CINQUIEME FAIT , OU CINQUIEME EXEMPLE DE COMMUNISME
L'état, en usurpant les biens des églises , des écoles y des hôpitaux ou des pauvres, leur a jeté, comme un appât et tout ensemble comme un défi communiste, cette inqualifiable spoliation , et a posé la base la plus large du communisme des propriétés.
VimJecerunt depradantes pusillos,et vulgum /ituifvrum spoliaverunt.... et Deus inultum abire non patitur.
119 se sont emparé violemment des biens dos faibles: ils ont dépouillé le peuple pauvre.... Dieu ne laisse pas impunies de telles iniquités. [Job, chap. 1!\ , v. 9 et 12.)
Le communisme, une fois maître de la souveraineté par la négation de celle de Dieu et de tout droit divin , négation qui livre à l'émeute , à la ruse et à la force brutale , tout pouvoir, quelle que soit sa forme , démocratie , aristocratie , monarchie élective, tempérée ou absolue;
Maître, par la suprématie de l'état et un ministère souverain des cultes, de la religion, source et raison demière de tous les liens sociaux;
ai6 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
Maître de l'enseignement religieux et moral, littéraire, historique et scientifique par le monopole de l'instruction publique et de l'université d'état ;
Maître, par conséquent, du culte et de la conscience, de la foi et des opinions, des droits les plus naturels, les plus inaliénables de l'humanité, des propriétés les plus imprescriptibles du citoyen, des biens les plus essentiels, et tout à la fois les plus antérieurs aux sociétés civiles , puisque ces sociétés ne subsistent que par eux, et que le but, la fin suprême de tous les états ou gouvernements, est de les garantir et de les conserver dans toute leur intégrité ;
Le communisme une fois maître de tous ces droits, et rien n'étant fait pour les rendre à qui ils appartiennent, il est évident que les biens et propriétés matérielles ne peuvent échapper, un peu plus tôt, un peu plus tard, à son domaine désormais irrésistible.
Que sont-ils, en effet, en comparaison des précédents ? On n'a jamais vu de sociétés, on n'en peut pas même concevoir sans autorité souveraine et déterminée par les coutumes,les conventions ou les lois; on n'en a jamais vu , on n'en peut pas même concevoir sans religion divine et reconnue comme telle; mais on en a vu, et de très-anciennes, et de très-rapprochées de la nature, sans propriétés matérielles, territoriales ou industrielles. Les rois d'Egypte, après Joseph , étaient maîtres de toutes les terres; il en était à peu près de même des vastes empires de Ba-
SECONDE PARTIE. a,~
bylone, de Ninive et d'Ecbatane (i) , des républiques de Sparte et d'Athènes , dans leurs temps héroïques. Les sociétés arabes, descendant des sociétés primitives et patriarcales , aussi bien que les vieilles peuplades d'Amérique , n'en ont point encore; et quand au Paraguay, des hommes qu'on prétend ennemis de toutes les libertés, et qu'on présente comme inféodés à tous les gouvernements absolus, fondèrent, sous le nom de Réductions, ces admirables sociétés , qui n'étaient qu'une grande famille; il n'y avait dans leur sein , à proprement parler, ni propriétés industrielles et commerciales, ni propriétés territoriales individuelles.
« On voit du premier coup d'œil , » dit l'historien Muratori, après avoir décrit le régime civil de ces missions , « tous les avantages qui reviennent aux « néophytes de cette communauté de biens. Les In- « diens sont pauvres, et ne manquent cependant de « rien. Ils conservent entre eux une égalité parfaite. « qui est le plus ferme appui de l'union et de la « tranquillité publique.» (Relat. des Miss, du Parag. Ch. xvi.)
Aussi, à peine, en 89 et 92, la religion et l'autorité temporelle eurent-elles été livrées au communisme, que le principe même de la propriété, et dans
(1) Quand les Juifs demandèrent un roi, Samuel, pour les dissuader de cette idée, leur fit remarquer ce qu'étaient autour d'eux les empires, et les droits des gouvernements ; et il leur dit, entre autres choses : « Hoc erit jus régis :.... agros quoque vestros et " vineas ctoliveta optima tollet et dabit servis suis , etc. » (2. Liv. des Rois, chap. 8, v. 12 et 14.)
ses conditions les plus sociales , ébranlé jusque clans ses fondements, eut à subir les plus déplorables atteintes.
La religion catholique, qui semble, dit Montesquieu, n'avoir d'autre but que la félicité de l'homme dans l'autre vie, et qui pourtant est la seule capable encore de le rendre heureux ici-bas , avait tout fait pour le bien-être et le bonheur de l'humanité. Partout où il y avait un besoin de civilisation à satisfaire , quelque souffrance à guérir, quelque douleur à consoler , — et il y en aura toujours, et en grand nombre , dans les sociétés les mieux réglées, parce que le terme et la perfection consommée de l'homme ne sont point ici-bas, — partout la religion accourait, avec les dévouements divins qui lui servent de cortège.
C'était d'abord son clergé, ses papes, ses évêques , ses chanoines, ses curés, ses prêtres et ses ministres de tous les degrés, consacrés à l'instruction des peuples et de la jeunesse , à l'administration des sacrements civilisateurs, à la visite des malades, à l'entretien et au soulagement des pauvres, aux funérailles des morts, à la tutelle des veuves et des orphelins, aux chants, aux prières , aux sacrifices offerts à Dieu , au nom de tous et de la société entière. Divine hiérarchie, indignement et systématiquement calomniée par renseignement historique et philosophique de l'état, mais dont l'histoire et la législation tout entière à travers les siècles , sont le plus magnifique,
SECONDE PARTIE. 2IQ
le plus universel , le plus libéral code de l'humanité! Pas un droit qui n'y soit garanti; pas une liberté qui n'y soit protégée; pas une injustice , pas une oppression, pas une atteinte à la dignité de l'homme, à l'intégrité de la famille, à l'ordre et au bonheur ' des sociétés, qui n'y soit flétrie, anathématisée, et au nom de Dieu, et de par la grande et souveraine autorité d'où descendent toutes les autres et à qui tout appartient.
Ensuite venaient, et sous l'autorité des pontifes, ces saintes et innombrables associations de fraternité, de liberté et d'égalité sous la loi commune, véritable socialisme chrétien et le seul possible, formées de toutes parts, excitées, approuvées , encouragées par les pontifes , les chefs des peuples et les peuples eux-mêmes, à cause des grands biens qu'elles apportaient au monde, ou qu'elles rendaient plus sensibles et plus étendus.
Ici, c'est saint Benoît, et les nombreuses familles de ses disciples , les défricheurs des vieilles chroniques et des terres abandonnées; là, c'est saint Bruno et ses nombreuses maisons , asiles des vieux manuscrits et des âmes qui ont soif des travaux etf des joies de la solitude. Ici, c'est saint Norbert et ses Prémontrés , alliant dans une vie austère, et les travaux des champs, et ceux de la prédication évangélique; là, c'est saint Jean de Matha, saint Félix de la branche royale de Valois, et leurs Trinitaires, parcourant le monde infidèle, à travers mille dangers et d'incroyables fatigues, pour y racheter les
chrétiens captifs et les rendre à leurs familles. Plus loin, c'est Guy et ses hospitaliers, élevant et dirigeant de toutes parts des hôpitaux sains et bien aérés pour les pauvres et les infirmes.
Viennent ensuite saint François d'Assise et ses innombrables familles portant aux faubourgs des grandes villes et aux campagnes plus délaissées, et jusqu'aux extrémités du monde, tous les secours de l'apostolat et de l'affranchissement chrétien; saint Dominique et ses nombreux disciples , les hérauts de la parole sainte chez tous les peuples -de la terre ; saint Ignace et ses collèges gratuits , et ses missions lointaines et civilisatrices , etles nombreux ministères de ses enfants dans toutes les grandes villes de la catholicité ; saint Vincent de Paule, ses missions et ses œuvres de charité ; puis les Universités ; les Oratoriens et les Doctrinaires; les prêtres de saint Sulpice et ceux de saint Joseph ; les Eudistes et les Frères de la doctrine chrétienne; le nombre infini de leurs collèges et de leurs écoles graluites ; enfin les congrégations de filles et de veuves, qui, comme institutrices , hospitalières , Sœurs de Charité, de Bon Secours ou de Providence, se dévouaient par vœu au soulagement ou au service de toutes les souffrances et de tous les besoins de l'humanité.
« Voyez , dit Chateaubriand , ces retraites de « la charité , des pèlerins , du bien mourir , des « eut erreurs des morts , des insensés , des oi-plic- « Uns ; tâchez , si vous le pouvez , de trouver ,
« dans le long catalogue des misères humaines, « une seule infirmité de l'âme ou du corps pour « qui la religion n'ait pas fondé son lieu de soula- « gement ou son hospice ! » ( Génie du christianisme , 4e part. liv. 3 , chap. 3. ) Il n'est pas jusqu'à la défense armée, jusqu'à la protection militaire des enfants de l'Église catholique contre les infidèles, qui n'eussent leurs chevaliers, leurs religieux: héroïques familles, où la charité et l'humilité donnaient si gracieusement la main au noble courage et à la gloire.
Partout, dans ces innombrables écoles de la vraie liberté et d'une digne et sincère égalité , on se nommait frères et Ton se traitait en frères, de quelque origine , de quelque rang , de quelque condition que l'on fût; on ne possédait rien qu'en commun ; aucun commandement, aucune ordonnance n'était faite qu'en vertu et pour l'exécution de la loi fondamentale, ou de la constitution, àlaquelle tous se soumettaient par des vœux volontaires et dont tout concourait, et pendant plusieurs années, à constater la pleine et entière liberté. Toutes les places, toutes les fonctions éminentes y étaient données à l'élection, et un doux parfum de paix , de joie naïve et de liberté, s'exhalait de ces associations sublimes, et allait porter au loin dans tous les cœurs un semblable esprit.
Né de l'Eglise, nourri dans son sein, exprimé par ses synodes œcuméniques, ses conciles nationaux et provinciaux, cet esprit d'égalité , de fraternité, de liberté, dans le sacrifice etparledévouemeut, sous
l'autorité seule souveraine de Dieu et de son Christ, semêle partout au monde extérieur, pénètre la société tout entière, et la dirigeant sans violence , transforme le pouvoir en paternité douce, la soumission en obéissance filiale, toutes les institutions en garanties contre l'arbitraire et la tyrannie, et en écoles de dévouement au bien de l'humanité tout entière. Autour de chaque église de paroisse, de chaque monastère de campagne, s'agglomère une commune sur le plan de la communauté religieuse, avec son conseil et ses fonctionnaires électifs. Dans chaque ville , dans chaque bourg, se forment à l'instar, de nombreuses corporations et confréries, régies dans le même esprit (i);
(1) « La fraternité, dit Louis Blanc {Histoire de la révolution « française, tom. 1 , pag. 478 et suiv.), fut donc le sentiment qui « présida, dans l'origine, à la formation des communautés de mar- « chands et artisans , régulièrement constituées sous le règne de « saint Louis. Car , dans ce moyen âge qu'animait le souffle du « christianisme, mœurs, coutumes, institutions , tout s'était co- « loré de la même teinte ; et parmi tant de pratiques bizarres ou « naïves, beaucoup avaient une signification profonde. Lorsque. « rassemblant les plus anciens de chaque métier, Etienne Boileau « fit écrire sur un registre les vieux usages des corporations, le « style même se ressentit de l'influence dominante de l'esprit chré- « tien. Souvent, la compassion pour le pauvre, la sollicitude pour « les déshérités de ce monde , se font jour à travers la concise re- « daction des règlements de l'antique jurande.... Et si, en pénétrant « au sein des jurandes, on y reconnaît l'empreinte du christianisme, c* « n'est pas seulement parce qu'on les voit, dans les cérémonies publi- « ques, promener solennellement leurs dévotes bannières et mar- « cher sous l'invocation des Saints; ces formes religieuses cachaient « les sentiments que fait naître l'unité des croyances, l ne passion « qui n'est plus aujourd'hui ni dans les mœurs , ni dans Us cho-
puis, dans les provinces des états provinciaux, dans les nations , des assemblées nationales ; et la liberté, la fraternité, l'égalité, le respect de tous les droits
« ses publiques, rapprochait alors les conditions et les hommes: « lacharité. L'Église étaitle centre de toutes. Autour d'elle, a son a ombre, s'essayait X enfance des industries. (Qu'a donc fait de plus « l'âge mûr, en toutes sortes d'arts?) Elle marquait l'heure du tra- « vail , elle donnait le signal du repos. Quand la cloche de Notre- « Dame ou de Saint-Méry avait sonné \ Angélus , les métiers ces- « saient de battre , l'ouvrage restait suspendu , et la cité , de bonne « heure endormie, attendait, le lendemain, que le timbre de l'abbaye « prochaine annonçât le commencement des travaux du jour. »
« Mêlées à la religion , les corporations du moyen âge y avaient « puisé l'amour des choses mystérieuses, et la superstition, poésie « de l'ignorance (comme si l'erreur pouvait jamais enfanter des « fruits de vie et de véritable civilisation) ; mais protéger les