LE DÉCOURAGEMENT
rience héréditaire des affaires, parfois des noms qui se lient à notre histoire; il semble que quelque mauvais génie leur ait refusé l'action, les ait paralysés, leur enlevant, par je ne sais quelle compensation mystérieuse, l'usage d'une influence qui, bien employée, aurait sauvé le pays.
S'il existe des personnes qui croient un parti conservateur inutile dans une société démocratique, elles pourront se dispenser de lire les réflexions qui suivent. Nous les destinons à ceux qui sont inquiets et tristes, qui voient l'avenir fort sombre, qui cherchent à se rendre compte de la marche des faits et qui, fatigués de prévoir, las de leur impuissance, ont pris le parti d'assister aux événements avec une sorte d'indifférence. Le fatalisme en politique ne vaut pas mieux selon nous qu'en philosophie. C'est une sorte de suicide qui recouvre une grande lâcheté morale.
Ce qui fait la grandeur et la force des sociétés humaines, quel que soit leur objet ou leur but, qu'elles se composent de quelques individus ou de millions d'âmes, qu'elles soient une association naissante de hardis colons ou un grand peuple arrivé au sommet de la prospérité, c'est une vertu unique, la vo-
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lonté. Tant que la volonté des hommes est ferme, une nation est en progrès : quand elle est vacillante, le mouvement ascendant se ralentit et, alors, un j3euple est bien près du déclin.
Avez-vous ressenti au milieu de l'hiver, lorsque le vent souffle sur les plaines de neige, un irrésistible engourdissement qui alourdit les membres? C'est la circulation qui se ralentit è\ qui mène sans souffrances à un sommeil sans réveil. Si vous vous arrêtez, c'est la mort. La marche seule peut vous sauver; mais vous la redoutez; qu'un ami vienne, vous saisisse par le bras, vous secoue et vous entraîne en une course précipitée, la vie renaît.
Le découragement agit de même sorte ; l'àme s'y laisse prendre et s'y complaît : elle y trouve je ne sais quel charme amer; elle s'enivre de son propre désenchantement, s'éprend de sa douleur et en souffre moins que d'être consolée. Que le DJtal se prolonge et la volonté est à jamais anéantie. L'activité, le travail d'esprit, la fécondité surexcitée des œuvres, peuvent seuls rendre à l'àme les espérances qui sont sa vie, restituer au citoyen la volonté sans laquelle il n'y a pas de salut pour la patrie.
LE DKCOURAGEMEXT 5
Observez ceux qui sont envahis par le découragement: ils n'hésitent pas à nier l'existence d'un devoir public. Ils peuvent être d'honnêtes gens, de bons pères de famille, donner l'exemple de toutes les vertus privées; ils n'appliquent pas leur volonté aux devoirs extérieurs : il les croient inutiles ou les nient.
Nous ne sommes pas ici en présence dnine maladie isolée; il s'agit d'une véritable épidémie qui atteint la volonté chez nos contemporains : les malades se rapprochent, se plaignent et aggravent mutuellement leur mal. Pour réagir, il faut former et mettre en mouvement un groupe qui ranime autour de lui l'espérance ; l'association, seule, nous fournira cette arme précieuse. Il faut donc parler et ensuite agir : la parole n'est que le moyen, l'action en commun est le but.