‹ Un éclair avant la foudre ou Le communisme et ses causesChapitre 11 sur 162 · PREMIÈRE PARTIE. 3l · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. 3l

bientôt convaincu par l'évidence, non-seulement qu'il en est ainsi, mais qu'il est impossible qu'il en soit autrement.

Qu'est-ce qui enchaîne , en effet, l'époux à l'épouse et la femme au mari , dans les séductions si puissantes , dans les assauts si terribles des passions , de l'inconstance et de certaines occasions , dans les maladies, dans la grossesse, dans les couches, dans les infirmités et les disgrâces variées à l'infini de l'âge et de la nature ? le droit et le devoir.

Qu'est-ce qui lie le père et la mère à l'enfant : à la conception , pendant la gestation , à la naissance , pour l'éducation, pour un établissement, quand s'est mûrie son adolescence ? le droit et le devoir.

Qu'est-ce qui enchaîne l'enfant à ses parents, dans la fougue de l'indépendance et de l'égoïsme , aux jours de l'adversité et de la vieillesse, dans les exigences journalières de l'obéissance et du respect? le droit et le devoir.

Qu'est-ce qui maintient, en un mot, intactes et sacrées les lois de l'ordre et de la nature, et affermit sur des fondements inébranlables la famille, base à son tour de la société? le droit et le devoir.

Qu'est-ce qui unit les domestiques aux maîtres, les ouvriers aux patrons et aux chefs ; et les maîtres , les chefs et les patrons, aux ouvriers et aux domestiques ? les droits et les devoirs.

Qu'est-ce qui relie et unit l'homme à l'homme , la famille à la famille, l'état et le gouvernement au

peuple, et le peuple au gouvernement et à l'état; les peuples et les états eux-mêmes aux autres peuples et aux autres états ? Qu'est-ce qui assure la fidélité des uns et des autres aux conventions et aux contrats; l'équité et la charité dans les transactions , dans les traités, dans les rapports réciproques ? les droits et les devoirs.

Or, ces droits et ces devoirs, d'où viennent-ils0 d'où tirent-ils leur énergie intrinsèque et leur pouvoir d'obliger? L'homme par lui-même n'a aucun pouvoir sur un autre homme ; il ne peut rien sur sa conscience , rien sur sa raison. Ses pensées sont changeantes, ses passions sont aveugles; l'égoisme en est le principe et la fin. L'homme-majorité, ou gouvernement, est aussi impuissant rationnellement que l'homme-minorité, ou sujet; car la force du nombre, de toutes les forces la plus brutale, peut rapprocher et juxtaposer les individus, mais elle ne les unit pas. La société n'est pas une juxtaposition , un rapprochement matériel des corps, c'est le lien, l'union des âmes, des esprits et des cœurs; et la force ou l'adresse qui rapproche de leurs victimes le brigand des grands chemins ou l'escroc de nos carrefours , est un mode d'oppression et [non un lien de société. Qui donc détermine et peut déterminer les droits et les devoirs0 qui peut les imposer et leur donner une sanction souveraine, et que tous soient obligés de reconnaître et de respecter ? Qu'est-ce qui en fait le plus fort lien d'union , le seul véritable lien social ?

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