‹ Un duel à poudre [microforme]Chapitre 19 sur 21 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

JACOB (seul; il est assis).

Mon Dieu! un duel pour couronner le tout. O chien de sort, va! Ville exécrable, va! Si j’en sors sain et sauf, je te reverrai quand le diable sera mort! A-t-on jamais vu une pareille suite d’infortunes, de malheurs et de casse-cou? J'ai été bâtonné, fouetté, mordu, déchiré, mutilé! J’ai emprunté de l’argent pour me le faire voler par des petits avocats sans cause. Jai fait rire de moi, et voilà bien le reste: un duel! me faire trouer par les balles d’un avocat ferrailleur, qui se moquera encore de moi quand je serai mort! Oui, en voilà une belle partie de campagne! Ah! que r’ai-je jamais quitté la maison paternelle! Demain, à pareille heure, je dormirai dans la tombe, et qui me regrettera ? Personne ne viendra verser des pleurs sur le coin de terre où je reposerail Pas une larme, pas un regret! Le dernier des Pelo de Patauville

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aura quitté le monde ! Cette noble race sera éteinte à tout jamais! Son dernier rejeton aura disparu à la fleur de son âge! O malheur indicible ! Enfin, le sort en est jeté, un Patauville ne recule jamais: mon honneur est en jeu. (Se levant et marchant à grands pas.) Il ne sera pas dit qu’un Patauville, que moi, Jacob Pelo de Patauville junior, capitaine dans les armées de Sa Majesté, j'aurai faiili devant le danger! Je suis brave, adroit et fort; ce Le Bourdon m'a l’air d’un poltron. Ah! sa main tremblera, je le fascinerai du regard, je l’écraserai de toute la hauteur de ma vaillance, je le dominerai, et faible, tremblant, je le tuerai ! Ma main est ferme, dressée au maniement des armes, je puis compter sur moi! Mais un malheur arrive; ce lâche peut me tuer après tout. Ah! si je pouvais. Si c'était possible d'éviter ce duel. Mais impossible! Plutôt mourir que d’être déshonoré! (I s’assied.) Il faut que j’écrive à papa. (ZI écrit et lit en même temps.) Cher père,

Quand vous recevrez cette lettre, votre fils aura cessé de vivre. Un Patauville insulté tue l’insulteur, ou meurt en vengeant son honneur, les armes à la main. Adieu. Votre fils infortuné,

Jacob Pelo de Patauville.

. À présent, mon testament! Maïs à quoi bon? Je p’ai qu’un chien, une canne, un portemanteau et mes habits ! N'importe, il le faut. (JL écrit, puis lit.) ‘Je lègue à men ami John Fletcher, la paire de pantalon

u'il m'a prêtée. Je lègue à Charles Toubeau mon Chien, ma canne et mon lorgnon. Je lègue à madame veuve Sicard, mon portemanteau, mon surtout, ma chemise et ma veste, mes bottes, mes caleçons, en reconnaissance de trois semaines de pension que je ne Jui ai point payées.”

Jacob Pelo de Patauville junior.

Allons, c’est fait. Ah! Josephte, ingrate, infidèle, que mon sang retombe sur ta tête ! Mourir si jeune! O malheur !

(La toile tombe.)

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