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Ces chifîres extraits des comptes rendus annuels et notamment de celui de juin 1884, attestent la prospérité d'une Société qui a eu l'honneur d'ouvrir la voie.
En 1862, de nouvelles ressources allaient permettre de tenter de bien autres efîorts. Un Américain, qui avait doté la ville de Baltimore d'institutions considérables , donnait une somme de loO,000 livres (3,7oO,000 francs) pour améliorer la condition des pauvres dans la ville de Londres qu'il habitait depuis vingt-cinq ans. Un comité de cinq personnes désignées par le donateur s'assemblait sur-le-champ. M. Peabody^ avait exprimé le vœu que l'œuvre à
1. Cinquante ans avant la donation, un jeune commis entrant dans une maison de commerce des États-Unis avait fait vœu, si Dieu lui donnait la fortune, de consacrer ses biens au service des pauvres. En 1862, ce commis devenu puissamment riche, fondait plusieurs institutions dans le Massachusetts (à Danvers, son lieu de naissance, qui a pris depuis le nom de Peabody) et en même temps, il créait à Baltimore une série de fondations généreuses destinées à l'instruction supérieure. Des lettres qui viennent de m'arriver de Washington évaluent les donations faites en Amérique par M. Peabody à 11 millions de dollars (55 millions de francs).
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créer ne fût pas seulement un bienfait pour ses contemporains, mais fût utile aux générations futures du peuple de Londres ; il excluait toute idée de propagande religieuse ou politique, mais il entendait que l'institution, quelle qu'elle fût, profitât aux pauvres, en tenant compte de leur moralité et de leur conduite.
Les administrateurs du fonds Peabody, au premier l'ang desquels se trouvait lord Derby, examinèrent longuement l'œuvre à laquelle il convenait de s'arrêter. Ils écartèrent les hôpitaux, les hospices et les formes déjà connues de la bienfaisance et se décidèrent à créer, pour les ouvriers, des habitations conformes aux meilleurs principes de l'hygiène. Il s'agissait d'une fondation charitable : les administrateurs auraient pu faire payer une redevance très faible constituant une sorte de loyer fictif; ils auraient pu donner à titre gratuit des logements à des milliers de familles. Ils n'eurent garde de commettre une telle faute. Fidèles aux vrais principes de l'économie politique, ils résolurent de ne pas faire une concurrence ruineuse pour la propriété libre. Après avoir calculé l'intérêt légitime qui devait être tiré du capital employé, le prix des logements fut établi, non sur des chiffres arbitraires, mais afin de produire un revenu se rapprochant de celui des fonds publics anglais.
En février 1864, le premier groupe de bâtiments élevé à Spitalfields était achevé et occupé par 200 lo-
cataires. Peu après , le groupe d'Islington était ouvert. Ainsi deux ans à peine s'étaient écoulés depuis la première initiative et déjà 400 familles comptant plus de 2,000 personnes étaient logées dans des conditions d'hygiène et de moralité qui ne laissaient rien à souhaiter.
M. Peabody jugea que ces résultats dépassaient ses espérances. Le 29 janvier 186o, dans une lettre adressée aux Irustees. il annonçait son intention de consacrer une somme de 100,000 livres à l'œuvre qui portait son nom : il prescrivait Taccumulation des intérêts jusqu'en juillet 1869. époque à laquelle le capital pourrait être employé. Il n'attendait pas l'expiration de cette période pour augmenter ses libéralités. Le o décembre 1868. il adressait aux trustées une nouvelle somme de 100,000 livres.
Enfin, le 4 novembre 1869, M. Peabody étant morl. les trustées apprirent que par un legs, une somme de loO,000 livres devait être ajoutée au capital dispo nible. En sept années, 500,000 livres (12 millions 500,000 francs) avaient été donnés par un particulier pour l'œuvre du logement des ouvriers de Londres.
Grâce à cette somme, accrut^ par une ^^age administration, dix-huit groupes de maisons ^ s'élevèrent
1. Aux couveri-alions que nous avons eues avec le secrétaire de la donation, M. Crouch, nous avons ajouté la précieuse déposition de sir Curtis M. Lampson, ami particulier de M. Peabody, l'un des truste s, qui a été reçue par la commission royale, le 10 juin 1884. et qui ne contient pas moins de 372 réponses.
dans le centre aussi bien que dans les nouveaux quartiers de Londres, comprenant 4,5ol logements séparés formant un ensemble de 10, 144 chambres occupées par 18,453 personnes.
Chacun des groupes est composé de plusieurs corps de bâtiments le plus souvent isolés. A Londres, où les maisons sont moins élevées qu'à Paris, l'étranger est tout surpris de voir dans les quartiers les plus populeux, au milieu de vieilles masures noircies par le temps et par la fumée, une haute construction qu'il est tenté de prendre pour une caserne ou pour un hôpital. S'il monte les quelques marches qui le mènent jusqu'à la cour, il entre dans un vaste préau que dominent et entourent des corps de bâtiments de cinq et six étages.
Plusieurs escaliers desservent les cinq étages élevés au-dessus du rez-de-chaussée. La construction est faite en une sorte de béton aggloméré, avec des solives en fer, de telle sorte que le danger d'incendie n'existe pas. Dans les escaliers il n'entre pas un mor^ ceau de bois; de larges baies, sans fenêtres, laissent passer le jour à chaque étage sur les paliers qui, le soir, sont éclairés au gaz jusqu'à onze heures. Nulle inscription, nulle tache sur les murs, nulle ordure malsaine ; l'eau en abondance permet de laver entièrement la maison, les corridors et les marches.
Sur le palier on compte six ou huit portes fermant chaque logement qui constitue un ensemble indépendant. Un water-closet est atfecté à deux loge-
ments et situé au fond du palier avec de grandes ouvertures aérées sur la rue. Il en est de même d'une salle de buanderie qui sert à tour de rôle aux locataires du palier et dans laquelle le linge est étendu. Aucun locataire ne peut laver chez lui, ni étendre le linge aux fenêtres.
Le surintendant, sorte de gérant qui a la garde du groupe et qui est fort respecté des locataires, est chargé de faire observer le règlement qui est très libéral : la propreté, la décence et l'absence de bruit sont les conditions absolument exigées ; les bâtiments doivent être balayés chaque matin avant dix heures et lavés chaque samedi. Le nombre d'enfants est très considérable, mais il leur est défendu de jouer dans les escaliers, sur les paliers et dans les buanderies, aussi donnent-ils à la cour intérieure l'aspect d'un préau d'école primaire.
Lorsqu'on entre dans l'intérieur du logement, on trouve la femme seule avec les plus petits enfants: le mari travaille au dehors ; les autres enfants sont à l'école ou jouent dans la cour. Une entrée fort étroite donne géjiéralement sur deux chambre> ; quel(iuefois, une troisième chambre suit la j)ièce qui sert en même temps de salle à manger et de cuisine. La hauteur des étages est de 2"\70. La surface des chambres varie entre lO'^.SO et 13 mètres.
Partout nous avons rencontré le même système de chauffage ; au milieu de la cheminée, du ch^-bon de lierre retenu par une grill(^ projette en avant la cha-
lo2 APPENDICE
leur dans la chambre, chauffe de l'eau dans un récipient qui occupe le côté gauche de la cheminée, pendant que le côté droit est occupé par une sorte de petit four où se cuisent les aliments.
Les conditions de l'hygiène sont observées avec un soin particulier dans ces maisons. A chaque étage, l'eau est mise à discrétion à la portée des locataires et des bains gratuits ^ existent dans chaque groupe.
La poussière et les ordures doivent être jetées dans un orifice spécial disposé sur chaque palier et qui communique avec de grands coffres fermés placés au rez-de-chaussée et que des voitures de décharge viennent vider régulièrement.
Aucun locataire n'est admis, si tous les membres de sa famille n'ont pas été vaccinés.
Dès qu'un cas de maladie se manifeste, le locataire est tenu d'en donner avis, le médecin du district aussitôt appelé vérifie si le malade peut être traité à domicile; toute maladie contagieuse entraîne le transport à l'hôpital.
La comparaison avec la statisti([ue sanitaire de Londres donne Jes résultats suivants : les naissances ont atteint 44.60 i)our 1,000 ce qui dépasse de 10.93 l(^s naissances de Londres. La mortalité des enfants a été de 138.69 pour 1,000 naissances, ce qui est de 13.69 au-dessous de la mortalité infantile dans la ville. Les décès comprenant ceux des locataires portés
1. Les bains sont très fréquentés, mais les locataires n'y Irouvi-nt que de l'eau froide.
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DONATION PEABODY lf^3
aux hôpitaux ont été de 19.10 pour 1,000, inférieurs à ceux de Londres de 1.24.
De tels chiffres démontrent l'influence des loj^ements sur la santé.
Le prix du logement qui est toujours fixé par S(^-
maine varie :
\ de 2^50 soit par an 130 > rour une chambre ^ , ^ „„
Pour deux chambres ; , ^ ^^
Pour trois chambres ! , .^ ^„
Le salaire moyen du chef de famille en 1884 ressort au chiffre de 29 fr. oo c. par semaine, tandis que la moyenne du loyer est de o fr. 8o c. (292 fr. oO c. par an) par logement, soit de 2 fr. 6o c. (136 fr. Qo c. par an^ par chambre.
Les administrateurs du fonds Peabody accomplissent de louables efforts pour attirer la classe la plus humble parmi les travailleurs. Si l'on découvre, lors de 'l'enquête, que l'ouvrier demandant un logement gagne plus de 6 fr. 2o c. par jour, il est éconduit.
Voici la statistique des salaires gagnés par les chefs de famille en 1884 :
141 chefs de famille gagnaient au-dessous de 2 oO ^ 294 — — 3 10
1. On suppose que la femme ou les enfants gagnent de leur côté.
446 chefs de famille gagnaient au-dessous de 4 lo 680 — 5 20
118 — au-dessus 1 de 6 2o
Du rapprochement de ces chiffres, il est permis de mesurer à quelle classe s'adresse la donation Peabody. C'est bien le travailleur et non plus le contremaître, l'employé, le commis qui est logé sainement, grâce à ces larges constructions dans le centre de Londres, à portée de l'ouvrage de sa journée, assez près de son travail pour pouvoir revenir à une heure prendre son principal repas.
La profession des locataires a été l'objet d'une statistique exacte : 5S1 journaliers, 242 couturières, 206 femmes de ménage, 274 constables, 484 porteurs, 128 imprimeurs, 111 tailleurs, 106 cochers, 84 relieurs, 97 facteurs, 99 emballeurs, 83 peintres, M menuisiers, tels sont les métiers dont le nombre est le plus important. On repousse aljsolument le commis et l'ouvrier aisé; à renseignements égaux on donne la préférence à l'ouvrier dont le salaire est trop faible pour lui permettre de se procurer ailleurs un logement sain.
La moralité y est très bonne ; il se produit dans ces agglomérations une sorte d'esprit général ; tout locataire qui s'enivre, toute femme douteuse y est montrée au doigt avant que le surintendant ait appliqué la clause formelle qui l'autorise à donner congé