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Un document historique

Fac-similés en couleurs exécutés directement d’après l’exemplaire authentique sur japon déposé aux Archives

du Ministère des Affaires Étrangères.

Reproduction réduite environ au quart, la feuille de l'original (double page) mesurant o m. 60 de largeur sur 0 m.

455 de hauleur.

Dans le pittoresque et très intéressant musée annexé à la bibliothèque du ministère des Affaires étrangères, l’aimable M. Pierre Bertrand conserve précieusement, sous un même cadre, deux documents à la gloire de la calligraphie. En haut, un dessin plein de verve, dans le style de Gavarni ou de Cham, représente, fort bien campé, un monsieur qui brandit de la main droite un porteplume et s'appuie, à gauche, sur la feuille de titre d’un sensationnel ouvrage: De: la philosophie du jambage ou de l'influence du délié dans la diplomatie — Schmieder. La pièce est signée du monogramme JM; mais la main d’un initié à tous les petits secrets du « Quai » a complété au crayon cette signature : l’artiste trop modeste était M. Joseph Mollard, qui, de 1874 à 1886, fut directeur du protocole. Quant à M. Schmieder, auteur hypothétique de cette apologie, c'était l’un des collaborateurs de M. Mollard, le calligraphe en titre du Département.

Au-dessous de ce portrait, une page d'écriture admirable — à une grosse faute d'orthographe près — dictée par un ironiste non moins subtil que l’inventeur de la Philosophie du jambage, et consacrée aussi à l’éloge de l’art illustré par Brard et Saint-Omer, les imoubliables professeurs de M. Joseph Prudhomme. ;

Il y est dit entre autres choses:

C’est à l’art d'écrire que la pensée humaine doit de pouvoir se transmettre aux générations successives. C’est à cet art que nous devons la conservation des accords qui, depuis des milliers d’années, règlent tour à tour les différends des nations. Les traités écrits seuls sont valables et, grâce à l’écriture, on les invoque encore, même lorsqu'ils sont devenus caducs. La plume, ce simple et merveilleux instrument avec lequel nous écrivons, est pourtant à la fois ce qu’il y a de meilleur et ce qu’il y a de pire au monde...

… Cependant cet admirable instrument est menacé d’être remplacé par l’abominable machine à écrire, qui imprime sans art des pages que le temps ne respectera pas. Les diplomates, plus que tous les autres hommes, ont intérêt à défendre, à cet égard, des traditions qui se perdent dans la nuit des temps, et à continuer à se servir de la plume pour calligraphier les résultats de leurs laborieux et si utiles débats, en écartant l’inesthétique et trop commode machine à écrire...

Ce savoureux couplet est revêtu de la griffe de M. A. Garapin, successeur de M. Schmieder dans sa charge, illustré de la photographie du calligraphe, et daté de 1907. Hélas ! le vœu qu'il exprimait en terminant fut vain : les diplomates, tout comme tant d’autres kommes d'à présent, ont renoncé à « continuer à se servir de la plume ». Et qui sait si le fils et successeur de M. A. Garapin, l'actuel calligraphe attaché au protocole, ne les en bénit pas, dans le fond de son âme? Car quelle corvée, quel effroyable labeur n’eût pas constitué, pour lui, même renforcé d’une vingtaine de collaborateurs — s'il les avait trouvés, encore ! — la rédaction, l’expédition du traité de Versailles !

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