QUI LE RECEVRAIT OU LE DONNERAIT POUR UNE SOMME
« différente d'assignats; on avait de même soumis à ce une amende tout vendeur ou acheteur de marchan- « dises qui traiterait à un prix différent , suivant « que le payement serait stipulé en numéraire ou en ce assignats. De pareils faits étant difficiles à attein- « dre , on s'en vengea en augmentant la peine. Tout
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25o LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
« individu convaincu d'avoir refusé en pay ement des « assignats y de les avoir donnés ou reçus à une perte « quelconque, fut condamné à une amende de 3,oou « livres, et à six mois de détention pour la première « fois , et en cas de récidive , a une amende double « et a vingt ans de fers. Enfin , comme la monnaie « de billon était indispensable dans les marchés, et « ne pouvait être facilement suppléée, on ordonna « que les cloches seraient employées à fabriquer des « décimes, des demi-décimes, etc. valant deux sous, « un sou , etc. »
«[Mais quelques moyens qu'on employât pour faire « remonter les assignats et détruire les rivalités qui « leurétaientsinuisibles, on ne pouvait pas espérer « de les remettreau niveau du prix des marchandises, « et il fallait forcément rabaisser le prix de celles-ci. s D'ailleurs,le peuple croyait à(de la malveillance delà < part des marchands ; il croyait à des accaparements , « etquelle que fut l'opinion des législateurs, ils ne « pouvaient mqvéry.r,sous ce rapport , un peuple qu ils « déchaînaient sous tous les autres, il fallut donc « faire pour toutes les marchandises ce qu'on avait s déjà fait pour le blé. On rendit un décret qui ran- « geait l'accaparement au nombre des crimes capia taux et le punissajt de mort. Était considéré « comme accapareur celui qui dérobait à la circulait tion des marchandises de première nécessité, sa//* « qu'il les mit publiquement en vente. Les marchante dises déclarées de première nécessité étaient le « pain , la viande , les grains , la farine, les légumes.
« les fruits, les charbons, le bois, le beurre, le suif, « le chanvre, le lin, le sel , le cuir, les boissons, les « salaisons, les draps,- la laine, et toutes les étoffes, « excepté les soieries. Les moyens d'exécution , pour « un pareil décret étaient nécessairement inquisito- « riaux et vexatoires. Il devait être fait, par chaque « marchand ,des déclarations préalables de ce qu'il « possédait en magasin. Ces déclarations devaient « être vérifiées au moyen de visites domiciliaires, a Toute fraude ou complicité était, comme le fait lui- « même, punie de mort. Des commissaires nommés « par les communes étaient chargés de faire exhiber « les factures, et d'après ces factures, de fixer un prix « qui, en laissant un profit modique au marchand, « n'excédât pas les moyens du peuple. Si pourtant, « ajoutaitle décret, le haut prix des factures rendait « le profit des marchands wn^o'à'àùAeJ.aventerien se- « raitpas moins effectuée à un prix auquel? acheteur « pût atteindre. Ainsi, dans ce décret, comme dans « celui qui ordonnait la déclaration des blés et leur « maximum , on laissait aux communes le soin de « taxer les prix suivant l'état des choses dans chaque « localité. Bientôt on allait être conduit à généraliser « encore ces mesures , et à les rendre plus violentes, « en les étendant davantage. »
«Les opérations militaires, administratives et fi- « nancières de cette époque, étaient donc aussi ha- « bilement conçues que la situation le permettait, et « aussi vigoureuses que l'exigeait le danger. Toute la « population , divisée en générations , était a la dis-
v position des représentants (comme les biens du y. clergé), et pouvait être appelée, soit à se battre, w soit à fabriquer des armes, soit à panser les bles- <> ses. Toutes les anciennes dettes, converties en une •i seule dette républicaine, étaient exposées à parta- « ger le même sort, et à n'avoir pas plus de valeur « que les assignats. On détruisait les rivalités multi- « pliées des anciens contrats , des assignats royaux, « des actions des compagnies ; on empêchait les capi- « taux de se retirer sur ces valeurs privilégiées , en « les assimilant toutes; les assignats ne rentrant pas, « on en prenaitun milliard sur les riches , qu'on faite sait passer de l'état de monnaie à l'état d'une sim- « pie délégation sur les biens nationaux. Enfin , pour « établir un rapport forcé entre les monnaies et les « marchandises de première nécessité, on laissait aux « communes le soin de rechercher toutes les subsis- « tances, toutes les marchandises, et de les faire vente dre à un prix convenable dans chaque localité, Jak mais aucun gouvernement ne prit à la fois des « mesures, ni plus vastes, ni plus hardiment imagi- « nées; et pour accuser leurs auteurs de violence, « il faudraitoublier le danger d'une invasion univer- « selle, et la nécessité de vivre sur les biens natio- « naux sans acheteurs. Tout le système des moyens « forcés dérivait de ces deux causes. Aujourd'hui,
« UNE GÉNÉRATION SUPERFICIELLE ET INGRATE CRITIQUE « CES OPÉRATIONS, tï'OUVe LES UNES VIOLENTES , les UU- « trCS CONTRAIRES AUX BONS PRINCIPES D'ÉCONOMIE , et
«Joint le tort de l'ingratitude a l'ignorance du
SECONDE PARTIE. û53
« temps et de la situation. Qu'on revienne aux faits , et « qu'enfin on soit juste pour des hommes auxquels « il en a coûté tant d'efforts et de périls pour nous « sauver. »(i) C'est- à-dire, pour sauver leurs places, leurs richesses accumulées, et faire triompher l'injustice et l'impiété sur les ruines de tout ce qui a été jamais nommé par le monde religion et justice. (2)
(1) Hist. de la Révolution, ton). 4, pag. 379 et suiv.
(2) A ces approbations du communisme de 93 et de toutes ses spoliations, l'historien joignit, en 1831, un autre petit exemple, que Louis Blanc , dans son Histoire de dix ans ( tom. 11 , pag. 290 et 292), raconte ainsi : « Quand M. Aragoet ses compagnons d'armes « arrivèrent à l'entrée du jardin, les assaillants étaient déjà en « pleine possession de l'archevêché dont ils achevaient la démoli- « tion avec une sorte de frénésie. Une masse d'hommes robustes, « s'attachant à la grille, l'avait pliée en deux par un soudain et puis. « sant effort. En un clin d'œil , les appartements avaient été en- « valus, les lustres mis en pièces, les portraits déchirés, les mar- « bres brisés, les tables et les fauteuils rompus, les boiseries arra- « chées ; de vastes pans de mur s'écroulaient tout à coup , comme « poussés par une force magique ; les glaces volaient en éclat ; on « voyait tournoyer en l'air et tomber dans le jardin , lancés de tou- « tes les fenêtres, livres rares, manuscrits précieux , riches cruci- « fix, missels, chasubles, soutanes, ornements de toute espèce.... « Ce qui fut perdu pour l'art et pour la science, dans ce jour de « folies, est incalculable.... »
« Témoin de ces lugubres scènes, M. Arago frémissait de son «■ impuissance, et comme savant, et comme citoyen; convaincu en- « fin qu'il y avait parti -pris de la part du pouvoir de favoriser « l'émeute, il allait donner ordre à son bataillon d'avancer, décidé « à tout plutôt qu'à une résignation grossière, lorsqu'on vint l'a- « vertir que quelques personnages marquants, mêlés aux gardes « nationaux, les engageaient à laisser faire. On lui cite particuliè- « rement M. Thiers , sous-secrétaire d'état au ministère des finan- « ces. Il l'aperçut en effet , se promenant dans les ruines , avec un
visage satisfait et le sourire sur les lèvres. »
La vente des biens du clergé, et toutes les spoliations qui l'ont suivie, leurs motifs, leurs résultats, sont donc un des faits les plus mémorables, un immense exemple de communisme, dont les conséquences sur le sens moral des peuples est incalculable.
« Le temps seul, a dit M. de Chateaubriand , peut « guérir cette grande plaie de la France. On distinct gue encore, en Irlande, les propriétés dont l'ori- « gine remonte à des confiscations; loin de non;- « en affliger, félicitons-nous de trouver parmi les « peuples ce sens moral que le succès ne peut cor- « rompre, qui n'admet pas même la prescription « centenaire. C'est cetteconscience du genre iil main
ff QUI EST LE PRINCIPE DE LA SOCIÉTÉ ; ELLE SURVIT AUX
« nations et les recommence. »( Discours sur le projet de loi relatif aux finances. 1817.) Et cependant . tous ces exemples les plus révolutionnaires du communisme de 89, de 92 et de 93, M. Thiers les justifie, M. Thiers les loue, M. Thiers en recommande les auteurs comme des grands hommes et des sauveurs, et il veut que nous en soyons très-reconnaissants. Et ces apologies, devant lesquelles toutes les lois du juste et de l'injuste disparaissent, ont eujusquà j5 et plus d'éditions, et ont inondé par milliers les villes et les campagnes , portant partout, sous le patronage de la bourgeoisie, l'esprit et les principes de la république écarlale et du plus spoliateur des socialismes.
Aussi Proudhon ne craint-il pas d'en interpeller
ainsi et l'auteur et toute la bourgeoisie admiratrice , maintenant si ardents conservateurs delà propriété. « Jaloux défenseurs de la propriété, pourquoi « donc trouvez-vous bon que vos pères l'aient vio- « lée, il y a cinquante ans ? N'étaient-ils pas pro- « priétaires au titre le plus légitime , ces nobles a qu'ils ontdépouillés, ces prêtres dont ils ont acquis « les biens à vil prix? N'équivoquez pas ; répondez. « — Ces propriétés, dites-vous, étaient le fruit de « la conquête et de la captation. Mais les héritiers « des premiers conquérants n'étaient-ils pascouverts « par la bonne foi d'une longue possession, par la « prescription et toutes les lois? »La conquête ellemême n'était-elle pas le résultat d'une guerre juste? et un grand nombre de ces biens n'avaient-ils pas une autre origine que la conquête? « Mais ces « moines, n'étaient-ils pas censés, conformément à « leur institution , user de leurs revenus pour le « soulagement ou l'entretien des pauvres? » Et nous avons montré qu'ils le faisaient; et si le relâchement s'était glissé dans un certain nombre , quelle en était la cause, sinon le philosophisme, qui, sous la protection de l'état, avait pénétré partout. «Ils s'ac- « quittaient mal de ce devoir: d'accord; mais si ce «fut un motif pour les déposséder, convenez qu'in- « voquer une pareille raison pourrait nous mener « loin aujourd'hui , » et d'autant plus loin qu'en s'emparant des biens du clergé , l'état s'est chargé à sa place du soulagement des pauvres.
— Il est vrai : mais en suivant si loin la bourgeoisie dans ces voies du communisme, qu'y gagnerait le peuple?
— Ce qu'il y a gagné en 89 et 93.
— Oui! Et qu'y a-t-il gagné? la misère, l'impiété, et tous les vices qu'elles enfantent.
— Mais la nation
— La nation! elle a, vingt ans durant, vu le plus noble sang de ses fils de toutes les conditions couler ensemble sur les échafauds et dans les guerres civiles , ou se mêler, sur tous les champs de bataille de l'Europe, au sang de tous les peuples soulevés contre elle; elle a subi, malgré tous ces millions et milliards pillés , la flétrissure d'une banqueroute infâme ; elle a eu , malgré les millions de ses enfants immolés , à courber son front plissé par les angoisses devant deux invasions de l'étranger ; elle a vu ses budgets s'enfler, grossir toujours et monter, chose inouïe dans les annales de ses calamités ! jusqu'à dix-huit cents millions; elle a vu toutes ses libertés, toutes ses fondations d'enseignement, de culte, de travail, d'hospices, de charité de commune, disparaître une à une avec l'éclat de son caractère généreux; un égoisme cupide, vorace, enfant bâtard du libertinage et de l'impiété, s'attacher à son cœur pour le dessécher dans d'ignobles étreintes, et la plus dure aristocratie, une aristocratie de légistes, de scribes, de pédants, de mai-
quis de l'aune, de la plume et de la férule, s'abattre sur elle comme sur une plèbe de parias et de vilains , bonne seulement pour la corvée industrielle, la glèbe et la chair à canon.
— Et voilà pourquoi peuples et nations secouent leur poussière et leurs fers, et font trembler le sol, comme Atlas sa montagne , quand il veut changer de côté.
— Vous dites bien : et c'est, comme lui , pour changer seulement de coté qu'ils font appel au communisme.
— C'est pour lui demander des sauveurs.
— Des sauveurs', prêts à se servir d'eux comme d'un marchepied pour s'élever et s'enrichir , et comme leurs devancieas, les traîner, la cordeau cou, dans les mêmes voies de sang, de boue et de tyrannie! Le taureau qu'on traîne de force à l'abattoir, bondit au moins à l'odeur du sang de ses frères , et fait d'incroyables efforts pour briser sa chaîne ! Le peuple , lui , s'éprend d'amour et d'admiration pour ses bouchers suùà'mes,et court, stupide et en chantant, au charnier encore humide du sang de ses pères, où l'attendent la misère et la mort pour le dévorer à son tour!
— Pourtant l'oppression est partout; l'injustice et le vol nous enlacent comme la bandelette égyptienne enserre la cadavéreuse momie ; que faire donc?
— Regarder le ciel, se souvenir que c'est la justice qui élève les nations , et que c'est le péché et l'in-
2 nS LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
justice qui rendent les peuples misérables ; s'humilier, se repentir, retourner à Dieu et à son Christ. Si c'est lui qui conduit les nations , pour les punir, aux portes de la mort, c'est lui aussi, et lui seul, qui les en ramène.
— C'est dur ; et pour le faire, il faut croire.
— Tl faut prier.
— Qu'est-ce que prier?
— C'est reconnaître qu'on ne possède rien que précairement, et se plier, en l'implorant, devant la souveraineté du maître tout-puissant à qui seul tout appartient.
— C'est difficile ! Sa justice pèse comme la fatalité. Qui peut retenir son bras, quand il s'abaisse sur une nation pour l'étreindre et pour la briser?
— Il cède à la miséricorde
— Il y a dix ans , peut-être !....
— Maintenant encore , toujours: la prière est la plus forte dynamique qui ait été donnée à l'homme sur le ciel.
— Vous le voyez, cependant, personne ne prie, personne n'en appelle à la foi , à la pénitence. Tous , nous nous évanouissons dans la confiance en nos pensées ; et l'habileté de quelques hommes , et quels hommes! est toute notre espérance.
--C'est vrai: personne ne regarde le ciel. .
— Eh! comment le regarder, quand les ombres effrayantes de la tempête l'enveloppent de toutes parts, et qu'on n'aperçoit aux confins des nues qui se croisent et se heurtent, que les lueurs blafardes de
SECOACE PARTIE. 239
l'éclair et delà foudre qui le suit?.... Quand le char est lancé sur une pente brusquement inclinée, entraîné par son propre poids et par les chevaux qui s'effrayent, comment l'arrêter au point le plus rapide, et comment ne pas se précipiter avec lui au fond de l'abîme ?
— Comment? en s'en séparant et en regagnant la route, quoi qu'il puisse en coûter, et puisqu'il le veut, le laisser seul descendre dans l'abîme.
Aleajacta est C'est trop tard pour retourner
sur nos pas Entendez la détonation de l'avalanche. La voilà qui monte et descend , comme les flots de l'Océan que remue la tempête, emportant tout sur son passage Où fuir?
Aux armes , citoyens ! formez vos bataillons. Tuons, rusons!
A nous les forts , et terres et maisons !
Et des millions de voix , encouragées par les exemples et l'histoire révolutionnaire de la bourgeoisie, faisaient retentir au loin, éclatant comme la foudre qui descend de la nuée, ce refrain du pillage et de la mort. On buvait à Canibon , on invoquait Robespierre, on criait: Vive la guillotine, et vive l'enfer ! Et le droit au travail , et le droit au soulagement, hypothéqués sur les biens du clergé acquis par la bourgeoisie, remuaient le sol jusque dans ses fondements, comme un levier terrible, et entreprenaient de refaire à leur profit un 89 et un 93.
aGo LF. COMMUNISME ET SES CAUSES.
C'était une chose horrible à voir que cette lutte acharnée et sanglante de la ruse et de la force propriétaires, contre la force et la ruse qui voulaient le devenir... Et la nuit était noire, bien noire! et l'éclair qui seul l'illuminait, comme une torche qu'on abaisse et qu'on relève , n'était plus séparé de la foudre, ni la foudre de l'incendie. On trompait, on volait, on empoisonnait, on tuait, on pillait, on mitraillait! Tout pliait ou tombait brisé , comme le frêle cotonnier sous le souffle de l'ouragan des Antilles; et de chaque éclair, et de chaque coup de foudre , et de chaque rafale , et de chaque nuée qui se tordait déchirée sous leurs efforts, semblait surgir une grande voix qui criait : Sortez, sortez d'ici! C'est le jour de Dieu! Que tout front s'incline jusqu'à terre devant le passage de sa justice!
C'ÉTAIT LE COMMUNISME
Et la logique disait aux spoliateurs de 89 etdeç)3, et à tous leurs apologistes: