ET LES
Le grand mal dont nous souffrons est le découragement. Il vient d'une double cause, une grande déception et une profonde ignorance de la démocratie.
Après avoir gouverné la France depuis le Consulat, les classes élevées sont éliminées peu à peu des fonctions qu'elles exerçaient dans rÉtat. Parmi elles, on prend l'habitude de se désintéresser de la chose publique ; et on est bien près de renoncer à tout intérêt collectif. L'égoïsme fait des progrès surprenants ; on vit pour soi ; on se renferme, on s'isole ; il est de mode de professer un absolu dédain pour la politique et nul ne remarque que cette abstention aggrave les maux dont
on gémit. Cette émigration à l'intérieur ne produirait que demi-mal, si les dévouements exclus des fonctions publiques se portaient résolument sur les diverses branches de l'activité nationale. On verrait alors un redoublement de l'initiative privée, qui serait d'autant plus favorable aux intérêts conservateurs qu'elle émanerait des hommes les plus instruits, de ceux qui représentent, avec la fortune, l'esprit de tradition.
Malheureusement, on croit à une crise passagère ; on attend, au lieu d'agir : ceux qui parlent du progrès définitif des idées démocratiques passent pour des partisans plus ou moins déclarés du radicalisme ; on se refuse à voir les réalités ; on ne veut pas reconnaître que depuis un demi-siècle la France a fait des pas immenses vers la démocratie, c'est-à-dire vers un état de société où les classes doivent vivre plus que jamais d'assistance mutuelle; au lieu de proclamer qu'à des situations nouvelles, il faut appliquer des efforts nouveaux, on se laisse gagner par l'inertie. C'est en vain que la Providence a donné à une classe d'hommes en France tous les dons qui leur permettraientd'agir surleursconcitoyens, unesituation notable, de grandes propriétés, une expé-