’a pu triompher qu’en attirant ses adversaires dans la plaine, autour de Muret, où il avait l’avantage du terrain, étant posté derrière les remparts de la place et l’escarpement de la Louge. Aussi, croyons-nous qu’on pourrait généraliser nos conclusions et dire que foute version qui fera consister la victoire de Muret dans une offensive prise par Montfort contre le camp vasco-aragonais sera nécessairement erronée.
Et nous n’en voulons d’autre preuve que l’opinion des vaincus de Muret. La Canso et G. de Puy-Laurens rapportent ? qu'avant la bataille Raymond VI proposa au roi d'Aragon d'attendre derrière les barricades du camp l'attaque de Montfort. Tandis qu’on aurait accablé de traits sa cavalerie impuissante contre des retranchements et des talus, les 3000 cavaliers alliés auraient, par des sorties, chargé en flanc les 900 Croisés, trop peu nombreux pour faire tête partout. [ls auraient ainsi pu les presser entre deux attaques, les couper de leur ligne de retraite, et finalement les jeter dans la Garonne. Ce plan de bataille défensive fut rejeté par Pierre II,qui préféra prendre l'offensive. Mais l’anecdote prouve bien qu’au quartier général toulousain on appréciait toute la force de la position du camp. Si donc Raymond VI avait vu les Croisés venir affronter cette position, il se serait bien gardé de l’abandonner pour aller au devant d’eux, et surtout de désespérer de la victoire au point de déserter le terrain sans combattre. En définitive, la version de M. X... revient au singulier chassé-
1 Guil. de P.-L. (P. 3029 B). Populus Tolosanus, de castris ubi erant vallati curribus et aliis impedimentis.… ? Canso (V. 3006-3014) ; Guil. de P.-L. (P. 209 A).
croisé que voici : Montfort aurait d’abord refusé la bataille
quand on venait la lui offrir autour de Muret, où tousles
avantages étaient de son côté. Puis il serait venu l’offrir sur le détestable terrain où Raymond VI l’appelait de tous ses vœux ; et c’est juste alors que le comte de Toulouse aurait abandonné ce même terrain sans se défendre. On n’attribue pas sans preuves de pareilles naïvetés à des hommes de guerre de cette valeur.
A cela M.X... répond qu'il ne croit pas à la tactique du moyen-âge. Nous ne prétendons pas non plus que les armées de cette époque aient eu la régularité de manœuvres, la perfection d’organisation, ni surtout les puissants engins de destruction de celles des temps modernes. Mais nous croyons qu’elles savaient suppléer à l'insuffisance des moyens par une intelligence merveilleusement ingénieuse. Nous pensons encore que leur cavalerie avait une expérience consommée de son arme; enfin qu’elles savaient déjà tirer un excellent parti du terrain. Et cela suffit pour expliquer la victoire de Muret. Quant à la manière dont le moyen-âge pratiquait les siéges, M. X... la qualifie d’enfantine. Selon nous, au contraire, c’est surtout dans les siéges que s’est déployée sa sagacité, à cause même de l’insuffisance des moyens scienüfiques, à laquelle il fallait absolument obvier par l'invention. Avec notre artillerie moderne, le premier venu peut éventrer une courtine. La chose était moins aisée avec des mangonneaux, c’est-à-dire avec de simples leviers munis d’une fronde. L'action explosible des poudres de nos mineurs modernes rend irrésistible l'effet d’un fourneau de mine; mais quand il fallait faire écrouler une courtine par la simple excavation de sa base et la combustion de ses étançons, on avait à calculer bien plus exactement le point de résistance de la maçonnerie, puisque la désagrégation des matériaux ne se produisait que sur la verticale. Et pourtant on y arrivait. Sans équipages de pont on franchissait des fleuves; sans canons on pratiquait des brèches dans des remparts dont l'épaisseur n'avait rien d’enfantin. Sans moyens préparés d'avance, on triomphait des mêmes obstacles que nous rencontrons aujourd’hui. La guerre était donc une improvi-
sation perpétuelle où le génie devait obvier à tout, puisque la science ne pourvoyait à rien. Voilà pourquoi nous pensons qu’on n’a pas été suffisamment juste avec les hommes de guerre du moyen-âge.
L’archéologie a déjà réhabilité certaines grandes batailles des XIV® et XV®: siècles. Pour le XIII° qui seul nous occupe, il est bien vrai que la plupart des historiens lui ont contesté l'intelligence de la guerre; mais on doit reconnaître aussi qu'ils n’ont jamais examiné la question. Ils n’ont pas restauré le terrain d’un seul champ de bataille; et les hommes du métier peuvent dire s’il est possible de juger une bataille sans en connaître le terrain. Aussi ne deman-dons-nous, pour le moment, qu’une seule chose : que chacun réserve son opinion jusqu’à ce que l'expérience ait été faite. Nous concédons que le XIIIe siècle tout entier ne peut pas être jugé sur la seule bataille de Muret. Mais si à ce premier exemple venait s’en ajouter une série d’autres, il faudrait bien qu’on renonçât aux objections à priori pour remettre le problème à l'étude. C’est ce que nous voulons: tenter. Notre contradicteur nous oppose la bataille de Bouvines. Nous venons justement d'examiner de près et le terrain de Bouvines, et toute la contrée qui fut témoin de cette très-intelligente campagne. Nous oserons en dire notre humble avis. On jugera alors si la tactique du temps de Philippe-Auguste n’a eu qu’une bataille de Muret. Et si ce second exemple ne suffit pas, on essayera de passer à d’autres. ,
Notre unique regret est de nous sentir seuls, avec notre profonde insuffisance, pour résoudre un des problèmes les plus dignes des lumières des militaires de profession. Ceuxlà seuls seraient les juges compétents d’un procès dont nous ne pouvons être que le modeste greffier donnant lecture des pièces.
Henri DELPECH.
Mbntpallier, Imprimerie FirMiN et Camrrou, boulevard de la Comédie, 7
.RET | Plan de la Bataille de Muret
5 ; : Fe 9 Pr) pres les Chroniqueurs conlraires à la Canso
rte de Toulouse rte de Sales | | Point où les Âlbigeois insultèrent Montfort au moment de sa sortie Premier, second et troisième corps Vasco-Aragonais
Position du premier corps avant qu'il ne franchit la Louge Milices Toulousaines demeurées au camp
Cavalerie des Croisés > Première attaque des deux premiers corps des Croisés
2 me — —
+++ Seconde attaque des mêmes corps M > Attaque de flanc du troisième corps commandé par Montfort
tachement Vasco-Âragonais qui tenta d'arrêter Montfort à sa sortie du marais
ML
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