SCÈNE IX
DE SUZE, GONDI [même costume que les autres seigneurs, mais tout noir , grand feutre sans plumes , un rabat. ) DE FIESQUE, BALAGNIER , seigneurs.
coNDi. {Il est entré en fredonnant et avec la plus grande gaité.) Eh ! bonjour , de Suze ! que tu es beau aujourd'hui ! te
voila épanoui comme une rose. Et la maîtresse? cette
cruelle , cette rebelle , ne rend-elle point les armes à ce
beau front , à cette moustache si bien troussée ? mais c'est
à en mourir !
DE FIESQUE, à voix bassc.
Prends garde , l'abbé ! l'air du Louvre ne te convient pas
aujourd'hui. Attends du moins que de Launay soit rétabli
ou enterré; autrement le cardinal...
GONDI
Laissez-moi donc, avec votre cardinal : je viens de le siffler , votre cardinal.
DE FIESQUE
Le siffler ! par la morbleu ! il ne te manquait plus que cela.
GONDI
Eh ! certainement ! ignorez-vous que Richelieu a la manie d'être à la fois bel esprit et homme d'état! 11 vient tout à coup de s'apercevoir qu'il est né poète. {Eclat de rire dès seigneurs. ) C'est une bonne fortune pour la France et pour nous.
Air : Au temps heureux de la chevalerie. Sa tyrannie est enfin moins sévère , 1.1 se corrige et veut nous égayer.
Tous ces iinpùls qui nous pesaient naguère
Sont désormais plus It-^ers à payer.
S'il faut le jour redouter sa puissance ,
S'il faut se taire et payer en tremblant.. .
Le soir au moins la liberlé commence ;
On peut alors siffler pour son argent. (bis.)
un
.Je sors du théâtre : celle fameuse Mirame , qu'il croyait 1 chef-d'œuvre ! eh bien ! chute complète. J'ai sifflé son cminence avec délices, et le parterre a demandé le Cid.