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CHAPITRE III

Le 12 mars 1725, arrivait à Turin, pour y représenter la France en qualité d'ambassadeur, Louis- Dominique Cambis, dit le comte de Cambis, du comtat d'Avignon, plus connu, avant son mariage, sous le nom de chevalier de Velleron (2) . Chevalier de Malte et grand-croix de l'ordre de Saint- Louis, il n'avait encore exercé d'autre fonction que celle de gouverneur de Sisteron; mais, à défaut d'autre titre, il était réputé à la cour pour ses talents et ses belles manières : " S'il ne s'agit que de briller par les équipages, par la bonne chère et par les propos gaillards au roi de Sardaigne, avait-il répondu au duc de Bourbon (3) qui insistait pour lui faire accepter le poste d'ambassadeur, Votre Altesse sera contente de moi. >' — " D'ailleurs je vous donnerai un secrétaire

(1) Une partie des Anecdotes de Bloudel, en ce <]ui touche son séjiuir à Turin, a été publiée en 18TI. [Xoic Miscetlanra di StO'ùi Ilaliaiia, édita per cura délia reijia deputaiione di storia patria, Toriuo, . XlII.)

(2) Né en 1674, mort en 1740 (Voy. Bibl. nat. Dossiers Ideus, vol. 149, dossier 3795, p. 9 et 12, et vol. 576, dossier l.WSO, p. 19.)

(3) Louis-Henri, duc de Bourban-t'oiidé, dit M. le Duc, arrière-petit-fils du grand Coudé, né te 18 août 1692, mort le 27 Janvier 1740.

de tout repos, avait répliqué le duc. » Et le comte de Cambis s'était rendu. Le secrétaire dont il s'agissait, c'était Blondel.

Celui-ci, depuis son retour de Hanovre, ne songeait guère qu'à ses plaisirs, et, lorsqu'il apprit sa nomination, son premier mouvement fut de se rendre à Versailles, pour s'excuser auprès de M. de Morville (1), alors secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères. Sa grande intimité et son attachement pour M. Le Blanc et le comte de Belle-Isle, adversaires tous deux du duc de Bourbon, et que ce prince tenait enfermés à la Bastille, lui imposaient l'obligation de refuser l'offre qui lui était faite. La franchise de cette démarche plut au contraire au duc et ne fit que le confirmer dans son choix. Blondel partit alors avec M. de Cambis. Celuici ignorait encore, à ce moment, l'objet de sa mission, et ce fut seulement en cours de route, aux Échelles de Savoie, qu'il reçut le courrier le lui apprenant. Il s'agissait d'annoncer au roi Victor-Amédée II le renvoi de l'Infante dEspagne (2), qui l'intéressait doublement, en qualité de souverain et comme aïeul maternel du roi de France.

On sait le bruit que cet événement fit en Europe; aussi, pour ne pas être pris au dépourvu, le duc de Bourbon avait-il voulu que la nouvelle en parvînt dans

(1) Charles-Jeau-Baptiste Fleuriau, comte de Morville, né à Paris le 30 ortobre 1686, mort le 3 février 1"32.

(2) Marie-Anue-Victoire, oée le 30 mars 1718.

84 UN DIPLOMATE AU DlX-Ii UITI EME SIECLE

les différentes cours le même jour et à la même lieure, et, à cet effet, il avait adressé à tous les représentants de la France une lettre cachetée, avec défense de l'ouvrir avant tel jour déterminé.

A l'appui de la mission dont il était chargé, le comte de Camhis remit au roi de Sardaigne une lettre autographe de Louis XV, datée du 4 mars 1725 (1), ainsi conçue : « Monsieur mon frère et grand-père, quoique mes fidèles sujets de tous les ordres aient souvent fait connaître la peine qu'ils ressentaient de me voir engagé dans un mariage d'un âge disproportionné au mien, aussi bien que le désir qu'ils avaient de voir ma postérité assurée, j'ay cependant été retenu, d'un côté, par la douleur de voir éloigner une princesse que sa naissance et ses qualités personnelles me rendaient également chère, et, de l'autre, par la considération de la peine que cet événement causerait au roy d'Espagne. Mais l'ambassadeur de ce prince près de moy m'ayant pressé de fiancer l'Infante, j'ay vu de toutes parts les représentations de mes peuples se renouveler avec d'autant plus de vivacité, que ma dernière maladie a fait renaître des allarmes que mon heureuse convalescence n'était pas capable de dissiper entièrement. C'est alors qu'obUgé de me déterminer entre ma satisfaction personnelle et ce que je dois à mes peuples, à la tranquilhté de mon royaume, à la

(1) Aff. étr., Turin, t. 141, fol. 87.

sûreté de toute l'Europe, à moy-même enfin et à ma conscience, j'ay fait céder mes désirs les plus chers à tant de considérations. Le comte de Cambis, mon ambassadeur près de Votre Majesté, part, dans cette circonstance, pour déposer entre ses mains les motifs de ma détermination. Ils sont si pressans que je ne doute pas qu'EUe ne les approuve, et j'attens en même tems de son amitié personnelle, qu'EUe voudra bien partager avec moy la peine que je ressens de cet événement, devenu nécessaire à tous égards.

" Je suis, Monsieur mon frère et grand-père, de Votre Majesté le bon frère et petit-fils. Louis. »

Victor-Amédée approuva la résolution que venait de prendre son petit-fils : " J'étais mercredi à la Cour, écrit le comte de Cambis au duc de Bourbon (1) ; dès que le Roy m'aperout, il s'éloigna de ses courtisans et me prit dans l'embrasure d'une fenêtre pour me dire : En vérité, plus j'y fais réflexion, plus je trouve 1 âge de l'Infante peu soitable à celui du Roy de France, et je conçois la nécessité qu'il y a de prendre ce parti, surtout depuis que vous m'avez informé du tempérament fort et vigoureux du Roy, mon petit-fils. Je voudrais bien voir le portrait que vous en avez; la Reine m'a dit que vous lui aviez assuré qu'il était très ressemblant. Je

(1) Lellre du -24 mars 1"25 [Aff. elr. Turin, t. lil, fol. 154 et 155 )

lui répondis qu'il étaitde Van Loo et que j'avais donné ordre qu'on l'envoyât de Paris. »

On se félicita à Versailles de l'approbation donnée par le Roi, car on attachait une grande importance à son opinion. Victor-Amédée avait su, en effet, « s'attirer une considération fort au-dessus de celle qu'aurait pu lui procurer la médiocrité de sa puissance (1) » . Les instructions données au comte de Cambis (2) le représentaient comme « l'un des plus habiles princes de l'Europe, tant par ses quaUtés naturelles que par les connaissances que la nécessité et l'expérience lui avaient acquises dans des conjonctures difficiles et très épineuses " .«lia beaucoup d'humeur, disaient-elles, et s'y livrerait volontiers, mais la réflexion le retient. Il tire tout de son propre fonds et du grand usage qu'il a des affaires, ne devant rien à l'éducation ni à l'étude.. . Il a le talent d'amener les personnes avec qui il s'entretient à parler de ce qu'il veut. »

A peine le comte de Cambis était-il arrivé à Turin^ que la santé de sa femme l'obligea à en repartir pour se rendre à Paris, et, pendant son absence, Blondel exerça naturellement les fonctions de chargé d'affaires. Il en profita pour se mettre bien au courant des vues et des intérêts du roi de Sardaigne et pour faire connaissance av( c la ville. Ce n'était pas chose aisée à cette époque; car, depuis le siège de Turin, le Ho

(1) Aff. étr.. Turin, fol. -40.

(-2) Elles sont date s du 25 février 1723. (Aff. rtr.. ibid , M (iO et 61. 'l

RLOINDEL A LA COUR DE SAA^OIE 87

avait établi dans ses États l'étiquette de Venise, en défendant à ses sujets de fréquenter ou de recevoir les ministres étrangers. Étaient exceptés de cette défense les ministres, les chevaliers de l'Ordre de l'Annonciade, les généraux d'un grade supérieur et les premiers gentilshommes de la Chambre. Par suite de cette interdiction, les ambassadeurs ne trouvaient guère de distraction qu'à la promenade, à l'opéra, à la comédie ou au cercle de la Reine, et le soir à l'Assemblée de la noblesse. Cette rigoureuse mesure fut rapportée plus tard, en 1728, à l'égard de Blondel, à l'occasion du séjour que fit chez lui le duc de Richeheu (1) en se rendante Vienne. Ayant, en effet, représenté au Roi que, s'il ne voyait personne, le duc ne s'amuserait guère : « Je t'entends, lui répondit le prince; comme présentement je te connais, non seulement je permets à toute la noblesse d'aller chez toi, mais même aux dames, car je sais que le duc de Richelieu est galant. » Blondel pria alors la marquise de Gontery {2) et la comtesse de Beuil (3) de faire les honneurs de sa maison.

L'interdiction fut définitivement levée dans la suite, lors des fêtes que donna Blondel, pour célébrer la naissance du Dauphin.

(1) Louis-Franc ois-Armand du Plessis, duc de Richelieu, pair et maréchal de France, né eu 1696, mort à l'Age de quatre-vingt-douze ans. Il avait été nommé ambassadeur à Vicune, en 1724.

(2) P'ille du cninle Annibal Maffei, elle avait épousé le marquis de Gontery.

(3) Christine Le Long de Beiiil-Sccnilliac, femme de Victor -An tdee Maffei fils du comte Anuihal.

La haute société de Turin se réunissait tous les jours, de sept à onze heures du soir, soit chez la marquise de Voghiera, princesse de La Cisterne, soit chez la marquise de Cavaillac, et, comme toutes les femmes avaient des intrigues, on s'arrangeait le matin entre époux de manière à ne pas se rencontrer chez l'une ou l'autre de ces dames. En dépit de ces précautions, il arrivait parfois dans ces réunions de piquantes ou de plaisantes aventures. Ainsi, le fils d'un conseiller au Parlement, seigneur de Courbevoix, « ayant fait connaissance à diné, chez moi, écrit Blondel, avec le comte de Grimaldy, jeune homme de son âge, étant à l'assemblée oisif, il s'approcha de la cheminée où était M. le comte de Beuil, père de M. de Grimaldy, et, s'entretenant sur la fidélité et la constance des amours en Piémont, dont il dit que je l'avais prévenu, il luy dit : « Comment, monsieur, cette vieille femme « que voilà là-bas, dans un coin, a pour amant ce vieil « homme avec lequel elle s'entretient? » M. de Beuil lui répliqua : " J ignore, monsieur, si c'est son amant; « mais c'est ma femme. » Déconcerté, il luy dit que ce n'était pas celle-là, mais à côté. Il luy répliqua que c'était sa belle-sœur. Tout penaud, il passa dans l'autre chambre du pharaon, et, trouvant à la porte M. de Grimaldy, il lui dit : « Mon ami, je viens de « faire la plus grande étourderie française qu'on puisse i< commettre. Vous voyez ce grand homme vis-à-vis la « cheminée : je luy ai fait telle question sur les deux

« femmes que voilà là-bas, dans le coin; il m'a réu pondu que l'une était sa femme et l'autre sa bellc- « sœur. » Sur quoi M. de Grimaldy luy répliqua : « Le « grand homme est mon père, et, de ces deux dames, « l'une est ma mère et l'autre ma tante. » C'en était trop : le jeune étourdi s'éclipsa sans prendre con^é, fit faire ses malles et quitta Turin le lendemain.

La situation de Blondel le mit naturellement en relations avec les principaux personnages de la cour. Le marquis d'Angrogne (1), introducteur des ambassadeurs, fut un de ceux qui devinrent de ses plus intimes amis. Il dînait presque chaque jour chez lui. C'était un homme d'esprit, très au courant de ce qui se passait, soit à la cour, soit à la ville, et dont la fréquentation ne pouvait qu'être utile au représentant de la France. Il avait eu d'ailleurs la délicatesse de le prévenir de faire grande attention à toutes ses paroles, car, par état, il était obligé de rendre compte à son maître de tout ce qu'il entendait.

Un jour que Blondel avait dû envoyer à Vienne, au duc de Richeheu, un très long et très important mémoire sur la situation politique de l'Italie et les intérêts des souverains qui se la partageaient, le Roi, avisé par son directeur de la poste de la grosseur du paquet, se le fit apporter; mais, comme le mémoire était chiffré, il ne put en tirer profit. Désireux cependant d'en con-

(1) Charles-Joseph-Amcdée-Manfred Lucerna, marquis d'Angrogue, grand maître des cérémonie», mort en 1"39,

naître le contenu, il char^jea le marquis d'Anfjrogne de sonder Blondel, en lui insinuant qu'un de ses prédécesseurs avait été pensionné pendant dix ans de 20 000 livres par an, et que, s'il voulait le servir utilement, il serait disposé à agir de même à son égard. Le marquis, connaissant le caractère de Blondel, avait dissuadé le Roi de recourir à un pareil moyen. Victor- Amédée chercha alors, à défaut du maître, à corrompre son secrétaire, nommé Gouffé, et en confia le soin au marquis del Borgo (1), secrétaire d'État aux Affaires étrangères, lequel, sous prétexte de faire donner des leçons d'écriture à ses petits-enfants, l'attira chez lui et lui offrit, par ordre du Roi, un brevet de iîOOO livres de pension, s'il voulait déchiffrer le mémoire envoyé au duc de Richelieu. Le secrétaire n'hésita pas à repousser une offre semblable; mais il en fut tellement troublé que, pris de peur, il confia ses craintes a Blondel et finit par obtenir de lui sa liberté.

Le Roi comprit alors qu'il devait s'y prendre d'une autre manière pour gagner la confiance du chargé d'affaires. Il le combla de bontés et d'amabiUtés de toutes sortes, et il s'établit entre eux, au grand profit désintérêts de la France, des rapports d'amitié et même une intimité assez étroite. « xAinsi, nous dit Blondel, toutes les fois, depuis ce moment, que je demandais une au-

(1) Igiiacc-Fraiiçois Sularo, marquis dfl Borgo, rhevalier de rAnuouciaiie. 11 (|uitta la carrière militaire ])i)ur eutrer daus la di|>lumatie.

dience au Roy, il y avait dans son cabinet toujours deux fauteuils vis-à-vis lun de l'autre, et, après que je lui avais fait ma demande ministériellement et respectueusement, il répondait en souverain, d'une manière vague et dilatoire; après quoi, il me disait de m'asseoir... Il s'asseyait également, et me disait de le regarder comme un simple particulier et non comme Roy, et que réciproquement il voulait converser avec moi, non comme avec un ministre de France, mais comme avec un particulier, son amy. Ensuite il me demandait : « Crois-tu que je fasse l'affaire dont tu viens de me « parler? " Je lui répondais que je m'en flattais, en lui énumérant les questions que je lui avais déduites dans mon audience ; il me répliquait : « Tu n'es pas au ton « que je t'ai dit d'avoir ; tu sens encore le ministre. Eh ! " bien, moi, j'y vais de meilleure foi; je te dirai fi'an- « chement que je n'en ferai rien. » Et il m'expliquait les raisons particulières qui le détermineraient..., que je devais prévenir le cardinal et M. Chauvelin (1) que la chose me paraissait impraticable, et que vraisemblablement je ne réussirais pas, par les raisons que je paraîtrais tirer de mon propre fonds; que c'était un moyen qu'il me donnait afin que M. le cardinal et M. Chauvelin eussent une haute idée de mes lumières et de mon intelligence, et me faire près d'eux un mé-

(ll Né en 1G85, il était président à mortier aa Parlement de Paris quand il devint {jarde des sceaux. Il rfinjdii ces fonctions pendant dix ans, et mourut le 1" avril l-:62.

rite, ce que lui-même justifierait par une réponse positive qu'il me ferait six semaines après. »

Lors des séjours du Roi à la Vénerie, Blondel allait souvent lui faire sa cour, et, comme il n'avait pas toujours à l'entretenir d'affaires, Victor-Amédée le promenait dans ses jardins et dans son parc, « et se faisait un plaisir de lui rappeler tous les événements critiques de sa vie, les différents établissements qu'il avait faits dans ses États, la douleur qu'il avait eue de la mort de son fils aîné ( 1) , la manière dont il avait élevé Carlin (c'était ainsi qu'il appelait son second fils), l'ordre qu'il avait mis dans ses finances et dans son militaire, la manière dont il avait maintenu dans ses États la paix, de religion, quoiqu'il eût reçu respectueusement la bulle Unigenitus, qu'il avait fait mettre soigneusement dans un coffre-fort, avec défense à qui que ce soit d'élever aucune question à cet égard, sous peine de prison perpétuelle dans le château de Miolans ; qu'il voulait ([ue tous ses sujets eussent une religion telle quelle, parce qu'il n'y avait que la religion qui donnait l'autorité et la souveraineté aux Roys; qu'il faisait chasser tous ceux qu'il apprenait n'en pratiquer aucune; qu'il ne permettait à aucun ecclésiastique, de quelque ordre qu'il fftt, de traiter les matières de controverses, et qu'il suffisait à ses sujets d'avoir la foy du charbonnier, sans s'alambiquer l'es-

(1) Victor-AhU'dér, |>riiice de Piémout, mort » l'âge de seize ans.

prit de questions qui ne faisaient que troubler les consciences et la tranquillité publique.. ., qu'il avait surveillé et contenu les jésuites (1) , surtout depuis la perte qu'il avait faite de son dernier confesseur jésuite, qui était son amy, lequel, ayant fait une longue maladie dont il était mort et pendant laquelle il l'allait voir journellement, lui dit, peu de jours avant que Dieu en disposât : qu'il ne pouvait mieux lui témoigner sa respectueuse reconnaissance pour toutes ses bontés et pour l'amitié qu'il lui marquait, qu'en lui donnant le conseil de ne prendre jamais pour confesseur un jésuite; qu'il le priait de ne le point questionner sur les motifs de ce conseil, parce que sa conscience et ses serments ne lui permettaient pas de lui en dire davantage » .

Blondel raconte encore que le Roi se plaisait quelquefois à rappeler « l'infidélité que lui avaient faite ses maîtresses, notamment l'évasion de Mme de Verrue (2), sur laquelle il se calma alors par la réflexion

(1) Voltaire observe que Vlctor-Amédée fut le premier priuce de la chrétienté ([ui enleva aux jésuites la direction de sa conscience et celle dc^-tt-iles publiques dans ses États. (Voy. Précis du rè/jne de Lou'n XV, éd. Garmer, t. XV, p. 161.)

(2) Jeanne-Bapiiste d'Albert de Luynes, née le IH septembre 1610, épousa en 1683 Jérôme Scaj^lia, comte de Verrue, noble Piémontais au service de la

■ France. Devenue la maîiresse de Victor-Amédée, elle s'enfuit de Turin, au mois d'octobre 1700, et mourut à Paris le 18 uovembre 1736. On l'appelait « Dame de volupté », et l'on dit même qu'elle avait composé, à son intention, afin que la postérité en filt instruite, l'épitaphe suivante :

Ci-{;ît dans une paix profonde Cette Dame de volupti; yui, pour plus {;iaiide sûietc, Fit son paradis dans ce inonde.

(Voy. Mme de Sévig.né, Lettres, ëdit. des Grands écrivains, t. XI, p. 267, note3.)

qu'on ne doit pas être surpris qu'une femme manque à son amant, quand elle manque à Dieu, à elle-même, à son mari et au public, et qu'elle ne suit que les mouvements de son tempérament » .

On voit combien les sentiments de Vietor-Amédée étaient nobles et élevés. Quant à ses habitudes et à ses goûts, sa simplieité était proverbiale. Je «ne lui ay jamais vu pendant sept ans, éerit Blondel, hiver et été, qu'un habit de drap eaflé, sans or ni argent, de gros souliers à deux semelles, des bas drapés l'hiver et de fil l'été, jamais de dentelles, et de fortes ehemises de toile de Guiber garnies de batiste, prétendant que c'étaient les seules convenables à sa santé, parce qu'elles essuyaient la sueur, et que celles d'Hollande, étant d'abord mouillées, donnaient des rhumatismes en séchant sur la peau. Son épée était d'acier rouillé, garnie d'un cuir le long de la poignée, pour ne pas user les basques de l'habit, et, pour canne, un jonc avec une pomme de coco, et une tabatière d'écaillé garnie d'un cercle d'ivoire. Il n'avait de magnifique que sa perruque et son chapeau, et, comme il aimait fort à se promener, il avait de |)lus dans sa garde-robe un surtout de drap bleu en forme de redingote, qu'il mettait les jours de pluye. >' Il faisait parade de cette simplicité et « badinait souvent son fils » , lequel aimait au contraire passionnément la magnificence des meubles, des tableaux, des habits, des dentelles et des diamants.

* La dépense du Roy, ajoute Blondel, pour sa table à Turin, était fixée à dix louis par jour, et, dans les maisons de campagne, à quinze louis, parce qu'il y avait une seconde table pour les ministres, les premiers gentilshommes de la Chambre et les étrangers, quoiqu'elle ne fût servie que de la desserte de celle du Roy même, dans laquelle il y avait des plats entamés, mais qu'on augmentait de quelques entrées et rôtis de plus. »

Le Roi avait éprouvé déjà bien des chagrins : il avait perdu ses deux filles, Mme la Dauphine (1) en 1712, et la reine d'Espagne (2) en 1714. Son fils aîné lui fut enlevé en 1718. " C'était un prince de la plus grande espérance, rempli d'esprit et de justesse, d'une figure et d'une taille charmantes, d'une vivacité et d'un enjouement admirables. » Il était l'idole de son père. A sa mort, le désespoir du Roi fut tel que, pendant plus de huit jours, on crut qu il allait perdre la raison.

En revanche, il aimait peu son second fils, Charles, qui était bossu et fort laid, et dont la santé était misérable. Tant que l'aîné avait Aécu, l'éducation du cadel avait été assez négligée, et il lui avait fallu « subir toutes les humeurs, tous les dégoûts et tous les mépris possibles de la part du Roy, son père, qui considérait sa douceur et sa bonté comme une preuve de sa fai-

(1) Adélaïde de Savoie, qui, en 1697, avait épousé le duc de Bourgo{]ae.

(2) Marie-Louise-Gabrielle.

blesse d'esprit, alors qu'elles n'étaient en réalité qu'un témoignage de sa timidité et de l'humiliation où il avait été tenu jusqu'alors » .

Il avait été marié une première fois, en 1722, à une princesse de Neubourg (1), femme d'un très grand mérite, et qui serait vraisemblablement parvenue à le relever à ses propres yeux comme à ceux de son père ; mais il eut le malheur de la perdre au bout d'une année . Le Roi reprit par suite sur lui toute son autorité et son influence, et, comme il était devenu l'héritier du trône, son éducation fut beaucoup plus soignée qu'auparavant. Victor- Amédée s'en occupa lui-même; il lui enseigna l'art de manier les hommes, lui apprit quel devait être le rôle des souverains vis-à-vis des personnes étrangères qui leur étaient présentées, l'accueil qu'il devait leur faire pour se rendre populaire, l'intérêt enfin qu'il était utile de leur témoigner. Il essaya de l'initier aux mathématiques, et lui fit faire de fréquentes tournées dans les places fortes du royaume, pour en étudier les systèmes et les plans. Il exigea même qu'il se mît au courant de tout ce qui concernait la vie matérielle du soldat et qu'il y participât. Il tenait également à ce que le futur souverain se rendit un compte très exact des ressources et des besoins du commerce, ainsi que de l'industrie du pays, en vue de

(1) Cliristine-Françoise-Tliérèsc, fille de Théodore de Bavière, comte Palatin de Stilzb.-icli, liée en IU9G, morte le 12 mars 1723. {Art de vérif. tes datf<, t. ni, p 6'2», col. 2.)

HLONDEL A LA COUU DE SAVOIE 97

son développement économique. Les soies étant une des principales richesses du Piémont, il étudia avec lui les moyens d'en améliorer la fabrication. Il établit des tanneries et des manufactures de laine, à l'imitation de la France, et protéj^jea ces industries par des droits d'entrée considérables.

Impatient qu'il était d'avoir une postérité, il remaria son fils, en 1724, à une princesse de Hesse-Rheinsfeld-Rottembourg (1), d'un grand charme et d'une rare beauté assurément, mais incapable, comme le désirait le Roi, de se mêler d'affaires. Sans cesse préoccupé de sa descendance, Victor-Amédée poussait la surveillance à l'égard de son fils jusqu'à s'immiscer dans les détails les plus intimes et les plus incroyables de sa vie conjugale, et, pour éviter, entre la princesse et lui, de trop fréquentes relations, qu'il considérait comme nuisibles sous ce rapport, d se servait de tous les prétextes pour les séparer l'un de l'autre. Dans ce but, il confiait souvent à Charles des missions éloignées, et même, lorsque ce prince était près de sa femme, la dame d'honneur de la princesse était chargée de les surveiller. Cette dame d'honneur n'était autre que la célèbre comtesse de Saint-Sébastien, la future marquise de Spigno, dont nous reparlerons, et qui fut appelée dans la suite à jouer un rôle si marqué.

(1) Piilymnie-Chrisiine-Jeanae, née en 1706, morte en 1735. Deux ans après la mort de celte seconde femme, le 1" avril 1787. Charles-Emmanuel épousa, en triiisièmes noces, Elisab<-tl)-Thérise de Lorraine, fille du duc Léopold, laquelle moarut le 3 juillet 1741, dans sa trentième année. [An de vérifier les dates,)

y8 (IN DIPLOMATE AU DIX-HUITIEME SIECLE

L'esprit d'autorité qui présidait à ses relations de famille, se retrouvait dans le fjouvernement du Roi. Il avait pour habitude d'ouvrir lui-même toutes ses lettres, de répondre personnellement aux ambassadeurs et sans l'intermédiaire des ministres (1). Quant à ceux-ci, il poussait la précaution jusqu'à ne les recevoir jamais ensemble, afin de créer entre eux, pour le bien des affaires, ime sorte de rivalité et de les mettre en garde vis-à-vis les uns des autres. « Dans mes conversations familières avec le Roy, raconte Blondel, il ma répété plusieurs fois que, si je ne voulais pas me ruiner, il fallait que je laissasse toujours subsister de ia mésintelligence entre mon maître d'hôtel et mon cuisinier, comme il faisait avec ses ministres. »

Victor-Amédée, qui avait établi dans ses F^tats le système de la péréquation en matière d'impôts, auquel il attachait la plus haute importance, attira l'intention de Carlin sur les nombreux avantages de ce système, sur le bien qui en résultait pour les finances, et sur le soulagement que son peuple en avait éprouvé. Il lui expliqua à quel point la réunion des fiefs avait été une mesure salutaire à la conservation de son patrimoine; enfin, pour initier son fils au maniement des affaires, il le faisait assister, à partir de 1718, aux entrevues successives qu'il avait avec ses ministres, et, à la fin de chacune d'elles, il lui demandait s'il avait bien

(1) Voir lettre de Bloiulel au garde des sceaux, datée du 10 décembre 1119 [Aff. élr.. Turin, t. I5;{, fol. 481 )

compris les raisons de la décison qui venait d'être prise. En un mot, le roi Victor-Amédée s'efforça par tous les moyens de mettre son futur héritier au courant de la politique et de l'administration de son pays.

Ses ministres n'étaient donc, en fait, que des secrétaires sans initiative et sans beaucoup d'autorité personnelle. Ils étaient d'ailleurs fort peu payés; le marquis del Borgo, par exemple, qui occupait le poste des Affaires étrangères, ne recevait que six mille livres d'appointements. « C'était, cependant, au dire de Blondel, un homme intelligent, très ardent pour les intérêts de son maître, adroit, lin et dissimulé », quoique, il est vrai, « assez vétilleux, s' amusant à des minuties et parlant beaucoup sans rien dire » . Son prédécesseur, le marquis de Saint-Thomas (1), à la retraite depuis 1717, avait seul la confiance entière du Roi. D'un naturel assez borné, c'était à ce prince qu'il était redevable de ses talents et de ses qualités.

Mais l'homme le plus important, et qui joua, à cette époque, le plus grand rôle, était le marquis d'Orméa, de son véritable nom Ferrero (2).

Lorsqu'à l'occasion de ses démêlés avec la cour pontificale, le Roi voulut remplacer auprès de cette

(Il Joseph-Gaëtan Carrou de Sainl-Thomas, [ireinier secrétaire d'Etat et chevalier de l'.AnnoQciade, succéda à sou père aux Affaires étrangères; il mourut en 1748.

(2) Charlcs-Franrois-Vincent Ferrero, d'uue uoble famille de Moiidovi. Il mourut à Turin, en l'i.j

cour le comte de Lascaris (1), son ambassadeur, dont il était d'ailleurs satisfait, il choisit Ferrero, dont il avait fait par hasard la connaissance, et qui n'était alors que simple employé dans les finances. Il lui découvrit assez de mérite pour lui confier le soin de régler ses affaires à Rome. « C'était en effet un esprit actif, vigilant, intrigant sous l'apparence de la franchise, plein de présomption, mais capable de grandes idées. » (2)

Quand il partit comme ambassadeur, il prit le titre de marquis d'Orméa, du nom d'une terre qu'il venait d'acquérir. A ce moment, Benoît XIII (3) exerçait le pontificat, mais le véritable pontife était le cardinal Coscia (4), « homme dont l'âme basse répondait à son extraction, sans scrupule, sans honneur, et qui se prêtait à tout, moyennant de l'argent ". Aussi l'envoyé du Roi avait-il eu le soin, avant son départ, de se munir d'une lettre de crédit iUimité et de présents d'une assez grande valeur, qui devaient lui concilier la faveur pontificale, tels que des chandeliers d'argent massif et une croix estimée plus de cent mille écus. Ces objets étaient destinés à l'église de Bénévent, à laquelle Benoit XIII était fort attaché.

De l'objet même de cette mission, qui consistait à

()) ,lules-C('sar Lascaris, président et ministre d'État. (-2) Voy. Aff. elr., Turiu, l. I5i, fol. 4'(8.

(3) Le cardinal Vinceui-Marie (Jrsiui, élu pape en l"'2i sous le nom de Benoît Xni, mourut eu 1730.

(4) Lorenzo Coscia, cardiual eu n'26, mort eu 1720.

obtenir la conclusion d'un nouveau concordat, Blondel nous donne un aperçu, ainsi que des moyens et des ruses qui furent employés : " Instruit — dit-il — des démarches du pontife, qui disait souvent sa messe à cinq heures du matin, le marquis d'Orméa aA^ait l'attention, dès quatre heures et demie, de se trouver à l'église, à genoux, par terre, comme en extase, tenant un chapelet dont les grains étaient aussi gros que des œufs de pigeon, pour être mieux aperçu du Saint -Père, auquel le cardinal Coscia ne cessait de prêcher l'austérité, la probité, la régularité et la piété du ministre de Sardaigne, et combien il était affligé de considérer que, depuis trente ans, les églises étaient vacantes, et combien la religion y perdait, par le peu d'instruction que recevaient les peuples et le relâchement de la disciphne apostolique. D'un autre côté, le marquis d'Orméa répandait largement l'argent de son maître au cardinal Coscia et lui faisait envisager encore de plus grandes faveurs. »

Ces promesses et ces moyens de corruption eurent d'ailleurs un plein succès auprès du cardinal, qui eut l'audace de substituer un papier à un autre, et de faire signer subrepticement au Pape le concordat qui donnait sur tous les points gain de cause à la Sardaigne. Le Roi, qui ignorait les manœuvres employées par son représentant, fut naturellement enchanté du résultat qu'il avait obtenu, et le récompensa en le nommant

ministre d'Etat (1). D'Orinéa obtint en outre l'élévation à l'archevêché d'Alexandrie d'un cousin à lui, que Blondel appelle i« un moine très ^n-ossier et très crapuleux (2) ». Non content de lui avoir procuré cette dignité, il trouva même moyen, par des intrigues de tout genre, de lui faire en outre attribuer, par le Pape, comme une faveur toute spontanée de sa part, le chapeau de cardinal qui avait été promis au roi de Sardaigne dans la promotion des couronnes.

La façon dont le nouveau cardinal apprit sa nomination fut assez singulière. Un jour, de grand matin, arriva inopinément chez lui un courrier du Pape, qui dut le faire éveiller. Le voyant, quelques instants après, entrer en chemise et tout débraiUé, le courrier se mit, malgré l'étrangeté de son costume, à le saluer quand même, très profondément, en lui donnant respectueusement le titre d'Éminence. « L'archevêque le regarda comme un fol et comme un escroc qui cherchait à lui tirer de l'argent, et ordonna à ses domestiques de le mettre dehors. Le courrier entra en fureur, en lui disant qu'apparemment il n'était pas archevêque d'Alexandrie, qu'il était même un imposteur de l'avoir reçu sous cette dénomination, mais que, s'il était archevêque, il lui déclarait de la part du Pape qu'il était

(1) Le marquis d'Oniua fut nommé ministre de rintérieiir, eu remplacemeut du co'iite Mellar"'le.

(2^ Charles-Vincent Ferrero, dominicain, qui mourut en 1742.

cardinal, ce qu'il lui prouva en lui remettant les lettres à son adresse et la calotte. »

La remise de la calotte ne constituait pas une investiture suffisante par elle-même; elle devait être accompagnée ou suivie de la fonction dite de la barrette, dont le cérémonial est décrit par Blondel (1).

On a vu plus haut avec quel soin Victor-Amédée s'était occupé de l'éducation et de la santé de Carlin, et quels efforts il avait faits, surtout depuis la mort de son fils aîné, pour le préparer au métier de roi. Sa sollicitude, à l'égard du roi de France, son petit-fils, n'était pas moindre, et il en donna la preuve, quand Blondel lui annonça le mariage de ce prince. " Le Roy m'est si cher, lui dit-il, que je ne suis pas sans crainte, connaissant l'ardeur qu'il a pour la chasse. Je désirerais qu'il la modérât dans les commencements qu'il sera avec la Reine; je sais qu'à son âge on croit pouvoir satisfaire à tous les plaisirs, mais l'expérience m'a appris que l'on ne pouvait fournir impunément à tous les exercices (2) . »

Plus tard, quand Louis XV fut atteint, à Fontainebleau, de la petite vérole, le cardinal de F'ieury, connaissant les sentiments affectueux de son grand-père, avait le soin de l'informer journellement de la marche de la maladie. Un jour que Blondel, cherchant à cal-

(1) Voir aux Pièces justificatives, n" 2.

(2) Blondel au duc de Bourbon, 22 septembre 1"25. [Ajj-. etr., Turin, t. 143, fol. 109 )

mer l'inquiétude du roi de Sardaijjne à ce sujet, lui assurait, en présence du prince de Piémont, que la guérison était certaine, parce que le roi de France était jeune et « qu'il ne s'était point énervé par les femmes ». — " Qu'en savez-vous? — lui répliqua le Roi ; les jeunes gens sont assez fols pour s'enivrer à leur tonneau, ce qui leur préjudicie autant (1). 'i Et, se tournant vers le prince de Piémont : « C'est également pour toi, Carlin, ce que je dis sur mon petilfils. » Le prince de Piémont lui ayant respectueusement répliqué qu'à vingt-sept ans il croyait qu'on savait se conduire avec sa femme. « Voilà comme vous êtes, jeunes présomptueux! Vous n'êtes qu'un sot, qui ne savez ny vous conduire ny vous modérer. » Le prince fondit en larmes, et Blondel crut devoir se retirer, sans y avoir été invité.

Vict()r-xA.médée, qui, dans sa jeunesse, avait eu la même maladie que le roi de France, son petit-fils, était préoccupé des suites qu'elle pourrait avoir chez Louis XV !" Je ne suis point sans quelque alarme, disait-il à Blondel, au moment de sa convalescence, quand j'apprends que mon petit-fils se propose de prendre l'air incessamment et de retourner à Versailles. Lorsque j'eus la petite vérole, à vingt-sept ans,

(1) Le roi de Sardaijjne mettait d'ailleurs ses conseils en pratique à l'ëpard île son fils. S'élaiit aperrii que le priuce de Piinioul avait heaiicoiip maigri, df(mi* son retour auprès de la princesse, sa femme, il l'euvoya visiter les places frontières du Milanais. [Aff. etr., Turin, t. 142, fol. l.">3, Lettre de Blondel du 20 octobre X'i'-l'i.)

je ne consultai que ma volonté et traitai de radotage les conseils des médecins. Ainsi, après dix-huit jours de convalescence, je quittai Embrun, où je m'ennuyais, après avoir été purgé deux fois. Cette précipitation de jeune homme m'a occasionné une maladie de sept mois. Après la petite vérole, il reste toujours quelque humeur qui fermente. Les pores sont plus ouverts, la peau plus attendrie ; il est à craindre que le grand air ne fixe cette humeur sur quelque partie et n'occasionne des fièvres tierces et quartes qui ruinent le tempérament (1). »

Toute inquiétude sur la santé du roi Louis XV avait disparu, quand survint, en 1729, la naissance du Dauphin de France. Blondel donna, à cette occasion, à Turin, des fêtes vraiment superbes, dont il envoya à Chauvelin la relation que nous allons reproduire textuellement :

Relation de la fête que M. Blondel, chargé des affaires de France auprès du Roy de Sardaicjne a donnée à Turin le 13 novembre 1729, à C occasion de la naissance du Dauphin.

" La maison qu'il occupe est une des plus grandes de Turin et très propre pour donner une fête : c'est le palais de M. le comte de Broglie; elle fait le coin de

(1) Lettre de KIoailel à Cliauvelia, du 12 novembrt; 1728. {Aff. p<r., Tiiria, t. 151, fol. 229 )

quatre grandes et larges rues qui traversent toute la ville; l'entrée de la cour, le jardin et les appartements sont fort spacieux ; il n'y a que deux étages, il y a trente-huit croisées sur la rue, non comprises celles (lu rez-de-chaussée, quarante dans la cour et vingt sur le jardin.

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