SCÈNE II
BAPTISTE
Ah !j’ sais!... l’autre, c'est une madame Jabutot de supplément.
JABUTOT.
Farceur, va ! (il prend une crevette.)
BAPTISTE
Un tète-à-tète en cabinet particulier... (Le regardant manger.) Elles sont bonnes ?
JABUTOT.
Excellentes! Vois-tu, Baptiste, depuis qne je suis au monde, depuis que je me connais, je n’ai jamais pu dîner seul, ça me coupe l’appétit. Je n’ai même épousé une femme que pour dîner avec elle. Aussi, dès le départ de mon épouse, j’ai senti qu’il me serait impossible de m’asseoir à table devant ma solitude. Tel que tu me vois, je suis à jeun depuis vingt-quatre heures.
BAPTISTE, gaiement.
Faut pas!... diable!... faut pas!... Et les gastrites !
JABUTOT.
Je sais bien qu’à la rigueur j’aurais pu inviter un ami, mais de tout temps j’ai eu en horreur de dîner avec des hommes. C’est hôte, ça n’est pas drôle, c’est laid et ça parle politique.
BAPTISTE
Oh ! il est de fait...
JABUTOT.
Baptiste, si tu me parles politique, je m’en vais, (n prend une
troisième crevette.)
BAPTISTE
Oui, je crois que vous préféreriez une conversation plus... crinoline...
JABUTOT.
Farceur !
BAPTISTE
Alors, nous avons fait une petite connaissance?
JABUTOT.
Eh ! eh !
BAPTISTE
Puisque vous avez dit en entrant : « Garçon! j’attends une dame ! »
JABUTOT.
Je l’attends sans l’attendre !
BAPTISTE
Comment ça?
JABUTOT.
Tu te rappelles Renard, cet ancien camarade de la Bucêphale, qui est tout à la fois emflloyé et chapelier?
BAPTISTE
Ah! oui, même qu’il empoisonne tout Paris de ses prospectus.
JABUTOT.
Eh! eh! cet empoisonnement lui réussit à merveille! «Règle