SCÈNE XIII
CHEVRELSK, DE FIESQUE.
DE FIESQUE
Son éminence m'envoie vers vous, monsieur le duc, pour vous rassurer sur les évcnemens d'hier. Votre grâce a été signée de sa majesté , elle est confirmée.
CHEVr.EUSE.
Voilà une visite qui doit me surprendre, et monsieur de Richelieu ne m'a pas accoutumé à toutes ces politesses.
DE FIESQUE
Je suis chargé de vous assurer de sa part le plus complet oubli du passé, et il ose compter un peu dé son côté sur la générosité de monsieur le duc.
CHEVREUSE
I\Iais , vrai Dieu I monsieur, ce sont des avances qu'il me fait. Son éminence n'en risquerait pas plus pour une jolie lemnie.
DE FIESQUE
Elles vous prouvent , monsieur le duc , quelle haute estime monseigneur attache à votre amitié. Il sait que vous étiez tout dévoué à monsieur de Chalais , mais il vous connaît trop bien pour vous soupçonner d'avoir pris part àses perfides projets.
CHEVREUSE
Oh! il ne me semble pas si criminel à moi. Parlons nettement, monsieur ; le cardinal me flatte ; il m'offre une réconciliaiion : il n'a pu découvrir la retraite de monsieur de Chalais, et il espère que je la lui vendrai. Eh bien! monsieur, dites-lui de ma part que cette retraite je ne la coh-
nais pas, cl que, s'il la croit ici, je vous ai autorisé à chercher partout.
DE FIESQUE
Votre parole suffit, monsieur le duc. Il ne me reste plus qu'à vous remettre ce paquet trouvé chez monsieur de Chaais. Son émmence dit que ces papiers n'intéressant pas lEtat, c'est à vous, ou à madame la duchesse qu'ils doivent être rendus.
CHEVREUSE
Et pourquoi , monsieur? il ne pouvait exister chez monsieur de Chalais aucun écrit qui nous concernât.
DE FIESQLE.
Son éminence seule a ouvert ce paquet. Je ne fais que repeter ses paroles. Veuillez lire , monsieur le duc • ie vais attendre. [Il sort.) '^
CHEVREUSE, Ouvrant la lettre.
Moi! je ne sais en vérité ce que signifie ce mvstcre. (// lu.) («Vendredi, quatre heures du malin. EnfinVous m'ai.^ niez, je le sais. Il est sorti de votre bouche cet aveu que j'attendaisdepuissi long-temps, que jen'osais espérer. Ah ' qûil envie mon bonheur celui qui ne possède que votre main • moi, je suis aimé, [une pause.) Vous reverrai-je? Oh ! ouije suis trop heureux maintenant pour mourir. ., {interrompant.) Eh bien ! cette lettre... quel intérêt peut-elle exciter en moi? J'ignore tout-h-fail... {poursuivant.) « Voici votre portrait; il ornait votre bracelet tout à Iheure : vous l'en avez détaché pour moi. {unepause.) Faut-il sitôt m'en séparer ? Non , il ne vous sera pas rendu: je le retrouverai là et je pourrai encore le couvrir de baisers, comme je le fais en ce moment. A demain donc; à demain, j'en ai l'espoir.» Et puis... le portrait... {Il ouvre la boite. )LGÛen\.. Ah! ah! (// tombe anéanti dans un fauteuil.) Le sien ' ' elle !... c'était elle !... cette nuit!... Oh ! comment la tuer'^ Allons! cette lettre, ce portrait... \c\. {Il les met dans sa poche.)T> es ^\a^nie?, , àesip\enr s? "S on; du sang, dusano-f (// se lève et se promène avec agitation.) Elle était là ! elle m'en tendait! Oh! cela passe toute crovance. Honte! opprobre sur moi qui leur servais de risée cl qui ne les ai pas poi gnardes! {apercevant de Fiesque, qui est rentré dans le fond ) Qu attendez-vous donc, monsieur? *■'
DE FIESQLE.
Une réponse, monsieur le duc.
CHEVaELSE.
Et laquelle? 11 n'est pas ici vous dis.je ; il n'y est pas. {à lat-meme.)fi avoir qu elle seule entre mes mains! elle seule!
[après un inslanl de réflexion.) Elle vient de partir !... quel soupçon !... son empressement... Oh! aveclui, c'était avec lui!... Il l'attendait! (// court à la croisée qui donne dans la cour, la duchesse parait aujond au même instant.) La voilà !