‹ Un drame parisien; pièce en cinq actesChapitre 64 sur 81 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Ah ! est-ce que je sais... je vous aime tant 1

SUZANNE

Non, non, ne vous calomniez pas... Je vous connais. Dussiez-vous en mourir, vous feriez votre devoir...

MORONIS, brusq iemenl.

Vous avez raison, je le ferais. (Avec irisiesse.) Devant ses exigences, je pourrais d'abord défaillir... être lâche, surtout s'il s'agissait de vous. L'amour n'excuse- t-il pas toutes les lâchetés?... Mais, dans ce douloureux combat, l'honneur finirait par l'emporter...

SUZANNE

Alors, vous devez me comprendre... Entendez mes paroles... voyez mes yeux... je vous aime, Armand, je vous aime pour tout le bonheur que je dois à votre affection si haute, si désintéressée, si pure... Mais un devoir m'éloigne de vous. Il va peut-être nous séparer... et si cruel qu'il soit, je ne puis m'y dérober, malgré tout mon amour.

.MORONIS*.

Nous séparer ! Quel est ce devoir? Quel devoir, si vous m'aimez toujours, peut s'élever entre nous?... Ahl je comprends... Votre fils...

SUZANNE

Non, non, ce n'est pas lui !... Pauvre enfant! Lui assurer votre tendresse, votre appui, votre exemple, voilà ce que son intérêt me commande... Et je les lui assurerais, en vous épousant...

MORONIS.

Mais, alors... Pariez... parlez... Je le veux... Non, je vous

en prie... au nom de notre amour... (suence de sotanne.) Oh ! c'est à devenir fou.

SUZANNE

Par pitié, n'ajoutez pas à ma douleur le spectacle de la vôtre... Ne paralysez pas mon courage... J'en ai tant besoin !

MORONIS.

Entendre de telles paroles... et ne rien savoir.

SUZANNE

Hélas! vous saurez toujours assez tôt. (pause.) Vous aurez alors à décider si je suis encore digne de devenir votre femme.

MORONIS, avec éclat.

Si VOUS êtes digne... (pios caime et défiant.) Qu'avez-vous donc à vous reprocher?

SUZANNE

Ne m'interrogez pas, Armand... soutenez-moi plutôt dans l'accomplissement de mon devoir. Aidez-moi à le remplir. Oui, vous devez m'aider... Vous devez me dire: Faites votre

devoir... (Se rapprochant, suppliante.) DitOS-lC. MORONIS, s* éloignant.

Je ne puis pénétrer le mystère de vos paroles, Suzanne, ni vous contraindre à me le dévoiler. Gardez donc ce secret que vous vous obstinez à me taire, gardez-le. Sachez seulement qu'en me refusant votre confiance, vous me livrez à toutes les tortures du doute, moi qui n'ai jamais douté de

vous... (Suzanne déraillinte s'assied. Pause.) VoUS VOUS taiseZ... VoUS

ne voulez rien dire I... (Avec effort.) faites donc votre devoir. (Résolument.) Je ferai le mien.

,-^ n sort.

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