DECLARATION DE MONSIEUR LAPOINTE
‘La résolution que je propose ne demande pas la révocation d’aucune des lois provinciales de l'Ontario. Elle n’im- : plique ni blâme ni censure de l’attitude du gouvernement fédéral à la suite des pétitions demandant l’annulation de la loi de l’Ontario sur l’enseignement du français. Pour ma part, je crois même qu'il n’aurait pas été sage de l’annuler; le remède aurait peut-être aggravé la situation. La contrainte ne saurait règler aucun différend. Je suis un franc libéral, et un défenseur des libertés provinciales. J'irai même jusqu’à dire que tout règlement final de la question, pour être effectif et produire de bons résultats devra être fait dans la province d’Ontario et par elle-même. Mais, monsieur l’Orateur, est-ce que le parlement fédéral n’a pas le droit, tout en refusant d'intervenir dans les actes de la législature d’Ontario par l’exercice du droit de vote ou autrement de demander aux gouvernants de cette province de règler cette question troublante d’une façon généreuse et paisible, et de faire disparaître les griefs de la minorité ?”
Que dit Sir Robert Borden si ce n’est qu’il se montre le seul ami de la race et de nos droits. Ecoutez :
DECLARATION DE MONSIEUR BORDEN (page 21 10 mai 1916).
“Je le comprends, pour les affaires fédérales, ces deux langues occupent une situation officielle, et à mon entrée dans la vie publique au Canada et surtout lorsque j'acceptai la direction d’un de ses grands partis politiques, j’estimai que j'avais le devoir de perfectionner ma connaissance de français, dans la mesure permise par mes occupations et par mes forces, j'ai pensé que pareil devoir m’incombait, afin de pouvoir converser et correspondre dans leur propre langue avec les personnes d'extraction française, et porter la parole aux assemblées publiques devant mes concitoyens d’origine fran-
çaise, du moins pendant quelques instants, dans'leur propre langue.
“Pour mon propre compte, je l’avoue, je repousserais avec la plus grande énergie toute tentative de porter atteinte à la situation faite à la langue française par la constitution du pays. Je ne le cèderais à aucun de mes concitoyens de la province de Québec, dans l’énergique détermination de défendre les droits de la langue française reconnus par notre constitution, si l’on faisait la tentative de porter atteinte à ces droits. Mais je professe le plus grand respect à l’endroit de la constitution, et tant qu'elle n’aura pas subi de modification, d’après les méthodes régulières et autorisées, nous avons]le devoir de la respecter et de lui obéir, et voilà pourquoi, à mon avis, la motion proposée aujourd’hui même à cette Chambre, par l’honorable député, ne s'inspire pas des plus chers intérêts du pays. J'irai même jusqu’à dire que, dans mon sentiment, elle est absolument hostile aux plus chers intérêts de la province de Québec elle-même”.
Que dit Sir Wilfrid Laurier? Approuve-t-il la dem:nde des requêtes de l’Electorat et de l’Episcopat—et promet-il quelque chose ? Ecoutez :
DECLARATION DE SIR WILFRID LAURIER (pp. 28-29) 10 mai 1916
“Les gens ont aussi demandé l'annulation de cette loi. Cette demande, le Gouvernement l’a repoussée et je ne l’en blâme point. Je ne fais aucun reproche au Gouvernement, car je doute qu’il eût pu agir autrement qu'il n’a fait. Le redressement que comporte le refus de sanction est fort illusoire en ce sens qu'il est plutôt négatif que positif. Le Gouvernement peut bien annuler une loi, mais force lui est de s’en tenir à cela. Une longue expérience nous a appris, et je n’ai pas un seul mot à changer à d’anciennes déclarations de moi
que mon très honorable ami a citées il y a un instant—que l'exercice du droit de vote n’a pas abouti à des résultats satisfaisants et qu'il a au contraire, provoqué un grand nombre
des troubles qui ont agité le pays.
Que résulterait-il de l’exercice de ce droit ? A la prochaine
session la même législature voterait encore la même loi. Parmi. les milliers de pétitionnaires, il en est un grand nombre, j'en suis sûr, qui ont pensé qu'après avoir signé la pétition et obtenu l'annulation de la loi, c'en eût été fini du différend, et que la législature de l'Ontario ne pourrait pas, ses attributions ayant été ainsi amoindries, rétablir cette même loi. Erreur; il n’en eût pas été ainsi, Si la loi avait été annulée,
rien n’eût empêché l'assemblée législative de la voter de noufait sans aucun doute.”
veau, ce qu’elle aurait Que resulte-il de tout ceci? Que le chef du parti libéral notifie purement et simplement la Province d'Ontario qu’il se rit en 1917 comme en 1896 des agitations du Québec, et jamais son parti pour sa race. Et
qu'il ne comproriettera cependant la motion est ainsi faite qu’elle lui permet de
poser patriote dans le Québec dont il se moque.