‹ Un drame aux Tuileries sous le Second EmpireChapitre 5 sur 8 · UN DRAME AUX TUILERIP:S · texte numérisé non relu

UN DRAME AUX TUILERIP:S

à conviction irréfutable, constitue la preuve d'un crime auquel je suis étrangère.

— Cet objet vous condamne.

— Où voulez-vous en venir?

— A ceci : il faut que vous nous fassiez connaître l'endroit où vous avez conduit l'entant qui vous a été remis à La Verrière. Jusqu'à ce que vous nous ayez procuré ce renseignement, vous resterez notre prisonnière.

Marthe Masson eut un éclat d'indignation et de colère :

— C'est inouï, en vérité ! Je vous répète que je ne suis pas la coupable que vous croyez et j'ajoute que, fussé-je cette coupable, je serais en droit de vous demander à quel titre vous me violentez.

Lady Stuart fit, alors, deux pas vers la jeune femme et la domina de toute sa taille.

— Mademoiselle a raison, fit-elle. Je ne me suis pas présentée à elle.

Et, dans une sorte de rugissement, elle l'apostropha :

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— Misérable, misérable, ne devines-tu pas que celle qui t'interroge en cette heure est la mère du pauvre enfant que tu lui as pris.

La jolie fille recula.

— Vous... la mère...

— Oui, moi, lady Stuart, la mère... la mère, entends-tu, du petit être que tu as volé et que tu vas rendre ; sinon, chienne maudite, je te tuerai de ma main !

Devant cette révélation, devant cette explosion de haine, Marthe Masson demeura sans voix pour exprimer sa crainte ou son audace. Des sons rauques jaillirent seulement de sa gorge, et, instinctivement, elle se précipita vers la porte qui lui avait donné accès dans la pièce.

Mais elle se heurta à Tagent Frépont qui la saisit par la taille et la repoussa dans le salon. Son impassibilité, en cet instant, contrastait avec l'exaltation de lady Stuart et avec l'horreur peinte sur le visage de la demi-mondaine.

— Madame, dit-il en s'adressant à la comtesse Ellen, calmez-vous. L'effroi que témoigne cette fille vaut un aveu et elle va comprendre, désormais, que son intérêt doit la porter à nous fournir les indications qui nous sont nécessaires.

Marthe Masson, immobile au milieu du salon, regardait alternativement et l'agent et lady Stuart, comme cherchant à deviner, par leur attitude, le sort qu'ils lui réservaient, comme aussi, sous l'influence d'une crise intime qui allait amener, sur ses lèvres, ou une affirmation ou une nouvelle dénégation.

Elle parut vouloir ouvrir la bouche pour parler ; mais la secousse qu'elle venait de subir avait été trop puissante pour lui permettre de résister à Tagitation de ses nerfs^ et, poussant un cri, un cri aigu et terrible, elle s'afl'aissa en des larmes, en des gémissements.

Lady Stuart eut une seconde d'angoisse.

— Nous ne saurons rien 1 Frépont ricana :

l'agent frépont 211)

— Mais si, mais si, madame, nous saurons tout ce que nous voulons savoir, au contraire. La belle que voilà se paie une attaque de nerfs... Bon, bon, cela... Si eiie était innocente, pensez-vous qu elle perdrait son temps à se trémousser comme cela.

Et, en prononçant ces mots, Frépont désignait M"® Masson qui, en effet, étendue sur le tapis, battait l'air de ses bras et de ses jambes, en proie à une véritable crise nerveuse.

Dans le désordre de ses mouvements, la poche de sa robe s'ouvrit et laissa échapper quelques menus objets de femme, parmi lesquels une sorte de calepin fermé à clef.

L'agent le vit et le ramassa.

Puis, comme il le tournait et le retournait entre ses doigts, il fit le geste d'une résolution soudaine, sortit un couteau à forte lame du gousset de son pantalon, et, sans hésitation, fit sauter le fermoir du calepin qu'il se mit à feuilleter avec une ardeur fiévreuse.

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