AUTRES CAUSES DU COMMUNISME : LES FAITS ET LES EXEMPLES
Justifia élevât gentem: miseros autan facL populos peccatum.
C'est la justice, ou la reconnaissance pratique des droits de Dieu, qui élève les nations : et c'est le péché , c'est-à-dire , le mépris ou l'envahissement de ces droits, qui rend les peuples misérables. [Proverb. , en. 1Û , v. Sû.\
L'homme ne vit pas seulement de pain, mais encore, mais surtout de vérité. L'intelligence a soif de certitude, et les sociétés elles-mêmes ne reposent que sur des doctrines positives. Le doute tue l'énergie et la vie intellectuelles; etle scepticisme, quand il s'étend dans les masses, ébranle le corps social jusque dans ses fondements. Jamais les sociétés ne périssent par des chocs et des révolutions purement matérielles, et toutes les fois qu'on les sent vaciller, comme l'édifice dont le tremblement de terre secoue les bases, on peut dire hardiment que le doute et l'anarchie des idées, comme un levier destructeur, se sont introduits dans leurs assises
primordiales, et que les doctrines de la foi ont péri ou sont près de périr.
Le communisme , ce grand ébranlement des sociétés modernes, est donc la conséquence du scepticisme doctrinal. Le déisme , le matérialisme, le panthéisme et l'athéisme, l'enseignement, pendant près d'un siècle, de ces formidables négations, sont ses premières causes. Les raisonnements de notre première partie ont porté cette démonstration jusqu'à l'évidence, et d'une extrémité de la France à l'autre, aucune voix ne s'est élevée pour contester ces déductions puissantes; toutes, au contraire, y ont applaudi. Mais le scepticisme religieux , l'anarchie intellectuelle , ne s'en sont pas tenus à la théorie, et les faits et les exemples pratiques les ont suivis, aussi rapides , aussi étendus , aussi constants que l'ombre, sous un soleil d'automne, suit le char et les coursiers qui se précipitent dans un abîme.
La religion, bannie des sociétés humaines par le déisme et le matérialisme, la souveraineté de Dieu, remplacée par celle de la raison , le despotisme d'abord , l'anarchie politique ensuite , ne connurent plus de bornes.
Le despotisme, sous le nom d'état (i), absorba tous les droits, s'arrogea l'omnipotence, et tra-
(1) Nous avertissons de nouveau que, par le mot à' état , nous entendons seulement les gouvernements qui se sont succédé jusqu'à la république de 18-18 exclusivement. Ils appartiennent tous au jugement de l'histoire, et de la logique, qui lie et coordonne eutre eux les principes sociaux.
vailla, étendards déployés , à se substituer partout à la divinité elle-même. Religion, consciences, intelligences, institutions sacrées, institutions populaires, propriétés de tout genre, rien n'échappa à ses audacieuses usurpations. Il mit la main sur tout, sans règle, sans loi, sans frein, comme si tout était son domaine, et qu'il en pût user ou abuser selon son bon plaisir.
C'était à qui applaudirait, à qui se courberait devant lui, et en lui livrant l'Église, le boulevart divin de toutes les libertés, en lui livrant les peuples et leurs droits, obtiendrait sa part des dépouilles opimes. Rois, nobles , bourgeois, abbés de cour, se précipitèrent à l'envi sur cette noble curée, et il y eut des dégradations, des cynismes dont on ne trouvait d'exemples que dans la putréfaction des sociétés païennes.
Alors commencèrent à se dérouler, avec suite et ensemble, une série de faits et d'exemples de*communisme, qui, en réagissant sur les causes doctrinales , activèrent plus encore le fléau dévastateur dont les coups menacent de destruction toutes les sociétés modernes.
Le monde moral en fut ébranlé jusque dans ses fondements ; la foi des peuples se prit à trembler comme le mont volcanique d'où la lave va sortir, et par un des plus admirables jugements de Dieu, ce qui paraissait devoir être le comble de la puissance matérielle, en fut le dissolvant le plus actif, la décadence et la ruine. Examinons successivement
les principaux de ces faits, et montrons jusqu'à l'évidence la connexion intime, nécessaire, qu'il y a entre eux et le communisme.
Nous les réduirons à sept, que nous formulerons ainsi à la tète de sept chapitres différents :
i° L'état, par la négation du droit divin, comme source unique des pouvoirs, a arraché, par rapport à lui et à l'égard de toutes les propriétés , jusqu'aux racines mêmes du droit; et lui substituant, par une conséquence nécessaire, la force brutale, il a posé les bases du plus vaste communisme.
i° L'état, en usurpant par la force la direction suprême de la religion et du culte, a par là même porté la hache à la racine de tous les liens sociaux, et posé le fondement du communisme des consciences.
3° L'état, en usurpant par la force la suprématie de l'enseignement religieux, a mis le comble au communisme des consciences , et posé la pierre fondamentale du communisme intellectuel.
4° L'état, par le monopole de tout l'enseignement littéraire et scientifique, a mis le comble au communisme des intelligences.
5° L'état, en usurpant par la force les biens des églises, des écoles et des hôpitaux, ou des pauvres, leur a jeté, comme un appât communiste et tout ensemble comme un défi , cette inqualifiable spoliation, et posé la base la plus large du communisme des propriétés.
6° L'état, en frappant d'impôts, sans règle, sans
justice et sans mesure, tous les genres de propriétés, a mis le comble au communisme matériel.
70 L'état, en faisant du mariage un contrat purement civil, a ébranlé la famille clans ses fondements, et ouvert la porte au communisme des femmes.
Le livre de M. Thiers sur la propriété, prouvant la nécessité et la légitimité du communisme, tout en voulant le réfuter, en résumera, dans un huitième chapitre, toutes les causes, et montrera jusqu'à l'évidence l'impuissance radicale du rationalisme à établir sur un fondement quelconque le droit de propriété.
Dans cette seconde partie, comme dans la première, les raisonnements seront suivis de dialogues,et toute la vérité sera dite sans crainte, sans dissimulation , et en dehors de tout intérêt et de toute acception de partis.