‹ Un duel sous le cardinal de RichelieuChapitre 22 sur 39 · CHALAIS, CHEVREUSE · texte numérisé non relu

CHALAIS, CHEVREUSE

CHEVREUSE

Je gage qu'il repose... Ah ! j'avais tort.

CHALAIS

Monsieur le duc, il me semble que ce n'était pas ici...

CHEVREUSE

Que nous devions nous retrouver? c'est vrai; pardonnez à mon impatience; j'ai voulu vous prouver que je ne serais pas en retard. Me voici à vos ordres : j'estime ce jour le plus heureux de ma vie , puisque je vais employer mon épée à votre service.

CHALAIS

Plus bas, plus bas, de grâce! [Chèvre use le regarde d'un afr^/own(?.)Lesappartemensdema mère sont près d'ici; elle pourrait nous entendre.

CHEVREUSE, baissant la voix.

Vous avez raison; cette pauvre comtesse, il ne faut pas l'inquiéter : vous ne sauriez prendre trop de précautions.

*La duchesse, Chalais.

C'est comme moi , avec ma femme ; si vous saviez combien il m'a fallu de peine pour lui cacher tout ceci. Heureusement je me suis esquivé du bal de bonne heure et sans qu'elle s'en aperçût : d'ailleurs, elle doit passer la nuit entière chez la reine ; il est impossible qu'elle conçoive un soupçon. L'admirable soirée! vous en étiez le héros , monsieur le comte; votre nom était dans toutes les bouches; tous voulaient vous voir , vous féliciter : votre règne commence par une fête.

CHALAIS

Il peut finir bientôt.

CHEVBELSE.

A Dieu ne plaise ! il sera long , car vous êtes aimé , et votre puissance ne fera pas de jaloux.

CHALAIS , dont l impatience et l'embarras augmentent à chaque

instant.

Pardon, monsieur le duc, mais j'ai encore quelques ordres à donner.

CHEVREtiSE.

Ne vous gênez pas, je vous en prie; faites comme si je n'étais pas là. ( Chalais, voyant qu'il ne s'en va pas , se met à sa table et fait semblant d'écrire; Chevreiise s'asseoit. Moment de silence.) * A propos , quelle arme choisissez-vous?

CHALAIS

Si cela vous convient , nous nous battrons à cheval , à l'épée et au pistolet.

CHEVREUSE, sc levaut.

Très volontiers ; c'est plus gai , plus animé : cela ressemble à une charge de cavalerie. {Il va examiner sur la table les armes de Chalais.) Dieu me damne ! mais c'est une épée de bal que vous avez là. Un bon coup, apphqué d'une main ferme , la ferait voler en éclats : elle est prête à rompre sous ma main : voyez ! vous en possédez vingt meilleures dans votre cabinet d'armes.

( Il se dirige vers le cabinet.)

CHALAIS, vivement.

Celle-ci me convient mieux ; elle est plus légère. Partons , je vous prie , j'ai fini maintenant.

CHEVREUSE

Parbleu ! je ne souffrirai pas que vous vous exposiez avec une pareille arme. Il est de mon devoir...

( II fait un pas vers le cabinet.)

* Chevreusc, Chalais.

CHALAis , le retenant.

Arrêtez , monsieur le duc ! l'heure s'écoule , il faut partir. CHEVKEUSE , apcrcevunt le masque qui est resté à terre.

Ahl c'est différent. Diable! je n'avais pas vu... [ensouriant.) Oui, oui, votre épée est excellente. D'ailleurs, de Suze nous en prêtera une : je monterai chez lui , [Il ramasse le masque avec sa canne.) et je la choisirai. (// essaie le masque.) Vous deviez être gêné là-dessous; il est un peu petit, [r examinant.) Je crois vous avoir vu danser au quadrille de la reine, [élevant la voix et regardant du côté du cabinet. ) N'aviez-vous pas une robe pensée , avec des faveurs orange? i^Chalais lai fait signe de la main.) Oui... parlons bas , votre mère pourrait nous entendre.

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