TOUS
Que dis-tu?
GONDI , riant.
Ah ! parbleu ! ce serait charmant.
DE FIESQUE
Voici Chalais qui sort de chez sa majesté, il peut nous apprendre.. . ( Tout le monde remonte . A Chalais, cnlraversant le théâtre* . ) Que penser de la nouvelle qui se répand , monsieur le comte ? est-il vrai que le premier ministre soit remercié ?
CHALAIS
On le dit , messieurs ; mais je n'en suis pas mieux instruit que vous.
( Il remonte la scène, puis vient s'asseoir sur un fauteuil près du cabinet du roi.)
DE SUZE , bas aux autres.
11 fait le discret : la disgrâce est positive.
Go>Di , très ètourdiment.
Vive Dieu! nous en voilà donc débarrassés. Ce maudit cardinal nous nuisait sous tous les rapports. Figurez-vous que depuis quelques jours il avait pour maîtresse la plus jolie femme de Paris.
DE SUZE
Tu veux parler, sans doute , de la jeune Ninon de Len-
* Chalais , de Fiesque , de Suze , Gondi , Soubise , Balagnier.
clos? mais tu te trompes, Gondi. Elle a refuse les cent mille écus que le cardinal lui a fait offrir par Marion Delorme.
GO?iDI.
Vous n'y êtes pas.
SOUBISE
Et morbleu ! c'est la propre nièce du cardinal ?
GONDI
Vous n'y êtes pas.
DE FiESQUE , d dcmi-voix.
Ce petit abbé ne respecte personne. Je gage qu'il veut parler de la reine?
GONDI
Vous n'y êtes pas.
DE SUZE
Pas encore ? nous finirons par trouver cependant.
SOUBISE
AiB : f^audet'ille du Baiser au porteur. Je la connais , c'est une du théâtre.
BALAGNIER.
Non, mais plutôt Parabère ou Lisieux.
DE SUZE
Ou bien encor d'Aumont qui l'idolâtre.
Nous cherchons mal ; ces souvenirs sont vieux... .
SOUBISE
Ah! Chàtillon qui le suit en tous lieux ?
DE SUZE
Ou Pardaillan , cette beauté divine Qui pour lui plaire a quitté Monbrizons? GONDI , qui à chaque nom a compté sur ses doigts en riant. Heureux prélat , qui peut, sans qu'on devine, Nous faire ainsi compter jusqu'à huit noms! {bis.)
BALAGNIEK.
Quelle est-elle enfin ?
( Chalais descend la scène et se rapproche avec curiosité*.)
DE FIESQUE
De grâce , messieurs , laissez-le. Vous lui ferez faire quelque folie : il est déjà à moitié gris.
* Chalais , de Fiesquc, de Suic, Gondi. Soubise, Balagnier.
GONDI
Eh! veux-tu bien te taire, toi, de Fiesquel' ou lu ferais croire qu'il s'agit de ta femme.
(Rire général.)
DE FIESQUE
Par la morbleu !
( De Suze le calme en riant.) GONDI. [2' oui le monde se rapproche de lai.) Ah! çà, vous me promettez le secret? car je ne voudrais pas la compromettre.
DE SUZE
Oui... certainement.
GONDl.
Eh bien ! messieurs , vous connaissez tous madame de Luynes?
CHA.LA.is, traversant vivement la scène, et marchant droit à
Gondi.
Madame de Luynes! en êtes-vous bien sûr, monsieur l'abbé?
( Tout le monde s'écarte *.)
GONDI
Vous le prenez sur un ton un peu haut, monsieur le comte; cependant je veux bien vous dire qu'aujourd'hui même je l'ai vue entrer mystérieusement au Palais-Cardinal.
CHALAIS
Et ce sont là toutes vos preuves pour l'attaquer dans son honneur? savez-vous, monsieur, quel motif la conduisait chez Richelieu ?
GONDI
Je ne suis pas si avant que monsieur le comte dans sa confidence.
CIIALAIS.
Apprenez qu'elle allait demander la grâce de... d'un de ses parens.
GONDI
Oui, et de manière à n'être pas refusée, monsieur le comte.
(Rire général.)
Ah! c'en est trop! et puisqu'il n'y a personne ici qui ose prendre la défense d'une femme, qui ose venger sa répu-
* De Ficsque, Je Suze, Chalais , Gondi , Soubisc, Bulagnicr.
Uidon indignement calomniée, c'est moi, monsieur, moi, qui vous dirai que vous mentez.
GONDI. '
Vrai Dieu! vous m'en rendrez raison.
CHALAis , meUant l'épée à la main.
A l'instant!
GONDi, saisissant celle de Soubise, qui est près de lui. Volontiers !
DE svzv. , passant demère Chalais et écartant tout le monde. Franc jeu! franc jeu! faites place, messieurs, franc jeu!
DE TiESQVZ , se Jetant entre eua;.
Y pensez-vous, messieurs? dans l'intérieur du palais, presque sous les yeux du roi !