SCÈNE II
AMÉLIE, MALINOT , sortant de la maison de M. Girard.
amélie j qui s'avance pour regarder.
ïié bien , Malinot ?
MALINOT.
Ce n'est point encore Monsieur Charles, Mam'zelle.
AMÉLIE
Il m'avait pourtant bien promis , dimanche dernier , au bal du llanelagh , qu'il viendrait aujourd'hui.
MALINOT.
Il ne demanderait peut-être pas mieux, mais il n'aura pas osé ; vous savez ben comme sa tante, n\adame Boistlotté, s'est fâchée ce jour-là contre madame votre belle-mère, qui riait de lavoir danser comme une jeunesse de vingt ans.
AMÉLIE
Ma belle-mère n'était pas la seule.
MALINOT.
Je crois bien , puisque vous qui aviez l'air si contrarié , vous avez ri encore plus fort qu'elle, et moi encore plus fort que vous ; car, il faut être juste , ce n'est pas parce que madame Boisflolté devait être votre tante j mais, vrai, elle n'est plus du tout taillée pour la danse.'
AMÉLIE
Ce que c'est que les prétentions.
MALINOT.
Tous souvenez-vous comme elle soufflait a la fin de chaque contredanse , j'étais toujours obligé de lui apporter une chaise ; elle en a cassé deux.
/ AMELIE.
Et voilà , pour ce vilain bal, notre mariage remis à je ne sais quand ; et c'est bien désagréable.
MALINOT.
Soyez tranquille ; d's anciens ne se brouillent pas longtemps pour des menuiseries pareilles.
AMbLIE.
Tu crois ? Si tu savais le plaisir que tu me fais de me dire cela.
MALINOT.
Ç.i se raccommodera, j* vous dis... les maris arrangeront cette affaire-là , parce que les hommes, voyez-vous, ce n'est pas comme les femmes.
anelie , riant. .
Mais, entre nous, conviens que madame Boisflotté était bien drôle.
MALITiOT.
Bien drôle ! dites donc qu'elle était... pitorexe.
AMELIIÎ.
Rien n'était si jolie qu'Adèle.
Je la vois encor avec grâce, Chassant , Déchassaut, Passant Et repassant , Faire dire à chaque passant , Les jolis pas , Ah ! les beaux bras ! . . .
Mamans , Hors des rangs , A vos enfans Cédez la place ; Au bal , en amour , Il faut que chacun ait son tour.
MALTNOT.
Et v'ià qu'un danseur qu'elle enlace , Voyant en walsant Son regard caressant , Lui dit tout bas, en la laissant :
Vos yeux sont doux , Mais , entre nous , Ils n'ont plus quinze ans , A vos enfans Cédez la place ; Au bal , en amour , Il faut que chacun ait son tour.
Il danse sur la ritournelle.
Ah! mon dieu! j'entends monsieur votre père! je me sauve, il ne faut pas qu'il me voie, il me Groit déjà à la barrière des Bons-Hommes.
AMELIE.
Pourquoi faire ?
mAlinot.
Pour guetter s'il ne lui vient pas de ces écornifleurs qui lui tombent par douzaines tous les dimanches.
AMELIE.
Guette aussi l'arrivée de Charles, et viens me prévenir.
MALINOT.
C'est ça , je ferons d'une pierre deux coups.
// sort en chantant le refrain du dernier couplet.