SCÈNE IV
SUZANNE, MORONIS.
MORONIS.
Êtes- VOUS souffrante, ma chère Suzanne?
SUZANNE, assise près de la table.
Un peu troublée, tout au plus...
MORONIS.
Plus qu*il ne convient... Depuis longtemps, vous aviez dû VOUS préparer à ce dénouement...
SUZANNE
J'espérais que cette femme serait acquittée...
. MORONIS.
Et c'est parce qu'on Ta condamnée I... Vous pourriez mieux employer, laissez-moi vous le dire, votre générosité, votre
compassion... Mademoiselle Morgan vous a fait assez de
mal... (Dénégation de Suzanne. Pause). VoyonS, Suzanne, qUO me
cachez-vous?... Il y a un secret entre nous. . J'en doutais encore tout à Theure... J*en suis sûr maintenant. Ce n'est pas d'aujourd'hui que je m'en suis aperçu... Cela remonte à la mort de votre mari. Il semblait que cet événement qui vous rendait libre devait vous unir plus étroitement à moi, en supprimant les obstacles qui nous séparaient. C'est le contraire qui est arrivé. Depuis cette époque,
vous êtes toute changée. (Mouvement de Suzanne.j Oh ! VOUS
aurez beau protester, vous n'êtes plus la même : votre regard fuit mon regard, votre main fuit ma main. Je ne vous vois plus qu'entourée d'importuns, comme si vous aviez peur de vous trouver seule avec moi... Encore une fois, que me cachez- vous ?
SUZANNE, se lerant, résolue.
Écoutez... Vous m'avez dit souvent qu'au-dessus de tout, vous mettiez la religion du devoir et de l'honneur; que ce culte avait été dans la vie votre guide, votre évangile et que vous n'aviez jamais cessé d'y être fidèle.
C'est vrai.
Vous m'aimez ?
Si je vous aimel...
HORONI
SUZANNE
MORONIS.
SUZANNE
Oui, oui... je le crois... je le sais... Eh bien, si tout à coup, vous vous trouviez pris entre votre devoir et votre amour, que feriez-vous? (Mouvement de Moronis.) Répondcz... que feriez-vous?