U4 UN DRAME AUX TUILERIES
une prompte conception des choses, comprit toute la superbe grandeur, et aussi toute l'horreur puissante qui se dégageaient de ce peuple vaincu, mais qu'un rêve de victoires faisait justicier.
La foule, envahissant le jardin du château, passait ainsi qu'une trombe qui aurait' une âme, sous sa fenêtre, et elle la contemplait, dans un effroi ainsi que dans une involontaire admiration.
Alors, un sentiment singulier s'empara d'elle ; alors, elle eut une vi-^ion haineuse des faits qui devaient avoir lieu, aux Tuileries, derrière ces balcons et ces vitraux vers lesquels le peuple, toujours, se ruait.
Elle eut la vision d'une femme qu'elle détestait— elle eut la vision de l'Impératrice, effarée, fuyante, devant Témeute, jetée, à son tour, hors de ce palais où elle avait régné; elle eut le sentiment intense de toute son ancienne colère ressuscitée, et elle se dit que le destin la vengeait, en cette heure, plus qu'elle
ne seserait vengée elle-même du mal qu'on lui avait fait; elle se dit que le destin, en conduisant ces hommes et ces femmes exaltés, à l'assaut du palais, dans une pensée de représailles patriotiques, lui offrait la revanche suprême et infiniment délicieuse de toutes ses souffrances.
Dans la chambre, le petit Jack jouait avec des chiffons qui traînaient sur le tapis, et dans la rue, des hommes, encore et sans cesse, les bras nus, en blouses ou en paletots, les yeux affolés, sanguinolents, brisaient les emblèmes impériaux et jetaient les aigles au ruisseau.
Lady Stuart, prise tout entière par la démence qui portait ces hommes en avant, fut, d'un bond, près de son fils, le saisit en ses bras, et revenant avec lui à la fenêtre de sa chambre, elle lui montra les masses populaires, les aigles évenlrées, les Tuileries mornes et solitaires puis, forçant l'enfanta frapper, l'une contre l'autre, ses deux petites mains, dans
un applaudissement, elle eut un cri féroce, strident, triomphal :
— Regarde, mignon, regarde tous ces hommes, toutes ces choses... On nous venge I
Ainsi qu'il a été dit au début de ces pages, lady Stuart rentra en France, après la guerre, et fixa sa résidence à Paris.
Elle garda la mémoire de TEmpereur et porta son deuil.
Depuis, elle fut l'amie du duc d'Edimbourg, qui descendait secrètement chez elle, lorsqu'il venait à Paris. Elle en eut deux enfants.
Son fils Jack — le fils de l'empereur Napoléon III — est actuellement Tun des plus distingués officiers de Tarmée anglaise.