‹ Un duel à poudre [microforme]Chapitre 9 sur 21 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

FLETCHER, TOUBEAU et FRANCŒUR. (Fletcher est assis près de la table et lit un journal. Toubeau et Francœur occupent le sofa ; le premier fume, le second charge sa pipe. Entre JACOB.)

FLETCHER

Ha di dou! fellow Patauville, come and take a glass! V’là un siècle qu’on t’a vu.

JACOB (s’asseyant près de la table).

Ça va bien, merci, Fletcher. :

FRANCŒUR

Mais, dis-moi donc d’où tu sors, avec cette calotte de l’autre monde, ce teint de carême et cette figuré à l’envers. As-tu eu le choléra, la picotte, ou le torticolis ?

TOUBEAU (se levant et examinant Jacob).

En effet, Jacob, la pâleur morbide de ton visage, la teinte cadavéreuse de ton épiderme présentent tous les symptôries d’une fièvre ultra-superlativement aiguë. Plus je t’examine, plus je me convaincs que mon diagnostic est exact. Par Hippocrate ! la maladie dont tu.es affecté a son siège normal entre le pectorum, le sternum, l’extrémité de la forsure, de la clavicule inférieure du thorax. Une dose fortement camphrée d’hydro-chloro-pseudo-sudo-morphino-ma-

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gnetico-potassium rétablirait le jeu des organes déjà paï des c lésés, marbrés, atrophiés dans les tissus cellulaires de trainee P l’épiderme. Montre-moi ta langue, Jacob ; exhibe- diableme moi ton appendice linguistique, afin que je puisse chauffer. baser judicieusement mon traitement. trempes

FLETCHER (se bouchant les oreilles). ua . ANS € Stop ! Toubeau, pour l’amour de Dieu.

JACOB (tirant sa langue). Pardoi

Tiens ! regarde, puisqu'il le faut. plongeo 1 quel état

TOUBEAU (lui tâtant le pouls tout en l’examinant).

Oui! c’est cela ; car mon diagnostic, sachez-le bien, ; à ne me trompe jamais. Je vois de suite les traces Diable d’une affection pulmonaire compliquée de tremblements nerveux et spasmodiques, à son origine, et qui

bientôt, sans le traitement prescrit, pourrait détermi- * Nous ner une inflammation locale dans les régions du duo- met un dénum et la base abdominalé et... . voix no

entrons.

FLETCHER (se levant et poussant Toubeau). fait, le |

Au diable, médecin infernal, incompréhensible. en man

Assez! assez! By jingo! Rentre ta langue, Jacob, et pipes €

conte-nous tes aventures, depuis trois jours que l’on morcea

ne t'a vu. Tu peux me croire, tu n’es pas plus malade permet!

que moi. ;

Le. : JACOB. ñ

: Où ?

Je crois en effet que c’est la fatigue et rien de. plus: Voici: comme vous le savez, je courtisais mademoiselle Josephte, et certes, entre nous soit dit, je l’aimais Je & fort comme un homme de ma position, du reste, peut aimer une servante pimpante, jolie, accorte et bien | faite. Pendant quelnue temps, tout va sur des rou- Poor lettes. Mais, voilà-t-il pas que la belle s’avise; un | pote ? soir, de m’amener voir ses parents. Pas moyen de ETS

lui ôter cette crâne d’idée de la tête. Toute réflexion ie

faite, de peut, de perdre l'amitié de la belle et croyant les que rien de mal ne résulterait de cette partie de c&m- Quit) }3

Pagne, je consentis. Nous partons ; sept lieues à faire »

exhibee puisse

nant).

le bien, S traces remble- , et qui d'étermidu duo-

ensible.

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par des chemins affreux, dans une maudite charrette traînée par.une rosse efflanquée, une pluie battante et diablement froide. Rien que l’amour pour nous réchauffer. Ah! misérable voyage! Nous arrivons trempés jusqu'aux 05...

FLETCHER

Sans accidents ?

JACOB

Pardon ! nous avions versé trois fois et pris deux plongeons dans les décharges. Figurez-vous dans quel état nous étions |

FRANCŒUR

Diable ! c'était loin d’être amusant.

À JACOB

- Nous frappons à la porte d’une petite maison, on %# met un beau quart d'heure à nous ouvrir. Une grosse voix nous crie: Queu 1? Josephte répond. Nous entrons. La chandelle s'allume, la connaïssance se fait, le bonhomme est en tuque, la bonne femme est.

en mantelet, et ils fument tous deux des vieux bouts de. pipes culottés à faire frémir. On s’embrasse. Un morceau de galette de sarrazin et du beurre rance nque, permettent de s’aller coucher.

FRANCŒUR

Où ?

JACOB

Je couchai à terre, sur de misérables catalognes.

FLETCHER

Poor fellow ! maïs, tu dois avoir les côtes en compaie

JACOB

tt able: Le lendemain (sans dotite, la fille et les bonnes gens avaient tiré des plans durant la nuit), le bonhorame 7 : aborde, prestement : :“ Dites

donc, monsieur Patauville, vous voulez marier mon fiston, j'ai pas d’objection. A m’dit que vous êtes riche comme la banque, par exemple. A m’dit que vous avez des billions et des trillions de trente sous, par exemple, des terres, des maisons, ad cætera, ad cætera. J’irons pas vous marier comme ça, nom d’un nom, sac à papier, hein, ma fine?” La femme opine du bonnet et la fille me regarde bêtement. ‘Mais, chers amis, je ne veux pas me marier,” répondis-je. “Ah!” reprend le bonhomme, ‘tu veux pas, par exemple. Ah! mon seigneur de contrebande, j’allons t'arranger. T'as voulu nous scier. Ah! c’est comme çal” Et le vieil enragé de prendre son tisonnier et de s’avancer sur moi, le bras levé et l’air menaçant. Je recule, il avance, je recule, il avance toujours. Me voilà sur la porte, le bonhomme me rabat son machin sur l’épaule. Je crie ‘aïe! ” et lui arrache l’arme des mains. Hors de moi, je tape, je tape; le bonhomme riposte et reprend son tisonnier; la bonne femme saisit le manche à balai, la fille un vieux fouet, et les voilà tous trois sur mon dos! Ah ! quelle scèr.e! Le bonhomme criait et tapait, la bonne femme beuglait et tapait, la fille hurlaït, braiïllait, écumait et tapait tout de même. Jusqu'au chien, aboyant comme un damné, qui me mordaïit les mollets et me déchirait mon pantalon. Que voulez-vous que je fisse contre trois ? Je passe ia porte et me voilà parti! Ah! j'ai couru, je vous donne ma parole, et me voici |

Tous (éclatant de rire).

Pauvre garçon |!

FRANCŒUR

Ah ! Ja bonne farce (se tordant de rire). J'en crève!

JACOB

C’est pas si drôle après tout! Si vous aviez été à ma place !...…..

FRANCŒUR

À ta place ? moi, je me serais marié !

Je cro

Voyoi pauvre fais les à Jacob.

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