‹ Un drame dans les mers boréales; souvenirs du KamtschatkaChapitre 5 sur 14 · GO UN DRAME · texte numérisé non relu

GO UN DRAME

la déposèrent d'aplomb sur le sol et remontèrent lentement, et le sable tomba, puis nous nivelâmes les dehors delà fosse en piétinant par-dessus, et nous cachâmes, sous une couche de sable fin, les traces de nos pas. Il n'y eut ni chants, ni prières, ni adieux ; ceux qui prièrent le firent mentalement ; les adieux se manifestèrent par des soupirs étouffés, et les larmes coulèrent sans être vues, Nous ressemblions à des pirates enfouissant un trésor plutôt qu'à des chrétiens rendant les derniers devoirs à un de leurs frères.

Le capitaine donna le signal du retour, en se dirigeant, sans mot dire, vers son canot. J'arrivai, je ne sais pourquoi, un des derniers au bord de la mer et sautai dans l'embarcation du lieutenant, la seule qui n'eût pas encore pris le large.

« Qu'attendez-vous donc ? lui demandai-je .

— J'attends notre vieux coq et un novice.

—Voilà ! voilà ! murmura le bonhomme en s'élançant dans la pirogue, suivi de l'autre retardataire. Pardos, lieutenant, n'est-ce pas que c'est déshonorant d'enterrer un chétien sans planter une croix ; je sais que si nous en avions mâté une au-dessus de François, elle aurait servi d'enseigne aux Koriaques ; mais

Joseph (le novice) vient de m' aider à placer quatre grosses pierres en croix sur la fosse de notre cher défunt, et j'espère que le bon Dieu défendra à la marée de les enlever quand elle passera par-dessus...»

Le lendemain matin, et avant le jour, nous quittâmes, avec une jolie brise, les parages de Taeinschi.

Nous portons toutes nos voiles et nous croisons en tirant des bordées, en virant de bord d'heure en heure, avec des vigies à la tête du mât pour découvrir au loin les souffles de baleine. — Un seul navire passe au vent à nous. Il n'a plus que ses bas-mâts. La tempête des jours derniers a sans doute fracassé ses mâts de hune. Il doit nous apercevoir. S'il avait besoin de secours, son pavillon serait en berne. — Nous nous éloignons donc l'un de l'autre, sans échanger de signaux.

Des nuées de procellaires voltigent autour de notre navire; et nos hommes de quart s'amusent à pêcher les plus gloutons. — Une ligne de bitord, un vieux clou recourbé en croc et un morceau de lard suffisent. Cet

hameçon flotte et sautille dansle sillage du bâtiment ; Falbatros goulu planant sur nos traces, l'aperçoit, pique une tête vers lui en ouvrant son grand bec et l'avale — le pêcheur aussitôt haie la ligne ; l'oiseau, sentant le morceau de lard dans son gosier, ferme le bec, replie le col, et résiste d'abord à la remorque du navire. — Mais ses forces le trahissent, et il veut abandonner sa proie. Il n'est plus temps — la pointe du clou s'est enfoncée dans son palais ou dans l'extrémité recourbée de son bec ; elle y pénètre de plus en plus à chaque secousse — et bientôt Foiseau hissé hors de l'eau arrive vivant sur le pont.

Quand nous avons besoin d'un albatros, nous le péchons ainsi. — Ne faut- il pas ménager notre plomb et notre poudre pour nos chasses de terre ?

Je dis : quand nous avons besoin d'un albatros — et cela est vrai. Ils nous rendent parfois de grands services. — Voilà comment l'expérience a prouvé que là où un navire tue une baleine, la baleine n'est jamais isolée. Chaque pêcheur oisif se met donc à la recherche du pêcheur qui réussit ; et le hasard seul ne doit pas le guider dans sa route. Il tâche de s'emparer d'un albatros, le tue et lui ouvre le ventre ; si dans le ventre

de l'oiseau, il trouve des morceaux de gras de baleine qui ne sont pas encore digérés, c'est un signe certain que non loin delà quelque confrère a fait une bonne rencontre. Mais quelle direction prendre pour découvrir ce confrère ? Celle que l'albatros lui-même indique, car il vole contre le vent, de même que le marsouin voyage en remontant vers le lit du fleuve. — Cette espèce de pilote ne nous a jamais trompés, et quand nous l'avons interrogé, dans nos quêtes de cétacés, nous avons toujours découvert, après quelques bordées au plus près, un navire fondant ou virant une baleine.

Qu'Audubon et le prince. Charles-Bonaparte me pardonnent de chasser sur leurs terres. — Mais je ne puis résister au plaisir de faire un peu d'ornithologie.

Les règnes végétal et animal des terres océaniennes, si différents de ceux des anciens continents, nous offren tdes individus identiquement semblables dans les nombreuses familles des oiseaux de mer. Je croyais revoir ici les mêmes damiers, les mêmes alcyons, les mêmes pétrels, les mêmes albatros qu'aux environs du cap de Bonne- Espérance et du cap Hom.

Le premier, le plus grand, le plus fort de tous les

procellaires, c'est l'albatros, le mouton du cap, le Jean de Jenteo des Hollandais. La puissance de son vol est miraculeuse. On le rencontre planant dans l'atmosphère à plus de cinq cents lieues des terres; il nage aussi vite que marcherait notre plus fine pirogue armée de nos cinq meilleurs rameurs ; et quand il se repose, c'est à la cime d'une vague qui le berce. J'en ai vu de blancs comme le cygnele plus irréprochablement blanc ; d'autres tachetés de gris et de noir, d'autres, tout à fait gris avec la tête jaune et l'extrémité du bec aussi noire que s'ils l'avaient plongée dans un encrier.

L'albatros est gros comme un gros cygne. Quelques naturalistes l'ont confondu à tort avec la frégate, qui ne fréquente que les latitudes tropicales, tandis que l'albatros appartient aux zones tempérées et froides de l'hémisphère sud. L'appareil osseux de ses ailes dépouillé de ses plumes a quatre mètres soixante-dix centimètres de longueur et se compose de quatre parties articulées. J'en ai conservé un, avec les ligaments et les capsules articulaires. Ces os, dont le plus long a la grosseur du petit doigt, peuvent servir de tuyau de pipe ; et j'ai fabriqué avec l'enveloppe des pattes palmées de l'oiseau, plus d'une blague à tabac,

joli sachet triangulaire, aux griffes aiguës, au tissu imperméable, écailleux et flexible.

M. Milne-Edwards évalue la longueur du corps de l'albatros à la longueur du premier os de l'aile. Cette évaluation est arbitraire, car dans le steam-boat, surnom donné à une espèce d'albatros plus petite que celle du vrai mouton du cap, ce premier os de de Faile est, à lui seul plus long que le corps du plus grand mouton. Ce steam-boat, qui vole avec une vitesse fantastique, a la taille d'une oie commune, son bec corné et composé de plusieurs pièces articulées se recourbe à l'avant, en forme de croc. Il est poltron. — Les mouettes lui font une guerre acharnée, et ce n'est que tout en les fuyant sans cesse qu'il peut recueillir sa nourriture : le frai des poissons, les détritus de mollusques et les fragments des gras de baleines. Il mourrait de faim, si la Providence, en compensation de sa lâcheté naturelle, ne lui avait donné les moyens de parcourir l'espace avec une rapidité fabuleuse. Quand j'étais riche en munitions, j'aimais beaucoup à lui envoyer quelque chevrotine; et pour l'atteindre, l'expérience m'avait appris à viser dans le vide au-devant de lui et à une distance de sa tête proportionnée

à son éloignement du navire. La chevrotine touchait alors au-dessous des ailes. Si je le visais à la tête, je manquais presque toujours mon coup. Souvent, dans son estomac autopsié, j'ai rencontré une substance cornée d'un rouge brunâtre, une espèce d'ongle en écaille provenant des mollusques qu'il avait avalés (Sepia otopeda).

Le vol de Faigle cesse d'être majestueux, comparé à celui des albatros et des steam-boats. Les pêcheurs errant dans les solitudes des mers australes saluent leur arrivée par des hourras de joie. — C'est un heureux présage, car si la baleine n'est pas là, ils diront où elle se trouve. Ils apparaissent d'abord à l'horizon comme une tache légère et perdue dans l'immensité; puis, ils grandissent, ils grossissent à vue d'œil et tout à coup viennent tourbillonner à l'entour des' voiles.

Les matelots ressemblent parfois aux enfants ; comme eux ils sont cruels, cruels sans nécessité, cruels pour se distraire. Je m'indignais souvent quand, après avoir capturé un de ces moutons, ils lui coupaient les pattes et le renvoyaient ainsi mutilé. Le pauvre oiseau, croyant retrouver la liberté, volait pendant

quelques instants, puis il retombait sanglant à la mer. D'autres matelots, plus cruels encore, en ont jeté vivants dans les chaudières d'huile bouillante. Ils prétendaient, ceux-là, que la chair de l'albatros rôtie qui, d'ordinaire, est dure, filamenteuse et désagréable, acquérait par ce genre de cuisson des qualités délicieuses. Notre capitaine dut intervenir et déclarer qu'il punirait sérieusement quiconque commettrait désormais de pareilles atrocités.

Je me suis amusé quelquefois à attacher au col d'un albatros que je rendais à la liberté un morceau de parchemin, sur lequel j'écrivais un mot à mes amours de France. Je n'ai jamais su si mes missives étaient parvenues à leur adresse, par l'entremise de ce nouveau facteur.

Pendant que le capitaine était en veine d'humanité, il eût bien dû défendre aussi un autre jeu barbare ; il se contenta de le modifier. Figurez-vous deux morceaux de corde attachés ensemble par le milieu et formant quatre branches. A chaque branche on plaçait un hameçon amorcé avec du lard. Un morceau de bois réuni à cet appareil devait le maintenir à flot dans le sillage du navire. A peine ce quadruple

appât tombait-il à la mer que les albatros se précipitaient en foule sur lui ; les quatre plus agiles de la bande en avalaient chacun un morceau ; et chacun faisait des efforts inouïs pour l'ingurgiter complètement. Il y avait alors quatre tractions opérées en sens contraires et les quatre dévorants demeuraient pris par le bec aux quatre hameçons.

Bientôt épuisés par leurs efforts, ils battaient de l'aile; et disparaissaient submergés par les flots.

Le capitaine, sur mon observation, ne voulant pas priver Féquipage de cette distraction, se contenta de modifier le programme de ce féroce amusement. Il prohiba les hameçons; et ce ne fut plus que risible de voir les gloutons obligés de vomir leur proie que d'autres avalaient après eux pour la vomir encore.

Le plus intrépide de tous les procellaires c'est le pétrel. — Compagnon inséparable de la baleine, il descend sur elle pour becqueter les myriades d'insectes qui pullulent à l'entour de ses yeux et de ses évents et forment, sur son museau, une couronne jaunâtre dont ils sont les fines pierreries auprès des gros diamants et des grosses perles représentés par les tarets, les balanes, les bénacles, les coquilles étoilées in-

crustées dans sa peau noire. Armé de longues ailes, le pétrel vole des jours entiers, sans repos ; muni de pattes palmées, il nage, il court ; il marche si bien sur les vagues que Buffon suppose que les matelots anglais qui, les premiers ont observé cette facilité de locomotion, ont nommé cet oiseau le Pétrel ou oiseau Pierre, en souvenir de l'apôtre qui marchait sur la mer.

Les pétrels se divisent en nombreuses tribus distinctes les unes des autres; ils ne fréquentent la côte que pour se reproduire. Les nids sont placés dans les fentes des rochers. Ils se nourrissent comme les albatros et alimentent, dit-on, les petits en leur dégorgeant dans le bec des substances ramollies par un commencement de digestion. Buteurs se faisait le dénicheur de pétrels sur les rivages de Chiloë et des îles Maiouines, car leurs œufs frais sont aussi bons que des œufs de poule. Je crois avoir remarqué cette manœuvre, mais ils ne m'ont jamais craché leurs aliments au visage, comme certains voyageurs le racontent. Ces oiseaux se réunissent, par bandes innombrables, pour pondre et pratiquer l'incubation, de sorte qu'il est très-facile de les observer à l'œuvre, sans qu'ils prennent la fuite en s'épouvantant.

Linné n'admettait que six espèces de pétrels ; Forster en reconnaît douze. Je serais tenté de croire qu'il y en a un plus grand nombre dans les mers du Sud, car aux envirpns du cap de Bonne-Espérance et des îles Saint-Pierre et Saint-Paul, j'ai compté jusqu'à seize variétés de Bobe.

Le pétrel de ces derniers parages est le cheval de mer, car, d'après Pontoppidam, son cri ressemble à un hennissement. Je mets ce cri au nombre des fables. Ce pétrel crie comme nos canards domestiques, mais sur un ton plus aigu. — Voilà tout.

Les pétrels s'abattent en si grand nombre sur la baleine qu'on dépouille le long du bord, qu'il est facile alors de les tuer à coups d'espars, petites solives, petits mâts de canots, véritables gaules.

Le damier, si joli et si commun au sud du Capricorne, est le damier à robe carrelée de blanc et de noir. De loin, il ressemble au pigeon par sa grosseur et ses formes élégantes, et sa queue frangée aussi de blanc et de noir s'étend, dit Frézier, et se déploie comme une écharpe de demi-deuil. Les Portugais le nomment pintado. Son frère, le pétrel bleu, pullule comme lui dansrhémisphèresud.Le pétrel de Tasmanie (Pussimus

brevicaudus,) pétrel à courte queue, rend des services à la thérapeutique. On montrait à l'exposition universelle de Londres (1851) un flacon d'une huile précieuse pour la guérison des rhumatismes et extraite, par la pression de l'estomac, de ce dernier genre de pétrel.

Les damiers se réunissent aux albatros et aux autres procellaires, pour piller en commun la carcasse flottante des cétacés. J'ai sur la conscience le meurtre inutile d'un très-grand nombre de ces pauvres oiseaux. — Meurtre inutile, car il est impossible de manger leur chair si dure et si huileuse que, même en temps de disette et de scorbut, nous le repoussions de notre ordinaire ; elle nous produisait l'effet d'un purgatif et même de l'émétique.

Quand gronde la tempête et que les violences de l'ouragan les empêchent de traverser l'atmosphère, je crois les voir encore s'abattre au fond de la vallée liquide que dominent les remblais de deux grandes vagues, et là, les ailes à demi étendues et le col gracieusement rejeté en arrière, ils se laissent bercer en repos par les ondulations de la mer.

J'en ai remarqué ce que remarqua, du fond de son

cabinet notre grand naturaliste, M. de Buffon, c'està-dire que les damiers fussent des êtres civilisés, et tellement civilisés qu'ils appellent à eux le festin que le hasard ou la Providence leur envoie.

Le damier ressemble à tous les carnassiers voyageurs; il quête pour lui seul et dévorerait tout ce qu'il rencontre, si l'instinct et la voracité de ses compagnons, qui quêtent comme lui, ne venaient lui disputer une portion de sa proie.

Buffon ajoute que le damier donne des signes de tristesse et de deuil quand la mort frappe un de ses semblables.

Ce passage est trop curieux pour que je ne le transcrive pas :

— « Quoique les damiers paraissent ordinairement « en troupes au milieu des vastes mers qu'ils habitent, « et qu'une sorte d'instinct social semble les tenir ras- « semblés, on assure qu'un attachement plus particu-

« lier très-marqué tient unis le mâle et la femelle et qu'à « peine l'ûn se pose sur l'eau que l'autre vient s'y met- « tre, qu'ils s'invitent réciproquement à partager la « nourriture que le hasard leur fait rencontrer; qu'enfi n « si l'un d'eux est tué, la troupe entière donne à la vé-

« rité des signes de regrets en s'abattant et demeurant « quelques instants autour du mort, mais que celui qui a survit donne des marques évidentes de tendresse et « de douleur. Il becquette le corps de son compagnon, « comme pour essayer de le ranimer, et il reste encore « tristement et longtemps auprès du cadavre après « que lajtroupe entière s'est éloignée (4) ! »

Vraiment cela est joli ! Vous serez peut-être tentés de croire comme moi, que le baron de Lacépède, corrigeant, augmentant, éditant, les œuvres de Buffon, y a ajouté après coup ce tableau idyllique de la sociabilité des pétrels. Il a dit tant d'autres choses de la même force à propos des cétacés.

Vous verrez plus loin.

Mais moi, qui ne suis pas un homme de cabinet, moi, qui ai flâné tant de fois sur les îlots antipodiques, sur Tristan d'Acuhana, sur les rivages est et ouest de la portion magellanique de l'Amérique méridionale ; moi enfin qui ai vécu si longtemps avec les pétrels ; j'ai vu qu'à la saison des amours, le mâle et la femelle se suivaient et ne se quittaient jamais, imir

(1) Buffon, Œuvres complètes, remises en ordre par Lacépède, 1828.

tant en cela le commun des oiseaux. J'ai vu aussi qu'aussitôt cette saison passée et les nouveau-nés en état de voyager, les habitants ailés de la même contrée, du même îlot, des mêmes rochers, se réunissaient par phalanges innombrables et partaient pour la haute mer où ils vivront désormais isolés ou par bandes, mais indépendants les uns des autres jusqu'au retour du printemps prochain. J'ai vu aussi que lorsque je tirais un coup de fusil sur un de leurs pelotons, le mort tombait et demeurait seul et abandonné, tandis que ses prétendus amis s'enfuyaient à tire d'ailes. — J'ai vu enfin qu'ils ne pensaient nullement à se convoquer au partage d'une bonne aubaine, qu'ils se disputaient avec acharnement à qui happerait le premier l'appât jeté à leur gloutonnerie, et qu'un fidèle et tendre compagnon n'accourait jamais au secours de celui qui, pris à l'hameçon, se débattait, entraîné par une ligne funeste dans le remous du navire.

Bon ! J'allais oublier le pétrel bleu, le pétrel noir, le pétrel de neige ou pétrel blanc, le fulmar ou Foiseaudiable, le quebrante ou casseur d'os des Espagnols, le poulet de mère Carrey, le majogue, le maître blanc et le bolze noir à ventre blanc, etc., etc., etc. Ces es-

pèces sont moins communes que les damiers. Leurs principales différences consistent dans la teinte de la robe, la grosseur et le nombre des ongles,, mais toutes sont palmées et organisées pour exécuter de grands voyages atmosphériques.

Notre hémisphère possède quelques genres de pétrels, et ceux du Spitzberg ressemblent assez au bolze noir à ventre blanc.

Le bleu fréquente le Pacifique entre la Nouvelle- Zélande et le Chili; le blanc se rapproche du pôle et stationne sur les banquises de glaces. Le quebrante, le plus grand de tous, a été retrouvé quelquefois au nord de l'équateur et dans les mers de l'Europe . C'est lui-même, ou plutôt un individu presque identique, qu'on nomme dans l'archipel grec l'oiseau de Diomède, guerrier métamorphosé, qui vient pousser des cris plaintifs sur les malheurs de la mère-patrie.

Nos matelots donnent le nom caractéristique de croque-mort au pétrel noir du Sud, qui ramasse les immondices tombées hors des bâtiments ; il y a aussi le Procureur et le Cordonnier, oiseaux d'un noir terne.

Le docteur Martin prétend que Foiseau-diable, le fulmar, se sert de son éperon pour s'ancrer sur la

baleine, quand il veut manger les parasites dont j'ai parlé plus haut. — Erreur, — presque aussi poltron que le mouton du Cap, il ne s'abat sur labaleine que quand elle est morte, et c'est à plein vol et de la pointe du bec qu'il enlève ces gros poux jaunes dont il est si friand.

L'histoire du pétrel fulmar crachant au nez de celui qui le déniche, et dont j'ai parlé plus haut, appartient à ce même docteur Martin.

Il est un genre de pétrel, pas plus gros que le passereau et qui n'apparaît que pendant les tempêtes ; c'est le pinson de V or âge, \q storm-finck des Anglais. Plus l'ouragan a de violence, plus l'oiseau est vif, actif et sémillant. Il varie et enlace sans cesse les mille méandres de son vol. Sa présence alarme les matelots, et sitôt qu'elle est signalée, on serre les voiles légères, on se met en garde contre la tempête.

Une fois j'ai vu tomber nos mâts de perroquet, et la mer briser nos pavois de l'arrière et balayer le pont, après avoir éventré les deux canots de la drome, tandis que cette hirondelle de malheur voltigeait joyeusement au ras de l'écume des vagues. Il est noir, noir comme du charbon, mais d'un noir terne et si-

nistre. Ses ailes étendues plutôt en long que transversalement dépassent sa queue, et quand il se tient en repos, si jamais il se repose, elles se replient sur son dos en deux compartiments.

Une autre variété de pétrel, aussi petit que le pinson de Forage et dont j'ignore le vrai nom, mais qui se rapproche du bolze par son ventre blanc et le plumage brun du reste de son corps, est remarquable par son talent de plongeur. Je Fai vu demeurer sous l'eau pendant plus de vingt minutes.

Les diables ou diablotins, ou poulets de la mère Carrey, abondent aux atterrissages du Chili et de la terre de Van-Diemen. J'ai vainement cherché à découvrir d'où leur vient cette qualification de poulets de la mère Carrey. Sans nul doute, quelque vieille chronique de mer s'y rattache. Le père Labat, naïf et verbeux narrateur, a fait une longue description de cette tribu de pétrels, et il en résume ainsi la monographie :

« Le mâle adulte est de la gi^osseur d'une poule à fleurs, et c est un mets délicieux qu'un jeune pou let (de la mère Carrey), au sortir de la broche. »

Il avait reconnu plus haut : que leurs grands yeux à fleur de tête leur servaient pour voir.

Milne Edwards place les albatros et les pétrels dans l'ordre des palmipèdes, famille des longipennes. Les mouettes, les sternes ou hirondelles de mer, appartiennent à cette même famille, tandis que la frégate, le fou de Bassan, Faningha, le phaéton ou paille en queue, ou oiseau des tropiques, dépendent de celle des latipalmes. Quoique ces oiseaux ne descendent pas jusque vers les latitudes où nous croisons, je ne puis m'empêcher d'en dire un mot.

La frégate (trachypète) noire et blanche n'habite que les régions tropicales, où elle fréquente le cachalot. Rien de plus majestueux, de plus rapide à la fois, que son vol aux grandes allures. Ses ailes immenses et aiguës emportent son corps plus gros mais plus allongé que celui de la grande palombe — une queue fourchue lui sert d'aviron de gouverne, et quand le poisson volant s'élance hors de l'eau pour échapper à ses ennemis sous-marins, la frégate fond sur lui et le dévore sans s'arrêter. On dit, mais c'est encore du fantastique en histoire naturelle ; on dit qu'elle fait la guerre au fou de Bassan non pour le tuer, mais pour lui faire dégorger le produit de sa pêche et l'avaler ensuite. JLa frégate est trop adroite,

trop noble pour s'abaisser à de telles manœuvres. Je l'ai vue en chasse, ainsi que le fou. Le fou conserve dans son estomac tout ce qu'il a avalé ; mais comme ses mouvements sont lents, il garde quelques instants en travers de son bec le poisson qu'il vient de capturer et la frégate le lui escamote avec une merveilleuse dextérité.

Ce pauvre fou (Sala) ou boubi a la réputation d'être très-bête ; à le voir voler on croirait qu'il ne sait où il va, il n'a pas de ligne de conduite ; nos matelots l'appellent l'oie de mer, parce qu'il est bête comme une oie.

L'aningha (plotus) est un vrai cormoran. J'ai rencontré cet habile plongeur sur le littoral de la Nouvelle-Hollande et de la Nouvelle-Zélande.

Le phaéton, l'oiseau du tropique, le paille en queue, ne s'éloigne jamais de l'équateur, il va et vient du Cancer au Capricorne et du Capricorne au Cancer. J'en ai cependant tué un aux environs de l'île Tristan d'Acuhana par 37° 5" latitude sud. — Emporté sans doute par un coup de vent loin des zones tièdes, où i'instinct lui ordonne de vivre, il vint harassé de fatigue se poser sur la corne d'artimon de YAsia. C'était

un soir; on le prit à la main. Je voulais lui rendre la liberté, mais il n'aurait pas eu la force de retourner vers le soleil, et comme dans sa captivité à bord il serait mort de faim, je pensai qu'il était plus humain de l'étouffer de suite.

J'eusse jeté sa dépouille à la mer, car lorsque les oiseaux ne sont pas rares on doit épargner le savon arsenical ; mais celui-là se distinguait du commun de son espèce par la longueur démesurée de la plume caudale qui, s'échappant du bouquet de la queue, lui fait donner ce nom de paille en queue ; cette plume était longue d'un grand pied, et l'oiseau, tout blanc, sauf deux linéaments gris-clair au bord externe des ailes, n'était pas plus gros qu'une perdrix. Le préparateur qui a exécuté le montage de sa dépouille à mon retour en France, a eu la bonne idée de l'immobiliser les ailes ouvertes, les pattes reployées en nageoires et la paille horizontalement tendue. Un fil qui descend du plafond et le retient par le milieu du dos, aide à l'illusion. On croirait qu'il est vivant, et qu'il vient d'entrer, arrivant du large, dans le cabinet de l'ami auquel j'en ai fait don.

Les navires servent quelquefois de refuge à de pau-

vres petits oiseaux égarés, qui, après s'être éloignés des arbres du rivage à Fheure du calme, n'ont pu remonter le courant d'une brise soudainement partie de la côte.

Nous avons recueilli des passereaux à plus de trois cents lieues de toute terre, et je ne puis m'expliquer leur présence à des distances aussi considérables, qu'en admettant qu'ils ont passé d'un navire à un autre, espérant toujours que du haut de la vergue sur laquelle ils se posent, ils verront bientôt verdoyer la terre.

Le marsouin, comme l'albatros, est le courrier de la baleine : il nous indique si hors de vue quelque pêcheur travaille fructueusement, car il charge sa panse de morceaux de gras de baleine, qu'il n'a pas toujours le temps de digérer, avant qu'un coup de harpon l'arrête au passage.

Les marsouins voyagent par bataillons épais; on les aperçoit venir de loin, comme une bourrasque qui fait moutonner la mer; chaque individu nage en jetant sa queue hors de l'eau, et la vague écume, blanchit et bouillonne sous leurs élans.

Rencontrent-ils un navire, ils tournoient longtemps autour de lui et semblent se complaire à déployer aux

yeux de Féquipage toute leur agilité, agilité surprenante et pareille à celle du chien de chasse qui va et vient, retourne, revient encore ; cette meute de la mer parcourt deux fois, trois fois dans le même laps de temps, la même étendue d'espace que parcourt le navire filant avec sa plus grande vitesse.

On dirait, quand les marsouins se livrent à cet exercice, que la mer est saupoudrée de virgules, d'accents aigus, d'accents graves et même de points d'exclamation, tant leurs queues flexibles prennent des positions variées î

A peine la phalange a-t-elle commencé ses évolutions, qu'à bord on siffle en les appelant de leur nom anglais : Porpers ! Porpers (porcus piscis) ! Alors on croirait quJils entendent les matelots et se réjouissent d'être reconnus. Alors le plus alerte des harponneurs s'élance à la martingale du beaupré, et là, debout sur une corde, son harpon à la main pour balancier, il attend, il choisit, il vise le plus gros ou le plus effronté de la bande qui passe et repasse, et grouille et fourmille sous l'étrave; le harpon retenu par une ligne tombe et traverse de part en part la victime que l'on hisse à bord en moins d'une seconde,

et sitôt que le sang de sa blessure fait tache sur la mer, la bande épouvantée s'enfuit rapide comme un vol d'oiseaux et reprend sa route dans le lit du vent.

Et maintenant pourquoi nagent-ils ainsi toujours dans le vent ?

« Il est assez plausible, nous dit je ne sais plus quel « naturaliste, que cette habitude provient du besoin « et du désir qu'ils ont d'être avertis plus facilement, « par les émanations odorantes que le vent apporte « à l'organe de leur odorat, de la présence des objets « qu'ils redoutent ou qu'ils recherchent. »

Cependant Cuvier, d'après la nature des membranes qui tapissent l'intérieur de leurs narines, leur refuserait presque le sens de l'odorat, à peu près nul chez les autres cétacés.

Mais ne peut-on pas répondre que si cette marche debout au vent ne profite pas au sens de l'odorat, elle peut être utile au sens de l'ouïe ?

On fête à bord la prise d'un marsouin ; le coq à cette occasion déploie ses talents culinaires, il délaie dans de îa farine et de l'eau la cervelle du marsouin, comme on délaierait des œufs, et il en fabrique des crêpes.

Il a eu soin préalablement d'extorquer au capitaine

un flacon de rhum qu'il doit verser dans cette pâle, afin d'y provoquer un commencement de fermentation; mais il se trompe de récipient et verse dans sa bouche au lieu de verser dans la terrine, et s'il en reste quelques gouttes au fond du flacon, ce sera pour les crêpes.

En outre, le rable et surtout les psoas, nous donneront d'excellents beefsteaks; le foie piqué de lard fera les délices du déjeuner de l'état-major, et tout ce qui reste de la masse musculaire sera jeté dans la marmite en compagnie de tranches de petit salé de boulettes de pâte à pain, de pruneaux secs, d'oignons, de pommes de terre, de piment de laurier, de thym, d'ail, de sel et de poivre pour former le ckew-paste, délices du baleinier américain.

Les quatre côtés des deux mâchoires, ornées chacune de vingt-cinq dents blanches et pointues, seront nettoyés et dépouillés de leurs chairs, puis séchés et précieusement conservés pour les amis de terre ferme, qui en feront des démêloirs.

J'hésite à décrire avec trop de réalisme peut-être le dauphin-marsouin, cet être si vénéré des anciens Grecs, et que nos grossiers matelots appellent tout simplement cochon de mer ; mais si vous tenez à con-

server vos illusions d'enfance à Fendroit du sauveur d'Arion, lisez ce qu'en écrit M. de Lacépède, tome Y de la continuation de Buffon, page 465.

Je n'ai jamais rien lu de si sentimental.

Avant de citer la prose poétique de l'illustre naturaliste^ disons dans notre prose toute matérielle, que le marsouin n'a de beau que son agilité ; il est laid et ressemble à un énorme radis noir doué du mouvement perpétuel.

Et cependant M. de Lacépède s'écrie [risum teneatis!):

« Ses proportions ne sont pas éloignées de celles que nous regardons comme le type de la beauté ! »

Puis, comme il ne se serait pas trop enthousiasmé pour si peu, il ajoute :

« Aucun objet ne frappe plus l'imagination de « l'homme que le dauphin, dans les longues naviga- « tions; quand on le rencontre, il charme par ses évo- « lutions vives et folâtres l'ennui des calmes pro- « longés. »

Je crois qu'il serait peut-être moins poétique, mais plus scientifique de dire tout simplement ce qui se passe quand un bataillon de marsouins rencontre un

navire-

L'agilité de ces animaux, à laquelle nous assignons une cause toute naturelle, n'est-elle pas déjà assez admirable par elle-même, sans qu'on se batte les flancs, pour arrondir en périodes des phrases semblables à celle-ci :

« Le navigateur voit le dauphin se plaire autour de « lui, disparaître comme l'éclair, s'échapper comme « l'oiseau qui fend l'air, reparaître, s'enfuir, se mon- « trer de nouveau, jouer avec les flots agités, braver la « tempête et ne redouter ni les éléments, ni la dis- « tance, ni les tyrans des mers. »

Voyez-vous un poisson qui ne redoute pas l'eau ! Ah! M. de Lacépède, que M. de la Palisse était peu de chose près de vous !

— Ce n'est pas tout.

« Quand le navigateur est revenu dans ses retraites « paisibles, qu'il s'est plu à orner, il jouit encore de l'i- « mage du dauphin que la main des arts a tracée sur « les chefs-d'œuvre qu'elle a créés, il en parcourt la « touchante histoire dans les productions immortelles « que le génie de la poésie présente à son esprit et à son <x cœur, et lorsqu'au milieu d'une nuit paisible, dans les « moments de calme et de mélancolie, où la méditation

a et de tendres souvenirs donnent tant de force à tout « ce que son âme éprouve, il laisse errer sa pensée « de la terre vers le ciel, et qu'il lève les yeux vers la « voûte éthérée, il voit encore cette même image du « dauphin briller parmi les étoiles. »

Ouf!!

En voilà des mots pour nous dire que le marsouin qui nage comme un poisson, c'est déjà convenu, a posé pour les sculptures de l'antiquité, et que les astronomes ont donné le nom de dauphin à une constellation.

A mon tour quelques mots :

Je suis un navigateur, M. de Lacépède, j'ai fait deux fois et demie le tour du monde. Eh bien ! je vous jure, que quand le vent du sud-ouest mugit et promène dans le ciel d'immenses montagnes de nuages noirs, et qu'à cent lieues de la côte, dans l'intérieur des terre, je crois^ assis devant mon feu, entendre encore battre les larges ailes de la tempête, s'il m' arrive alors de rêver aux aventures de mes longues années de navigation, si mon cœur bat au souvenir de cet abîme béant, où cent fois j'ai pensé être englouti, je vous jure, M. de Lacépède, que jamais il n'est arrivé à mon imagination, si vagabonde qu'elle soit, de mêler à ces

souvenirs l'image enchanteresse d'un marsouin.

Ah ! poètes de la Grèce, créateurs d'un dauphin spécial, aussi intelligent que l'albatros et que l'oiseau de Diomède, qui gardait dans son bec l'eau de la mer pour en aller asperger, comme d'une eau lustrale, le temple de Delphes ! poètes, qu'est devenu votre dauphin, qui mériterait aujourd'hui des médailles de sauvetage ? où est-il, votre dauphin dilettante? où retrouverons-nous ce dauphin sybarite qu'un proconsul africain faisait oindre de parfums, et qui revenait au rivage, lorsque ces cosmétiques avaient perdu leur arôme?

Hélas ! il faut bien le dire, ô poètes ! il est devenu ce que le matelot appelle le cochon de mei\ alerte et agile animal, si alerte et si agile, que Rondelet compare ceux qui se tourmentent pour faire une chose impossible, à ceux qui tenteraient de lier un dauphin par la queue.

En effet, ce n'est point à tort que Bernardin de Saint-Pierre le nomme la flèche de la mer.

Revenons à cette bonne et simple réalité qui, en histoire naturelle, me paraît déjà si merveilleuse.

J'ai toujours vu, disais-je tout à l'heure, qu'aussitôt qu'un marsouin était transpercé par le harpon, la

troupe de ses compagnons prenait la fuite. Aristote cependant raconte qu'un jour, sur les rivages de Carie, un marsouin ayant été pris par des pécheurs, les autres marsouins, ses camarades, envahirent le port et protestèrent si énergiquement à cet attentat contre la liberté individuelle, qu'ils ne regagnèrent la pleine mer que quand le captif leur eut été rendu sain et sauf.

Aristote raconte le fait, il ne dit point qu'il Ta vu.

Quant à moi, j'y vois une allégorie qui prouve qu'il arrive parfois qu'une protestation collective est écoutée là où une protestation individuelle ne l'est pas.

Pline, qui comme M. de Lacépède s'est beaucoup occupé du marsouin, Pline assure qu'il est susceptible de concevoir une grande affection pour l'homme : un animal de cette espèce, raconte-t-il, s'approchait chaque jour du rivageoù était bâtie lapetite ville d'Hippo-Diarrhyte en Barbarie ; là il enseignait la natation aux baigneurs de la contrée, et recevait en récompense la nourriture de la main de quiconque voulait la lui offrir.

Que dis-tu de cela, vénérable père Jean, doyen des maîtres des bains nageurs du pont Louis XV? Ne te paraît-il pas bien merveilleux qu'un dauphin, qui n'a que des nageoires et une queue apprenne

à nager à un homme qui a des bras et des jambes?

Jusqu'à présent, tu avais dit à tes écoliers : Regardez la grenouille, tu leur diras maintenant : Regardez le dauphin.

Macenas Fabius et Flavius Rufus mentionnent dans leurs chroniques, qu'un dauphin ayant pénétré dans le lac Lucrin, s'était lié d'amitié avec un jeune enfant qui chaque jour partageait son pain avec lui. Le dauphin accourait à la voix de l'enfant et le laissait monter sur son dos.

L'enfant mourut î

Le dauphin anéanti par la douleur vint s'échouer sur la grève et y expira.

C'est le premier suicide qui ait été constaté chez les poissons.

C'est celui-là qui a été divinisé et placé aux cieux par les astronomes.

Vous savez de quelle intelligence était doué le dauphin du Pirée qui portait sur son dos un singe au lieu d'un homme et qui, après une erreur géographique commise par celui-ci, reconnut sa méprise et le noya.

Phalante fait naufrage sur les côtes de l'Italie — c'est un marsouin qui le sauve.

De féroces matelots jettent Arion à la mer; par bonheur il a sa lyre; vous croyez qu'il va se sauver dessus comme sur une cage à poules.

Vous n'y êtes pas.

Arion donne le la — et un dauphin lui prête son dos-do.

Les Thraces, qui osèrent tuer des dauphins, furent mis au ban de tous les peuples de l'antiquité.

Spiralisé à la tige d'une ancre, ou bien formant une demi-auréole au-dessus d'une tête humaine, c'est le signe hiéroglyphique de ce mélange de lenteur et de promptitude que l'on nomme la prudence. C'est la traduction animalisée de ce proverbe d'Auguste :

« Hâte-toi lentement. »

Les chefs gaulois, nos ancêtres, l'ont placé au nombre de leurs emblèmes guerriers; et le fils aîné de nos rois, quand nous avions des rois, s'appelait le Dauphin.

Enfin il rampe aux pieds de la plus belle Vénus de nôtre musée,"et comme nous l'a dit si élégamment M. de Lacépède, les astronomes l'ont placé dans les cieux.

Il y a bien de quoi le consoler, convenez-en, de ce que les matelots l'appellent le cochon de mer.

Potier s'étonnait que Fauteur des Frères féroces ou des Querelles de famille infiniment trop prolongées n'eût fait que trois actes avec un pareil titre.

On a le droit de s'étonner que M. de Lacépède, avec de pareilles autorités, n'ait écrit sur le dauphin que l'article dont nous avons donné des extraits à nos lecteurs.

Buffon hésite à décider qui., du cygne ou dumarsouin, a servi de gabarit au premier navire.

Que d'allégories où figure le dauphin !

L'amour est représenté avec un dauphin dans une main et des fleurs dans l'autre, pour indiquer que son empire s'étend sur la terre et sur ronde.

Le dauphin se recourbant autour d'un trident symbolise la liberté du commerce.

Caressé par Neptune, il signifie le calme prochain des flots et présage le salut des nautoniers.

Les armes d'Ulysse, les médailles de Tarente, de Pœstum et de Corinthe, nous offrent l'empreinte d'un dauphin.

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