Q UN DINER ET DES ÉGARDS
générale, me disait cet ingénieux industriel, sur cent prospectus que je distribue par jour, il y a toujours bien cinq jobards qui viennent m’acheter cinq chapeaux. »
BAPTISTE
Possible, mais quel rapport?
JABUTOT.
Tu vas voir. Ce qu’il me fallait, à moi, ce n’était pas des pratiques, mais des dîneuses... Alors m’est venue l’idée bouffonne de calligraphier de ma belle main le petit avis ainsi COnÇU : (il tire de sa poche un imprimé qu’il lit.) « Un monsieur aisé et respectable offre un dîner et des égards à la dame, veuve ou demoiselle de bon appétit, qui voudra bien, à six heures, demander au Feu-Éternel monsieur Jabutot. »
BAPTISTE
Ah! ali!
JABUTOT.
Et, dès midi, douze jeunes Auvergnats, parcourant les douze arrondissements de Paris, répandaient mon petit écrit par centaines, par milliers, dans les boutiques, dans les passages, dans les omnibus; et ce serait bien le diable si, grâce à mes douze Savoyards, mon invitation à dîner n’était pas tombée entre les mains de quelque jolie femme sensible et affamée.
BAPTISTE
Mais, pour un employé, vous avez de l’esprit comme un chroniqueur!
JABUTOT.
Je m’en flatte.
Air de Turenne.
Veuves, femmes ou jeunes filles,
A ma table viendront s’asseoir ;
Car tant de convives gentilles.
Existent dans le seul espoir De trouver leur repas du soir !...
Allant sans cesse à sa recherche,
Elles devront bien s’étonner...
Elles qui cherchent un dîner!..
De voir un dîner qui les cherche!
J’éprouve déjà les frémissements de l'attente *! Sera-t-elle Anglaise ou Espagnole ? sera-t-elle blonde, sera-t-elle brune? blanchisseuse ou archiduchesse?
BAPTISTE, riant.
Ou bien princesse?
JABUTOT.
Peut-être ! (On enteud sonner plusieurs fois.)
BAPTISTE
Voilai vbilà!