SON ORGANISATION , SON ADMINISTRATION MÊME , SA
JURIDICTION SPIRITUELLE, RÉAGISSENT SUR SA TEMPORALITÉ. Ils tombent donc nécessairement dans le domaine de 1 état , et au nom du droit
politique, DANS L'EXERCICE DES DROITS DE LA SOUVERAINETÉ, (i) Cette souveraineté, d'ailleurs, ne s'exerce que dans les limites de la loi.
l'aspirant-directeur au ministère des propriétés et de l'industrie.
On pourrait contester. Car certes, la foi , la conscience, l'enseignement par la parole , la vertu des sacrements, le sacerdoce même, en tant que caractère sacré, ne tiennent à la terre par aucun point et n'occupent pas de lieu dans l'espace ; ce qu'il y a d'extérieur même dans le culte, n'en étant que l'accessoire, devrait évidemment suivre la nature du principal, essentiellement spirituel. Tout cela , d'ailleurs, est le droit de la liberté, le droit imprescriptible, inaliénable de l'homme et du citoyen, et l'état ne peut mettre la main dessus sans la plus dégradante tyrannie.
Dans la propriété, au contraire , tout est temporel , tout tient à la terre et par tous les points , tout tombe sous le domaine de l'état et les droits de sa souverainté. Comment se fait-il donc qu'il y ait subversion sociale, anéantissement de la société dans la direction et l'organisation par l'état des propriétés et du travail , qui sont tout entiers de son domaine et de sa juridiction, et qu'il y ait ordre, au contraire, bien public, salut de l'état dans la direction et l'organisation par lui des cultes, des
(I) Iiap port sur le Chapitre de Saini-Dtnis, par M. le comte Portalis.
consciences et de la foi, qui ne lui appartiennent nullement, et qui ne peuvent dans aucun cas lui appartenir?
l'ex-directeur au ministère des cultes.
C'est un fait, et on n'argumente pas contre les faits, quand surtout la loi est venue leur donner sa souveraine sanction.
l'aspirant-directeur au ministère des propriétés.
Mais cette loi, c'est vous, c'est votre père, c'est le mien qui l'ont faite , sans autre droit que celui de l'escroc qui se trompe de poche, ou qui falsifie les clauses d'un contrat ; sans raison meilleure que celle de l'homme fort, qui, le soir, près d'un bois , au détour d'un chemin, demande la bourse ou la vie , ou dans une émeute, la liberté ou la conscience. Et pourquoi, nous, leurs enfants, ne ferions-nous pas une loi semblable sur les propriétés , en nous appuyant, non sur la ruse ou la force, mais sur tous les droits et sur toutes les raisons que donne à l'état sa souveraineté pleine et entière sur les choses purement temporelles? Car c'est aussi par une loi que nous autres socialistes, nous voudrions que la chose se réglât, plutôt que par la force.
l'ex-directedr au ministère des cultes.
"Vous n'y pensez pas ! il y a entre les deux cas une énorme différence.
l'aspirant-directeur AU MINISTÈRE DES PROPRIÉTÉS.
Une énorme différence sans aucun cloute , et je viens de le dire; mais cette différence est toute en faveur de la liberté des consciences et des cultes, et contre celle de la propriété et des propriétaires.
l'ex-directeur des cultes.
Vous vous trompez : la différence dont je parle consiste en ce que, pour les gouvernements et les états, les croyances et les idées sont plus à craindre que les terres et les maisons.
l'aspirant-directeur des propriétés.
Mais les terres et les maisons donnent au contraire une immense influence aux croyances et aux idées. Qu'est-ce qui a fait la Vendée autrefois, la résistance de Lyon , le camp de Jalès et l'émigration ? les grands propriétaires. Qu'est-ce qui maintenant appelle et fomente la réaction? les propriétaires. Le clergé , au contraire, n'a plus d'influence, tous les jours le National le répète ; et en 1800, il avait été réduit à rien par les écbafauds, les massacres , les déportations et l'apostasie. Donc , si les articles organiques des cultes et toutes leurs conséquences ont été jugées nécessaires , et le sont encore en dépit de tous les droits et de toutes les constitutions, à plus forte raison l'état en a-t-il besoin contre les propriétaires. Quelle prise aura-t-il sans cela sur une masse d'bommes formant un étal dans l'état, pouvant accorder ou refuser l'impôt, faisant
l'opinion, les élections et les lois , tenant dans leur dépendance, par le travail , par le salaire, par le capital, tous les autres citoyens; sur les ennemis naturels, enfin, de la république et de l'égalité, et pouvant à tout instant renverser l'une et l'autre ?
l'ex-directeur des cultes.
Et voilà pourquoi ce que vous proposez est impossible. Et si vous voulez savoir, pour en finir, quelle est la dernière raison de cette différence entre les cultes et les propriétés, la raison sans réplique, je vous la dirai tout bas , entre nous: c'est que nous tenons aujourd'hui beaucoup plus, infiniment plus à la propriété qu'à la foi et à la conscience, infiniment plus aux biens matériels et aux pjaisirs qu'à notre dignité et à toutes les libertés les plus saintes.
l'aspirant-directeur des propriétés.
C'est une insulte à la nation. Vous ne me ferez jamais croire que les Français, et le clergé catholique surtout, soient descendus à ce degré d'ignominie et de servitude ; et qu'un sac de pommes de terre, un plat de lentilles, un cours d'eau, une machine à vapeur, un troupeau de porcs ou de bœufs, un champ, une forêt, une maison , un hôtel ou un palais, soient plus précieux, plus prisés dans notre noble pays de France, que la conscience, la foi, la dignité humaine et les plus saintes libertés.
l'ex-directeur DES CULTES.
Les faits sont là, et parlent plus haut que toutes les indignations et tous les discours. L'état a mis la main sur les cultes, sur les croyances, sur la conscience et sur la foi ; il les a organisés, dirigés, exploités en maître souverain. Les cultes, il les a avilis par la servitude ; les croyances et la foi, il,les a insultées, attaquées, détruites; la conscience, il en a fait une table rase pour pouvoir y écrire à sa guise ce qu'il voudrait. Qui est-ce qui s'est opposé à ce grand œuvre de nivellement et d'unité, à ce communisme des consciences et des âmes, comme vous l'appelez? Personne. Or, que l'état tente, s'il l'ose, sur les propriétés, rien qui approche de cette suprématie des cultes. Je l'en défie, il y périrait mille fois.
l'aspirant-directeur des propriétés.
Eh bien! s'il en est ainsi, comme vous l'attestez, je vous dis, moi , que c'en est fait de la propriété, qu'elle est minée, sapée par la base, et que l'état la fera sienne , d'un bout de la France à l'autre, quand il voudra.
La force des choses, le lien fatal qui enchaîne entre eux tous les faits , le bon sens, cette logique des peuples à laquelle rien ne résiste , feront tôt ou tard , unis à la grande voix de la presse , cesser une si inconcevable anomalie , une contradiction si étrange; et il faudra de toute nécessité, ou abroger les articles organiques des cultes, ou en don-
SECONDE PARTIE. n5
ner de semblables à la propriété. Tenez-vous pour averti, vous n'aurez pas beaucoup à attendre, l'expérience ne sera pas longue.
l'ex-directeur des cultes.
Illusion! l'instinct de la propriété et de la famille, rivé au cœur des peuples, nous rendra toujours, quoi que vous en disiez, plus forts que la logique. Les faits, les faits, voilà la vraie politique'.
l'aspirant-directecr des propriétés.
C'est la nôtre, c'est celle de Proudhon. Pourquoi donc alors, vous etles propriétaires, demandez-vous son rappel à l'ordre, quand il vous dit que, dans les révolutions, tout se réduit à des faits , et que tout cela, au point de vue du droit, est incohérent, contradictoire, sans principe ; quil ne s y trouve que de la force? (Séance du 3i juillet.) Or, l'instinct de la propriété et de la famille, inscrit au cœur de tous les hommes, croyez-vous qu'il ne soit pas aussi fort, aussi impérieux dans ceux qui n'ont point de propriété que dans ceux qui la possèdent; dans ceux qui ne la possèdent qu'au degré le plus propre à en exciter le désir jusqu'à la violence, que dans ceux qui en jouissent jusqu'à la satiété, jusqu'au dégoût PEtalors, que devient, réduite à ces derniers termes selon vous, cette grande question de la propriété, sinon une question de force brutale, où vous aurez à lutter un contre dix , contre cinquante peut-être? Au reste, vous en êtes convenu , ainsi
s'est faite la loi qui organise les cultes et les soumet à l'état comme a leur maître souverain ; ainsi se fera celle de la propriété , qui la répartira à chacun également, ou la fera administrer souverainement par l'état et ses commis, selon le bon plaisir des plus habiles et des plus forts. Entendez comment déjà grondent au loin les flots populaires que la compression ne fait qu'irriter; voyez comme ils montent de toutes parts, et montent encore avec la misère , vastes , terribles, menaçant de tout engloutir ! Quand on a contre soi la logique et le nombre, croyez-moi, la force sur laquelle on compte est de bien courte durée.
l'ex-directeur des cultes.
Peut-être!
; Il avait à peine achevé , qu'une des digues qui retenait le flot populaire s'étant rompue, la vague s'élança avec une fureur inouïe, renversant tout sur son passage, culte , institutions, lois, propriétés, famille; tout fut emporté péle-méle et sembla un instant submergé. L'émeute et le massacre se joignaient partout à l'incendie et au pillage , et au milieu du sang et des ruines, des lamentations des femmes et du râlement des blessés, on entendait retentir au loin comme un hurlement île bétes fauves :
Aux armes, citoyens ! formez vos bataillons. Tuons , brûlons.
Au plus brutal et terres et maisons.
C'ÉTAIT LE COMMUNISME
Et la logique disait au ministère des cultes et à ses partisans :
D'APRÈS VOS EXEMPLES, IL A RAISON