‹ Un éclair avant la foudre ou Le communisme et ses causesChapitre 142 sur 162 · FATAL, DONT LES CONSÉQUENCES NOUS ONT APPARU · texte numérisé non relu

FATAL, DONT LES CONSÉQUENCES NOUS ONT APPARU

« comme un mauvais rêve dans le formalisme sté-

« rjle et dans l'uniformité mécanique de l'ensei-

« gnement des collèges Ainsi , quelles que soient

« les connaissances positives qu'on acquière dans « l'école normale, il y manque toujours l'essentiel, « c'est-à-dire, le souffle de vie et de liberté , le côté a vraiment humain de cette prétendue étude des « humanités; il en résulte que l'institution tout « entière , sous le rapport moral comme par le côté « scientifique , doit être considérée, pour ainsi dire, « comme manquée de tout point. » (pag. 221 et suiv.)

Ainsi, TYRANNIE INCESSANTE, PIRE QUE TOUTES LES TYRANNIES POLITIQUES; SERVITUDE, ROUTINE ET MÉTIER DU CÔTÉ DES MAÎTRES; DIMINUTION POUR LE NOMRRE, ET IGNORANCE EN TOUT DU COTÉ DES ÉLÈVES , ARISTOCRATIE

la plus stupide de toutes , celle de l'argent , reconstituée sous le nom d'aristocratie des intelligences, comme parle M. le grand-maître et haut seigneur Villemain ; une caste de parias, réorganisée pour les pauvres et les petites fortunes, voilà les conséquences claires, incontestables de l'enseignement d'état, du communisme dans les propriétés intellectuelles, les mêmes , sans aucun doute , qu'amènera le communisme dans les propriétés ordinaires, s'il est donné à l université agricole le temps de se typer sur l'université littéraire.

l'ami du progrès universitaire.

Nous avons au moins î unité en matière d éducation , comme parle l'éloquent M. Thiers ; et quoi que

vous en disiez , l'université de l'état ne possède le monopole de l'enseignement que comme les tribunaux ont le monopole de la justice, et l'armée celui de la force publique, selon la judicieuse observation de deux célèbres hommes d'état.

LE DEMEURANT d'un AUTRE AGE.

Oui , c'est vrai , nous avons F unité de la servitude , l'unité des concussions et des monopoles , l'unité de la routine, l'unité de l'ignorance, l'unité de tous les vices, qui sont la conséquence de toutes les autres unités y l'unité de l'ostracisme contre la conscience, contre la liberté et contre les pauvres! Quant à la comparaison faite par les hommes d'état dont vous parlez, ce n'est, pour la magistrature et l'armée, que le plus injurieux des sophismes. Quoi donc! disait, il y a plusieurs années, en y répondant déjà, un livre que vous n'avez pas lu, est-il possible d'insulter à ce point le bon sens de tout un peuple? Les tribunaux trafiquent-ils donc de la justice comme l'université trafique de l'enseignement? Nos jurys sontils des commissions de bon plaisir, et nos assises des encans de diplômes et de brevets? Est-ce au mépris de toutes les constitutions et en foulant aux pieds toutes les lois antérieures, que d'arbitraires décrets les ont constitués, et que de simples ordonnances les ont provisoirement maintenus ? Nos juges forment-ils une corporation privilégiée en dehors de la nation , dont tous les membres sont amovibles au premier vouloir d'un grand-

maître, imposant des conditions d'existence à tous les citoyens et à toutes les autres carrières? Les tribunaux délivrent-ils, pour de l'argent, des diplômes pour établir d'autres tribunaux au-dessous des leurs? Les magistrats qui y siègent jugent-ils toujours à buis clos? Ne fondent-ils leur sentence que sur leur bon plaisir? Font-ils métier d'annoter les codes, de commenter les lois, de recueillir leurs sentences dans des livres , sous le nom de Manuels, ou de Cours de justice , et d'en imposer la circulation à tous les tribunaux , et l'achat et l'étude à tous les avocats, à tous les huissiers et à tous les plaideurs? Les tribunaux et les cours royales feraient-ils aussi par hasard les lois elles-mêmes? Limiteraient-ils , ou anéantiraient-ils les droits civils des citoyens par des arrêtés, semblables à ceux du Conseil de l'instruction publique, et en aussi bon français? Les gardes des sceaux et les présidents de Cour font-ils aussi des ordonnances ou arrêtés, pour régler les mobiliers des greffes et des salles d'audience, ceux de la chambre des huissiers, de la loge des portiers, ceux des cuisines, et des cellules des pr' sons et de leurs pistoles, et en taxer le prix? Fontils descendre la simarre et la toge jusqu'à régler le nombre des vases de nuit et des tables de nuit formant siège , que doivent posséder lès prisons , les geôles et les gendarmeries , et jusqu'à en tarifer la valeur? Délèguent-ils des inspecteurs pour faire la revue de toutes ces choses, et les répudier, si elles ne portent pas l'estampille ou n'atteignent pas le

chiffre qu'on désire? Tous les citoyens sont-ils obligés ensuite, pour devenir des aristocrates intellectuels , ou sous peine de rester parias et vilains, de passer par les geôles des tribunaux, comme tous sont obligés de passer par les geôles universitaires ? etc.

Et l'armée, l'armée française, n'est-ce point également l'insulter que de la comparer à l'université et en faire un monopole de force publique? La force publique, est-ce que l'armée la vend? Est-ce qu'elle en trafique ? Est-ce à prix d'argent qu'elle la constitue et la maintient, et non point avec son sangle plus pur et le sacrifice du repos et de la vie de ses plus braves capitaines? Est-ce que les citoyens et les soldats triplent et quadruplent I^s traitements des officiers, en achetant d'eux, par trois ou quatre espèces de rétributions, le droit de servir la France et de battre l'ennemi? Est-ce que, pour être soldat, il est nécessaire d'être reçu préalablement bachelier en courage? La loyauté, la valeur, ont-elles besoin d'être estampillées par des commissions arbitraires de bureaucrates, pour être honorées par un grade ou par la croix? Est-ce que les preuves du champ de bataille et du sang versé ne suffisent pas? Est-ce que , dans l'armée, les cœurs ne battent plus pour la gloire et l'amour de la France ? Est-ce que la cupidité , l'amour des aises et des commodités de la vie., sont le seul ressort qui excite le courage? Le courage! est-ce que la soif de l'or l'a fait descendre à fétat de routine et de métier?

Est-ce qu'il est nécessaire , ensuite, pour jouir îles droits publics des Français proclamés par la Charte, pour être avocat, médecin ou chanoine , pour tenir même une pension d'officiers ou un logement de soldats , de passer deux ans dans une caserne, et de payer au poids de l'or l'entrée, le passage et la sortie , au profit de la caisse du régiment et de ses officiers? Est-ce que l'éducation , la pensée, les croyances, les langues, les sciences et les mœurs, sont choses qui se traitent, d'ailleurs, comme une armée, s'administrent, s'alignent ou s'embrigadent comme une compagnie de voltigeurs ou un escadron de hussards?

Cependant, l'ami du progrès était devenu muet; une pâleur horrible s'était répandue sur cette figure, qui ne respirait naguère que la fierté et le dédain Le vent apportait les clameurs confuses d'une multitude immense, rassemblée autour du Panthéon et dans tout le pays latin. Le tumulte grandissait de seconde en seconde en s'avançantvers la Seine. On entendait le roulement des tambours, la voix confuse des agents qui faisaient <;à et là les trois sommations , le hennissement des chevaux des dragons et des cuirassiers, qui débouchaient de tous les ponts , le cliquetis des armes que chargeaient l'infanterie et la garde nationale, en s'alignant sur les boulevards et sur les quais ; puis les décharges d'une fusillade continue et les détona-

SECONDE PARTIE. 2l3

tions de la mitraille. Il y eut une mêlée terrible , d'infâmes trahisons , d'effroyables boucheries ; et tandis que les ombres de la nuit s'allongeaient sur la cité, comme sur un sépulcre un drap funéraire, et la couvraient de toutes parts ; les hordes insurrectionnelles, comme les flots d'une inondation accrue par tous les affluents d'alentour, montaient, montaient toujours et envahissaient tous les postes, aux cris mille fois répétés de: Droit au travail! instruction obligatoire ! Vivent les assignats et la banqueroute ! Vivent la guillotine et l'université ! Plus de juifs , plus de protestants , plus de catholiques , plus de prêtres, plus de nobles, plus de bourgeois! La révolution est venue briser toutes ces différences ! Vive l'unité ! L'égalisé , la fraternité ou la mort ! Et au milieu d'un désordre immense , il se fit un pillage universel.

Puis, quand le sang et les ruines se furent un peu refroidies , on organisa la propriété et le travail comme on avait organisé l'enseignement; il y eut des ministres grands-maîtres de la propriété et de l'industrie, des commissions d'examens sur le civisme et la capacité agricole et industrielle , des inspecteurs et sous-inspecteurs de la propriété, un recteur par département, un proviseur par commune. Chaque département agricole fut organisé comme une académie, et chaque commune comme un phalanstère ou comme un collège, avec toutes les habitudes ou les vertus, conséquence de la liberté des attraits. Ce fut le règne des capacités, le

ai4 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

règne de l'oligarchie, du pédantisme et du mépris; le règne des monopoles d'état, de l'ignorance, de l'oisiveté, de l'immoralité et de tous les vices.

Les terres demeurèrent en friche; les vignes furent étouffées par les ronces et les chardons ; les ateliers chômèrent; les maisons tombèrent en ruine ; il y eut famine, mortalité de toutes parts, guerre atroce entre les capacités légales et les incapacités, entre l'aristocratie diplomisèe et les parias sans diplômes ou avec brevets non salariés ; les loups et les ours se multiplièrent de toutes parts, et l'on ne savait qui l'emportait en férocité , de l'homme ou de la bête fauve.

C'ÉTAIT L'UNITÉ DES CULTES PAR LE PAN- THÉISME D'ÉTAT, L'UNITÉ DE L'ÉDUCATION PAR L'UNIVERSITÉ D'ÉTAT, L'UNITÉ DES PROPRIÉTÉS ET DE L'INDUSTRIE , DES RANGS ET DES PLAISIRS, PAR LE COMMU- NISME D'ÉTAT.

Et la logique disait à tous les amis des progrès universitaires :

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