‹ Un drame parisien; pièce en cinq actesChapitre 76 sur 81 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

le juge vous interrogeait... Et vous avez souffert qu'on m'accusât!... Tenez, madame, je ne vaux pas cher, n'est-ce pas? Mais, si bas que je sois tombée, je n'aurais jamais fait ce que vous avez fait là !

SUZANNE

J'ai été lâche... J'ai eu peur. Oh ! pas pour moi, pour mon fils!

ROSE

Votre fils! Un bon prétexte!... Vous étiez à la veille de vous remarier... Frappée par la justice, plus moyen d'épouser l'homme qui vous aime et que vous aimez, (suzanne

sanglote, la tète sar la table. En l'entendant pleurer. Rose se calme.) Mais,

comment avez-vous pu vous laisser entraîner à un tel crime ?

Elle reste debout, la main appuyée au bras du fauteuil. SUZANNE, assise.

Tout cela a été si soudain, si imprévu ! Un enchaînement de circonstances fatales... J'ai tué et je ne me souviens pas de l'avoir voulu. Nous vivions séparés, M. de Véran et moi... Sa vie scandaleuse m'avait éloignée de lui... J'habitais la campagne; je venais rarement à Paris... Ce soir-là, je suis arrivée à Timproviste... Vous savez, puisque vous y étiez, quelle injure nouvelle m'attendait... ma maison livrée à l'orgie... la maîtresse occupant la place de la femme légitime.

ROSE, humblement.

Pardon, madame.

SUZANNE

Après votre départ, comme M. de Véran venait de vous reconduire, je me suis présentée à lui... exaltée... irritée... Mon cœur éclatait... tant de griefs s'y étaient accumulés... Mais, dès mes premières paroles, ce malheureux s'est joué

de ma colère... Puis, en réponse à mes reproches, il a voulu, d'un baiser, me fermer la bouche... (Eiieseièye.) A Ten croire, il m'aimait encore, il me trouvait belle, plus belle que vous...- D se grisait de paroles ardentes... il me tendait les bras... une abominable comédie, enfin, puisqu'il sortait des vôtres... Il m'a menacée... Une minute est venue où je n'ai plus songé qu'à me défendre... Lui appartenir ! Non ! ma mort, la sienne, tout plutôt qu'une telle honte... Que s'est-il passé alors? Je ne sais plus... J'étais folle... Je me vois, une arme fumante dans les mains, debout devant un cadavre, exaspérée et épouvantée... (pause.) D'abord, j'ai voulu appeler... j'ai voulu dire la vérité... Puis, l'horreur de ma situation m'est apparue... mon fils me demandant compte de la mort de son père... la justice m accusant d'avoir tué non pour me défendre, mais pour devenir libre de me remarier... J'ai cédé à l'effroi... J'ai gardé le silence... (Tombant assise.) On ne vous soupçonnait pas... je ne pouvais prévoir qu'on vous accuserait... Après votre arrestation, je me suis encore leurrée de je ne sais quelles espérances... Je savais que le Père Vignal se présenterait devant vos juges... Il semblait impossible que vous fussiez condamnée... De nouveau, j'ai reculé devant l'accomplissement de mon devoir, | devant le scandale...

ROSE

Oui, Saint-Lazare, les assises, tous vos secrets étalés au grand jour de l'audience... Bon pour une Rose Morgan ce supplice, non pour la comtesse de Véran... Ne vous reprochez rien... Est-ce que je vaux la peine que vous vous perdiez pour me sauver ?

SUZANNE

C'est pour vous sauver que je suis venue...

ROSE

Rcnoncez-y, madame... Vous venez trop tard. Ma vie est

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