‹ Un éclair avant la foudre ou Le communisme et ses causesChapitre 132 sur 162 · TROISIEME FAIT,OU TROISIEME EXEMPLE DE COMMUNISME · texte numérisé non relu

TROISIEME FAIT,OU TROISIEME EXEMPLE DE COMMUNISME

L'état, en usurpant la suprématie de l 'enseignement religieux , a mis le comble au communisme des consciences , et posé la pierre fondamentale du communisme des intelligences.

Data est mihi omnis potestas in calo et in terra. Etudes ergo docete omnes gentes.... docentes eos servare omnia quœeunque mandai'i vobis: et ecce vobiscum sum minibus diebus , usque ad consummationcm stcttli.

Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc, enseignes toutes les nations...., leur apprenant i g tout ce que je vous ai moi-même enseigné; et \oici que je suis avec vous, tous les jours , jusqu'à la consommation d clcs. [Le. S. Mallh., c. 28, rr. 18, U et 20.)

L'autorité temporelle, descendant de Dieu aux hommes par les lois ou les coutumes démocratiques, aristocratiques ou monarchiques, n'est donc ni universelle ni absolue. Il y a au-dessus d'elle, et les droits de Dieu, et les droits naturels, inaliénables, imprescriptibles de l'homme et du citoyen,

SECONDE PARTIE. <-q

que Dieu, non-seulement ne lui a pas soumis, mais qu'il en a expressément distraits, en l'y soumettant elle-même, ou lui faisant un devoir de les respecter et de les faire respecter. De ce nombre sont les droits de la religion , du culte et de la conscience; nous venons de le voir ; et s'il n'est pas une constitution, pas un gouvernement, qui, tout en violant etopprimant ces droits sacrés, ne les ait reconnus et proclamés supérieurs et antérieurs à eux, il n'est pas une intelligence non plus, digne de ce nom , qui ne comprenne que les livrer à l'état , c'est déclarer son omnipotence , le faire Dieu , détruire par là même et radicalement toute raison de droit et de devoir, et jeter au communisme, comme une proie , la société tout entière, âmes, corps et biens.

Mais les droits de la religion et de la conscience, dont nous avons parlé plus haut, ne sont pas les seuls naturels ou divins, inaliénables et imprescriptibles; il en est d'autres encore, marchant de pair avec les premiers , s'identifiant avec eux-mêmes , ou les suivant comme une de leurs conséquences nécessaires : nous voulons parler des droits de l'intelligence et de ses enseignements.

Certes, s'il est un bien au monde qui soit la propriété inaliénable de l'homme, qui ne relève que de Dieu, ou de l'autorité que Dieu lui a donnée pour guide en matière religieuse, c'est évidemment l'intelligence, et les enseignements qui doivent la former et la diriger vers son souverain auteur. Tous les siècles, tous les pays, toutes les philosophies, toutes

les constitutions, ont proclamé à l'envi ce droit sacré; c'est la base la plus profonde de la liberté et de la dignité humaines , la garantie la plus assurée contre la dégradation et la servitude.

Ce droit est de double nature, selon les objets sur lesquels il s'exerce. Religieux et moral, il s'identifie avec le droit de la conscience, et se personnifie dans la religion ou l'Eglise; c'est la liberté du culte et de ses enseignements, inscrite dans toutes les constitutions. Purement scientifique ou littéraire , il s'identifie, dans chaque homme, avec la liberté, et ne reconnaît d'autre limite que celle que demande, pour les autres hommes , l'exercice de cette même liberté.

Sous le premier rapport, le droit des intelligences et de leur enseignement a été formulé ainsi par le Christ, Fils de Dieu, dans la grande charte de l'humanité , l'Evangile : « toute puissance m'a été don>l;

« AU CIEL ET SUR LA TERRE. Allez donc, ENSEIGNFZ « TOUTES LES NATIONS, LEUR APPRENANT A GARDER TOUT « CE QUE JE VOUS AI ORDONNÉ ET ENSEIGNÉ MOI-MÊME: « ET VOICI QUE JE SUIS AVEC VOUS , TOUS LES JOURS , « JUSQU'A LA CONSOMMATION DES SIÈCLES.»

C'est de ce premier droit des intelligences , le plus naturel , le plus sacré, le plus imprescriptible, parce qu'il se confond avec la conscience , que nous allons nous occuper d'abord. Nous en examinerons toute l'étendue, et nous verrons comment, en l'arrachant à la conscience et au culte, que Dieu en avait constitués les propriétaires , en vertu de sa

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toute-puissante souveraineté, letat les a livrés au communisme, avec tous les autres droits et avec la société elle-même.

11 est évident d'abord que ce pouvoir, donné aux apôtres ayant Pierre à leur tête, et aux évêques leurs successeurs ayant le Pape pour chef , implique évidemment un double droit , auquel l'Eglise ne peut pas plus renoncer qu'à sa propre existence.

Le premier, le plus essentiel , celui qui sert de base et de racine à l'autre, est le droit général d'enseigner ou de faire enseigner, sous la seule et suprême direction et surveillance de ses premiers pasteurs , l'Évangile et la foi catholique à tous les hommes de bonne volonté, grands et petits , jeunes et adultes ; de leur donner ou de leur faire donner, seule, l'instruction morale et religieuse, puisque seule elle en a reçu la mission expresse de Dieu ; seule elle a reçu, pour l'accomplir, l'assurance d'une assistance infaillible et divine pour tous les pays et jusqu'à la consommation des siècles: « Allez , ensei-

« GNEZ TOUTES LES NATIONS , LEUR APPRENANT TOUT « CE QUE JE VOUS AI ENSEIGNÉ MOI-MÊME : ET VOICI QUE « JE SUIS AVEC VOUS , AINSI ENSEIGNANT , JUSQU'A LA « CONSOMMATION DES SIÈCLES. »

Mais comme, avons-nous ditailleurs (i), l'Église catholique ne peut enseigner par ses pasteurs la religion que le Fils de Dieu lui a donné mission d'enseigner à toutes les nations, à tous les hommes,

(1) Deux articles de la nouvelle Constitution , pag. 3.

jusqu'à la consommation des siècles, sans être obligée d'apprendre elle-même les langues de tous les peuples, et d'enseigner à ceux d'entre ces peuples qui le désirent, les langues anciennes, dépositaires de sa foi et de sa morale , de son histoire et de son culte : l'hébreu, le grec et le latin.

Comme l'histoire de tous les pays est aussi l'histoire de la religion catholique ; que les sciences ellesmêmes servent à la prouver et à la défendre aussi bien que l'histoire; comme l'enseignement des unes et des autres peut être faux , corrompu , jusqu'à détruire dans les âmes la foi et la morale, au lieu de les établir et de les confirmer;

Apprendre et enseigner librement toutes les langues, et spécialement les langues anciennes ; apprendre et enseigner librement et l'histoire et les sciences , est donc, en matière d'enseignement, le second droit de tous les chrétiens, le droit et le devoir des pasteurs de la religion catholique.

Il y a plus: ce droit, pour tous les catholiques et pour leurs enfants, se confond tellement avec le devoir le plus sacré, le plus imprescriptible, celui d'apprendre, de croire, d'enseigner etde défendre la religion qui est la leur, sous l'autorité suprême des pasteurs à qui la foi leur enseigne que l'infaillibilité a été donnée de Dieu même, qu'ils ne peuvent renoncer à faire valoir ce droit, ou à se le laisser enlever par l'état ou par tout autre, sans faillir gravement à une des lois les plus fondamentales de la conscience.

Ces droits, les catholiques les ont exercés libre-

ment; ces devoirs, librement ils les ont remplis , dans tous les temps et sous tous les gouvernements non persécuteurs.

De ces deux droits, le dernier est tellement l'appendice, le complément de la mission donnée par Jésus-Christ à son Eglise, que sans lui, on n'en conçoit pas même l'accomplissement comme possible; et le premier tient si essentiellement à la foi , à la suprématie de l'Eglise en matière de doctrine et d'enseignement religieux et moral , qu'aucun catholique ne peut y renoncer ou le nier, le placer ou le reconnaître théoriquement ou pratiquement ailleurs , sans cesser d'être catholique, sans abjurer tout ensemble et la dignité de l'homme et la liberté du citoyen. C'est le fondement de l'Église enseignante, la conséquence la plus caractéristique, la plus immédiate de sa divine institution. C'est le résumé même de toute son histoire.

Dès les premiers siècles de l'Église, en effet, quand le sang des chrétiens coulait par flots sous le glaive des Césars, et que l'Évangile, prêché dans toutes les langues par les apôtres , principe et premier élément du clergé catholique , arrachait les nations aux déchirements de l'anarchie et au despotisme brutal des gouvernements païens, quel était l'enjeu de cette lutte de sang ? n'était-ce pas le droit suprême de l'Église en matière d'enseignement ?

Quand le bras des bourreaux, levé durant trois siècles , fut tombé de lassitude; que la force matérielle se fut avouée vaincue en s'inclinant devant la

croix;que Dieu seul eut été reconnu maître souverain des intelligences, et la puissance spirituelle instituée par lui pour enseigner, conserver, interpréter la religion qu'il avait révélée au monde , proclamée juge suprême des doctrines; quand Constantin, repoussant le despotisme que l'arianisme le pressait de reprendre , le traînait lui-même devant les évêques du concile de Nicée, présidé par les légats du Pape, qu'est-ce qui triomphait, au milieu des concerts et des bénédictions de l'univers ? n'était-ce pas encore le droit suprême de l'Eglise en matière d'enseignement?

Plus tard, sous les faibles successeurs du grand empereur, sous son neveu l'apostat, quand les eunuques et les évêques de cour venaient vendre au pouvoir temporel les droits des peuples et la foi catholique; quand Athanase et notre Hilaire parcouraient les églises pour les prémunir contre les sophismes et les séductions des sectateurs d'Arius et des prélats courtisans ; que Grégoire de Nazianze sommait le pouvoir temporel et son chef Julien de lui montrer leurs titres de propriété sur la langue grecque et sa littérature, et appelait le monopole universitaire de ce temps-là une brutale stupidité, brutam stoliditatem, quel était.le but de ces ignobles persécutions et de ces nobles et généreuses résistances? n'était-ce pas encore le double droit de l'Église et des peuples en matière d'enseignement ?

A Sardique, à Constantinople , à Ephèsc , à Chai-

cédoine , à Latran , à Vienne , à Constance, à Bâle, à Florence , à Trente , dans tous les conciles , contre tous les hérétiques travaillant à livrer au pouvoir matériel la foi des peuples et les intelligences relevées par un Dieu, en France , en Angleterre , en Espagne , en Italie , en Allemagne, dans tous les monastères, à la fondation de toutes les universités, de toutes les écoles , qu'est-ce qui rassemblait, des extrémités du monde, les pères des peuples et les boucliers vivants de tous leurs droits? Qu'est-ce qui inspirait aux évêques ces nobles confessions , ces canons sublimes que la foi et l'admiration du monde nous ont transmis ? Qu'est-ce qui créait, affranchissait , fécondait , alimentait ces vastes foyers intellectuels dont les lumières s'étendaient jusqu'aux confins du monde, et entretenaient gratuitement partout le feu sacré des lettres, des sciences, des libertés publiques et de la civilisation? n'étaient-ce pas toujours les droits libres ou souverains de l'Église en matière d'enseignement?

De nos jours enfin, depuis Jean Hus et Luther, depuis Cranmer et Calvin, en appelant contre Rome et leurs coreligionnaires dissidents, au glaive des électeurs germaniques , à la torture et aux bûchers des conseils genevois, ou aux maîtresses et aux bourreaux de Henri VIII , jusqu'à l'autocrate de Russie , à l'empereur Napoléon ou à Joseph II , jusqu'aux vieux rois de Hollande et de Prusse, jusqu'à Le Camus et Robespierre, jusqu'à MM. Portalis , Guizot , Cousin , Villemain , Salvandy , jus-

qu'au radicalisme helvétique, s'efforrant de courber les intelligences des peuples , et de faire fléchir les droits de la conscience sous l'autorité du knout et des déserts de Sibérie , sous la suprématie légale d'un enseignement d'état ou les fureurs brutales d'une soldatesque sans frein, qu'a-t-on voulu, qu'a-t-on cherché, que cherche-t-on, et que veuton encore , sinon effacer, s'il était possible, l'autorité catholique, anéantir les conquêtes et le principe de toutes les civilisations , détruire dix-huit siècles de travaux, arracher les sociétés et les intelligences à l'empire de la religion ou de Dieu, pour les replacer sous le joug des sophistes et de la force matérielle, enchaîner en un mot et détruire les droits de l'Eglise en matière d'enseignement?

Comme aux jours des Néron, des Autonin, des Julien, des Luther, des Henri VIII et des Calvin, c'est la religion catholique forcée de nouveau de descendre dans l'arène, pour y défendre, contre les ministres des rois et le despotisme haineux de quelques hommes, ses droits les plus sacrés, et le premier de tous, celui qu'elle a reçu du Fils de Dieu d'enseigner dans toutes les langues, par toutes les sciences et jusqu'à la consommation des siècles , tous les peuples et toutes les générations qui veulent venir à elle!

C'est, comme aux siècles païens, le sabre qui veut commander aux consciences ; c'est la force matérielle qui veut s'ériger de nouveau en juge des doctrines, des croyances et des opinions, et enseigne! seule et souverainement les intelligences, comme

si le Christ n'était pas mort et ressuscité pour les affranchir d'une si honteuse et si dégradante servitude !

Hélas! cette volonté, plus astucieuse que celle de Julien, plus puissante que celle de Constance, n'estelle pas déjà un fait accompli? Acharnée sur les droits de l'Église comme sur une proie , ne tiret-elle pas de son succès même et de l'affaissement du caractère français, une preuve de légitimité en faveur de son usurpation ? Et à ce chant de triomphe , le communisme, armé de l'inflexible logique, ne répond-il pas par l'hymne brutal de la spoliation et de l'immoralité? Examinons en effet, et voyons, pièces légales en main , de quelle suprématie de l'Eglise ou de l'état relèvent, en France, l'instruction morale et religieuse , l'enseignement de la religion , depuis la salle d'asile jusqu'aux facultés de théologie.

i° Salles d'asile.

Nous lisons dans l'ordonnance Louis- Philippe- Sabandy, qui les réglemente (22 décembre 1837 ): « Art. 1. Les salles d'asile, ou écoles du premier âge, « sont des établissements où les enfants des deux « sexes peuvent être admis jusqu'à l'Age de six ans « accomplis, pour recevoir les soins de surveillance " maternelle et de première éducation.... Il y aura, « dans les salles d'asile, des exercices qui compren-

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