‹ Un éclair avant la foudre ou Le communisme et ses causesChapitre 148 sur 162 · SEPTIEME FAIT , OU SEPTIEME EXEMPLE DE COMMUNISME · texte numérisé non relu

SEPTIEME FAIT , OU SEPTIEME EXEMPLE DE COMMUNISME

L'état, en faisant du mariage un contrat purement civil, a ébranlé la famille dans ses fondements , et ouvert la porte au communisme des femmes.

Sortitus sum an imam bonam. Et cum essem 7nagis bonus, veni ad corpus incoinquinatum. Et ut scivi quoniam aliter non possem %se contincns, nisi Dcus dct..., adii Dominum, et deprecatus sum illum , et dixi ex totis prœcordiis meis.

La vertu de l'âme me conduisit à la chasteté du corps ; et comprenant que l'homme ne pouvait être continent que par la grâce de Dieu , je me prosternai devant lui, et lui fis cette prière du fond de mon cœur. [Livre de la Sagesse. Ch. 8 , v . 19 , 20 et 21.)

L'homme ne s'est pas fait lui-même ; il n'est pas maître de lui ; il appartient à celui qui l'a créé et qui le conserve à toute heure. Il ne peut donc disposer de son corps et de ses membres , comme de son âme et de ses facultés, que selon les ordres et la volonté du Dieu qui l'a fait ce qu'il est. C'est de l'évidence pour qui sait unir ensemble deux idées.

Or, Dieu, dès le commencement, le créa homme et femme; il fit une seule femme pour un seul homme, et il dit que l'homme quitterait son père et sa mère pour s'attacher à la femme qu'il aurait prise pour épouse , qu'il ne ferait qu'un avec elle, et que l'homme ne séparerait pas ce que Dieu avait ainsi uni. Qui jecit hominem ab initio, masculum et feminatnfècit eos; etdixit: Propterhoc dimittet homo patrem et matrem,et adhœrebit uxorisuœ, et erunt duo in carne una. Itaquejam non sunt duo, sed una caro.Quod ergo Deus conjunxit, homo non separet. (S. Matth. ch. 19.) Il défendit ensuite à l'homme et à la femme libres de commettre de fornication ; à l'homme et à la femme mariés, de commettre d'adultère, et, dans leurs rapports intimes, tout acte contraire à la fin de leur union. Il défendit aux uns et aux autres de désirerla femme ou la fille, l'homme ou le fils de son frère, et, sous peine de la mort éternelle , toute espèce d'impudicité. Et pour peu qu'on veuille réfléchir de bonne foi surles fondements des sociétés, sur les conditions de la famille, l'égalité, et l'égalité à peu près constante, même quant au nombre , de l'homme et de la femme, sur les longues nécessités de l'enfance, sur les détails sans fin de l'éducation humaine et les besoins moraux ou physiques sans cesse renaissants et presque toujours réciproques des époux, des enfants, des père et mère, on est bientôt et intimement convaincu de la nécessité du mariage chrétien, et de tout ce qu'il y ■ de profondément vrai et d'éminemment social dans

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tous ces préceptes divins de l'ancienne et de la nouvelle loi.

Cependant, quand, d'un autre côté, on parcourt les annales du genre humain, qu'on interroge les mœurs des peuples , qu'on sonde les vastes abîmes des concupiscences et des appétits sensibles, toutes les fureurs si impétueuses et pourtant si changeantes des passions de la chair, et qu'on rapproche de ce tableau honteux les devoirs qu'impose la famille, telle que le christianisme l'a faite et que la nature et la vraie civilisation la demandent, on recule épouvanté, et , le cœur plein d'angoisses, l'on se prend à dire avec les disciples du Christ , ou avec leur maître: Peut-il être utile de se marier, et comment est-il possible de^ne pas le faire ?

Alors apparaît la bénignité du Sauveur Jésus et la toute-puissance de sa miséricorde, relevant, par le baptême , l'humanité de sa déchéance , unissant, par un sacrement ineffable d'amour, sa chair virginale à notre chair viciée, pour l'assainir et la soumettre à l'âme , attachant la grâce et le secours , une grâce et un secours aussi doux qu'efficaces, à la première loi du monde , au fondement de la famille, au mariage lui-même, l'élevant à la dignité d'un autre sacrement dont la vertu propre est de sanctifier l'union de l'homme et de la femme , et la famille qui doit en être la conséquence, lui donnant enfin pour modèle sa propre union avec l'Eglise : union mystérieuse, sublime , éternelle, et constamment immolante , constamment sainte dans une inépuisable fécondité.

3o4 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

L'homme ainsi est devenu chrétien : c'est un être nouveau aux limites du vieux monde, et en qui l'âme commande et le corps obéit. Les époux sont dignes l'un de l'autre ; la femme est replacée au rang primitif d'égalité et d'amour pour lequel elle avait été créée, l'homme à celui de dignité et de tendre respect que lui donne son titre de chef dans la famille, de principe et de représentant de Dieu. Les enfants, purifiés aux mêmes sources, sont dignes des pères et mères; ils grandissent autour d'eux, sont souvent, jusqu'aux derniers confins de la jeunesse, la joie, la couronne de leurs parents, par leur obéissance et leur filiale tendresse ; et les familles , en se multipliant, forment, renouvellent, enrichissent , développent et fortifient, dans une admirable unité de mœurs, de croyances et de vertus, les grandes sociétés que nous appelons peuples. Ainsi les vieillards racontaient autrefois l'histoire de leurs aïeux. Ainsi la logique présente à l'imagination et au cœur le spectacle des familles et des sociétés chrétiennes. Ainsi la raison et l'expérience conviennent avec la foi que le mariage, avec ses conditions de sainteté , de fidélité, d'indissolubilité, estime loi essentiellement religieuse. Dieu seul a pu l'imposer, au monde ; Dieu seul peut donner la force de l'observer ; lui seul encore, et par une grâce spéciale, peut en exempter; et le droit public de toutes les nations chrétiennes proclame, avec le concile de Tours , approuvé par le pape Grégoire XIII et promulgué du consentement de Henri III : « Il

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« est de droit absolument certain que toutes les « causes matrimoniales appartiennent au for e celé - « siastique (ou spirituel), et que la connaissance et « le jugement en sont, par conséquent, tout à fait in- « terdits par les saints canons aux juges laïques. « Défense donc, sous peine d'anathème, à tous, « excepté aux évêques et à leurs officiaux, d'en con- « naître et d'en décider, soit en elles-mêmes , soit « dans leurs appendices et leurs circonstances, com- « me étant chose adhérente au mariage.» (i)

Brisez ce droit, fondement des familles et des sociétés ; arrachez cette foi des cœurs ; à la souveraineté de Dieu et de sa loi, substituez le despotisme de l'homme et ses dures et écrasantes chaînes; à l'autorité , aux secours «et aux grâces d'en haut , substituez les subterfuges , les palliatifs et les dissolvantes négations d'en bas; et l'homme demande à l'homme compte de sa loi, les passions luttent contre les intérêts, ou conspirent ensemble pour renverser ce qui les gêne et les opprime; l'adultère, l'impiété à la bouche et l'or à la main , mine et empoisonne le foyer domestique ; la fornication , une fornication homicide , lève de toutes parts sa

(1) « CEmissnn juris awi sit, matrimonii causas omnes/ovî « esse eccleslastici : ideoque earum cognitionem ac decisionem « judicibus laicis , a sacris canonibus omnino esse inierdictam, « omnibus prxterquam Episcopis et eorum qfficialibus de Us , « earumque appendicibus et circumstantiis , veluti de conju- « gali adhœsione sit quxstio , cognoscere et decidere , sub ana- « thematis poena, prohibemus. » (Concil. Turon. ann. 1583. Labbe et Cossart. tora. xv. pag. 1044. D.)

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tête fangeuse; le divorce accourt, armé du glaive de Salomon, pour partager l'enfantquelui présente un faux père; trois mille familles par an tombent sous ses coups, comme en Prusse, et un vague et hideux concubinage, à la solde de toutes les passions infâmes, enlevant la fille à sa mère, l'épouse à l'époux, le père ou la mère aux enfants, ramène la polygamie et les mœurs du sérail, une promiscuité mille fois plus dégoûtante que celle des brutes, et où tout sens moral périt. Un libertinage effréné, comme une lèpre contagieuse, atteint l'enfance , couvre la jeunesse, devient calcul et spéculation dans l'âge mùr , et va souvent jusque dans la vieillesse la plus décrépite dégénérer en abcès et en pourriture. Tout lien social, dans cette dissolvante boue, se détend, se relâche, se change en impossibilité, se brise et disparaît. La femme n'est plus pour l'homme qu'un [instrument de plaisir, une fleur qu'il prend, flétrit, rejette ou foule aux pieds au gré de ses caprices ou de ses fureurs; l'homme n'est plus pour la femme qu'un séducteur inévitable , fatal , un tyran égoïste qu'elle trompe, vole ou empoisonne; les enfants, qu'un embarras ouune spéculation donton se débarrasse ou qu'on fait valoir, et le mariage lui-même , que les ruines informes d'une magnifique et divine institution, dont la poussière tourbillonne et s'enfuit, emportée par tous les vents. La famille est brisée dans ses bases. Plus de paix , plus de concorde, plus d'affection, plus de respect, plus d'obéissance. La haine, l'orgueil, Tégoïsme, ont pris partout la place

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de la mansuétude, du dévouement et de l'amour. Le vieux monde païen, évoqué de son tombeau, s'est relevé avecsa pourriture séculaire, et l'on entend l'amnistié de César demander en langage de courtisan au matérialiste dictateur, de relever les ruines qui lui servent de piédestal, de rétablirla justice, de rappeler la bonne foi, de réprimer le libertinage, défavoriser la population , enfin de réunir et de lier ensemble par la vigueur des lois tout ce qui a été dissous et dispersé (i) ; tandis que l'affranchi de Mécènes chante , comme une réponse , sur sa lyre inspirée cette fois par une religion tardive, l'hymne du désespoir et de l'épouvante:

« Romain , tu porteras la peine des crimes comte mis par tes pères , jusqu'à ce que tu relèves les « édifices saints et que tu répares les temples de la « Divinité. »

« N'oublie point que c'est par sa soumission aux « lois divines que Rome commande à l'univers. « Voilà le principe de la puissance; c'est à la Divi- « nité que tu dois rendre grâces de tous tes succès. « Oubliée , rejetée , elle a accablé de maux la triste « Hespérie. Déjà Monèse et les soldats de Pacorus ont « deux fois repoussé nos attaques ; deux fois ils ont « avec orgueil paré de nos dépouilles leurs simples

(1) « Om.da sunt excitanda tibi , C Cxsar, uni quxjacere « sentis , belli ipsias impetu , quod necesse fuit , perculsa atque « prostrata : constituenda judicia , rerocanda fides , compri- « mendx libidines, propaganda sobotes ; omnia qnx dilapsa « jam defluxerunt , severis legibus vinciendasunt. » {Cicer.pro M. Marcello, n. vin.)

3oS LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

« colliers. Déchirée par nos divisions , Rome apres- « que été la proie du Dace et de l'Éthiopien , formi- « dables, l'un par ses vaisseaux, l'autre par ses traits.»

« Notre siècle fécond en crimes a d'aeord «souillé la couche nuptiale; il a semé le dé- « sordre dans les familles et dans les maisons; « et voila la source de tous les maux qui se sont « répandus sur la patrie et sur les peuples. » (l)

« La jeunesse romaine, avant l'âge de l'hymen , « se plaît à se former aux danses de l'Ionie; elle ne « rougit point d'étudier des mouvements que désa- « voue la pudeur; dès sa tendre enfance, elle rêve « déjà de coupables amours. A peine enchaînée des « nœuds de l'hymen , à la table même où préside « son époux , elle lui cherche des rivaux plus « jeunes que lui ; loin de choisir l'objet de ses cri- « minelles faveurs , loin de les accorder furtivement « et sous le voile des ténèbres, c'est de l'aveu même

(1) Fecunda cirfpx secula nuptias

Primum inquinavere , et genus , et domos;

Hoc fonte derivata clades

In patriam populumque jluxit

Non his juventus orta parentibus Infecit œquor sanguine punico , Pyrrhumque , et ingentem cecidit Antiochum, Annibalemque dirum

Damnosa quid non imminuit dies ?

/Etas parent um pejor avis , tulit Nos nequiores , mox daiuros Progeniem vitiosiorem .

(floratlus. Od. vi. lib. ni.)

SECONDE PARTIE. 3or)

« de son époux , c'est aux yeux de tous les convi- « ves qu'el.le quitte effrontément le festin, à la voix « d'un riche commis ou d'un opulent navigateur.»

« Ah ! ce n'est point à de tels parents que dut le « jour cette vaillante jeunesse qui rougit la mer du « sang carthaginois, qui triompha de Pyrrhus, du « grand Antiochus et du terrible Annibal... »

« Mais que n'altère point le temps destructeur! « Nos pères, plus méchants que nos aïeux, ont laissé « des enfants plus pervers qu'eux-mêmes, et les en- « fants (jeunesse que le crime a rendue rare, comme « il dit ailleurs: vitio parentum rara juventus), vont « laisser bientôt une génération plus méchante en- « core. »

Or, cette autre face du communisme , qu'on voit apparaître chez tous les peuples oublieux de la souveraineté divine et des saintes et indissolubles lois du mariage , n'est-elle pas là, sous nos yeux, souillée et dégoûtante , comme les feuilles d'une histoire que la justice de Dieu nous force d'écrire nous-même avec la boue d'une législation impie et les mœurs infâmes d'un égoïsme qui n'a plus de frein, (i) N'est-elle pas l'oeuvre du protestantisme, et du voltairianisme, sa dernière conséquence? Ne sont-ce pas les états, leurs théologues, leurs légistes et leurs philosophes, qui, trois siècles durant, ont attaqué,miné,sapélemariage,cefondementnécessaire de la famille ? Ne sont-ce pas leurs écrivains, leurs poètes, leurs romanciers, leurs artistes, qui venaient

(1) Voyez l,e partie, page 70 et suiv.

3lO LE COMMUNISTE ET SES CAUSES.

chaque jour introduire, clans ces assises sociales, le levier destructeur de leurs impures imaginations0 Ne sont-ce pas les états qui, secouant le joug du droit divin et de sa morale suprême, ont substitué aux lois éternelles de Dieu les éphémères décrets de l'homme, et opposé aux impétuosités de la plus formidable passion , le contrat d'un notaire et les prescriptions changeantes d'une loi libellée par des philosophes ? Ne sont-ce pas eux qui , usurpant les droits du Créateur, se faisant Dieu, sont venus s'interposer entre l'homme et la femme , et stipuler les conditions souveraines auxquelles ils pourraient se donner mutuellement, se quitter, se reprendre ou se donner à d'autres ? Ne sont-ce pas eux qui ont transformé l'hôtel de ville eu temple, l'officier public en prêtre, et banni, autant qu'il était en eux, Dieu et ses droits de la famille ? En plaçant le mariage civil en première ligne et comme seul légalement obligatoire, ne l'ont-ils pas par là même posé, aux yeux du peuple, comme seul nécessaire et seul utile? En exigeant que le mariage religieux ne se fasse qu'après le mariage civil, n'ontils pas mis le prêtre dans l'alternative cruelle, ou de laisser hors de la voie du salut certaines âmes, ou de ne les en retirer qu'au péril d'énormes amendes et du bannissement?

Et nous nous étonnons que, tous les dix ans, le nombre des attentats à la pudeur sur des enfants de moins de seize ans, s'élève à plus du double, et celui des parricides à plus du triple !

Et nous nous étonnons qu'en Prusse, plus de trois mille divorces viennent, chaque année, implanter au milieu de l'Europe les mœurs de la polygamie sauvage; que Londres compte, sans parler des autres, quatre vingt mille filles publiques patentées, dont huit mille meurent , chaque année , de 16 à 1 8 ans, dévorées par la pourriture; que Paris, la ville d'état par excellence , la ville aux instincts turbulents, aux penchants athées , la ville envasée de voleurs et de prostituées , dit un rédacteur de la Presse, M. Granier-Cassagnac , soit engorgée d'une population unique au monde! car, ajoute-t-il avec toutes les statistiques, elle a plus d'un bâtard sur trois habitants, aux seuls yeux de la loi civile; car un cinquième de ses membres nait à l'hôpital, et la moitié y meurt !

Et nous nous étonnons que ces villes mènent comme des esclaves et sans résistance, de grands , d'immenses pays, et que , pour les mener plus facilement, elles les corrompent en leur communiquant leur impiété, leurs lois et leurs mœurs!

Et nous nous étonnons qu'à un temps donné , après de tels faits et de tels exemples, des hommes se lèvent au milieu de ces villes, et viennent y proclamer, comme du haut d'une tribune qui domine le monde , le hideux et cynique symbole d'un communisme sans nom !

« Tout peuple est souverain sur la terre comme « dieu l'est au ciel ! »

« Il n'y a point d'autre religion que la consti-

3l2 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

« TUTION, OU LE CODE QUE L'HOMME IMPOSE A l'hOM-

« me ; et le grand pontife , le pontife universel , « c'est l'état! »

« Il faut que le mariage, légalisation de l'a- « dultère, fasse place a la souverainete des pen- « chants et a l'émancipation du plaisir ! »

« les théories des moralistes ne sont que des mé- « thodes pour realiser le bien social. fourier a « critiqué celles d'autrefois; pourquoi lui en faire « un crime ? quant aux coutumes amoureuses du « maître, c'est encore la une question de méthode. « Il s'agit TOUT SIMPLEMENT de SAVOIR si la mono-

« G AMIE INDISSOLUBLE , OU LE MARIAGE , EST PLUS FA- « VORABLE AUX BONNES MOEURS QUE LE SYSTÈME DU « CHANGEMENT ET DE LA PLURALITÉ DES AFFECTIONS ! >'

« ENTRE LA BÊTE ET L'HOMME , IL N'Y A « DE DIFFÉRENCE QUE L'HABIT!'! » (i)

Quand un corps tombe en putréfaction, l'on ne s'étonne pas qu'il soit donné en proie au communisme des vers, et le délire d'un malade dont la fièvre trouble le cerveau , n'a rien , absolument rien qui surprenne.

C'est au contraire une loi du monde physique qui s'accomplit.

— Vous avez beau écrire , disait un légiste à un saint-simonien , et haranguer les multitudes de car- Ci) Voyez V partie, page 18 et suiv.

refours; le mariage est dans le code; vous ne pouvez l'attaquer ni l'abolir, sans attaquer la loi, sans renverser le code.

— Sans les changer : vous avez raison. C'est un pas nouveau à faire vers la nature , et d'autant plus facile que l'opinion et les moeurs ont déjà devancé la loi.

— Mais la loi est ferme et stable , comme parlent tous les jurisconsultes, et le code est fait pour durer.

— Les jurisconsultes en disaient autant, il y a soixante ans , il y a trois siècles ; cela n'a pas empêché les codes canoniques, le code évangélique même, et tous les codes moyen âge qui les suivaient, de quitter leur vieille enveloppe pour marcher plus vite avec le siècle, sous îa conduite du peuple devenu César.

— Cependant , la loi est la loi , et le code est le code.

— Sans doute. Mais de quelle loi, de quel code parlez-vous?

— De quelle loi, de quel code ? de la loi de 89, du code Napoléon.

— Qu'est-ce que 89? Un chiffre que bientôt soixan* te autres auront soixante fois effacé. Seriez-vous aussi un demeurant d'un autre âge, et 89 vous aurait-il tellement immobilisé, que vous ne vous soyez point encore aperçu que nous sommes en 1848?

— Mais le code Napoléon ! le code du grand et puissant empereur

— Fait partout autre que par lui. Et puis, qu'es t-

3l 4 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

ce que Napoléon? Un homme, un despote qui n'est plus. Voyez son tombeau. Il est là, aux Invalides; sous trois pas un enfant le mesure. Et vous voulez qu'une feuille de papier tant de fois raturée, et où l'on lisait, d'un côté mariage, de l'autre côté divorce , c'est-à-dire, contradiction, pour et contre , parce qu'un jour on y aura mis le nom d'un homme, un nom que trente ans ont quatre ou cinq fois effacé, vous voulez que cette feuille lui survive et me serve de loi ? Et qu'y a-t-il de commun entre ce papier et moi ? Ce qu'une année , ce qu'un homme a pu faire, soixante années, des millions d'autres hommes ne peuvent-ils pas le changer ?

— Et que mettre à la place ?

— Rien. Quand on brise une chaîne, oùavez-vous vu qu'il soit nécessaire de la remplacer ?

— INIais alors, c'est la licence.

— Non, c'est la nature, c'est l'égalité, la communauté, la liberté.

— La nature, la liberté? Je le nie.

— Je l'affirme, moi. Qui sera juge entre nous?

— L'expérience, la raison, les tribunaux.

— L'expérience ! Est-ce que Luther en a tenu compte? Est-ce que 89 et Napoléon y ont seulement songé ? est-ce qu'on songe à ce qui reste en arrière, quand on marche en avant? L'expérience! la mienne vaut la votre. — La raison! celle des saint-simoniens vaut celle des légistes; et quand on marche, qu'on progresse , on ne perd pas le temps à raisonner.

SECONDE PARTIE. 3l5

— Mais les tribunaux...

— Les tribunaux ! des hommes comme moi, pires que moi; des hommes, toujours des hommes! Et qui donc leur a donné droit sur leurs semblables, droit sur la nature et sur ses plus impérieux penchants? Est-ce qu'on arrête par des lois d'hommes les fleuves qui se précipitent sur leur pente ? Est-ce qu'on livre leurs flots aux tribunaux, quand, bondissant et mugissant avec les tempêtes, ils emportent leurs digues comme un grain de sable? Le grain de sable , l'Océan le respecte, mais c'est Dieu qui l'a placé sur ses bords comme une loi.

— Mais les tribunaux enfin , c'est l'autorité , c'est

l'ordre.

— C'est le despotisme , c'est la force brutale! vous l'avez dit vous-mêmes, il y a soixante ans, des lois de l'Eglise et de ses tribunaux, et vous les avez brisés ; pourquoi voulez-vous que nous respections les vôtres, bien autrement jeunes, bien autrement faibles en autorité et en raison?

— Mais alors, c'est la guerre

— La guerre!... Quand les tyrans sont sourds à la voix de la nature et de la liberté, l'insurrection est le plus saint des devoirs.

Et la force démagogique acheva l'œuvre de cy. nisme que la force royale , aristocratique et bourgeoise , avait ébauchée. Et lorsqu'on voulut écrire cette nouvelle page dans les annales de l'histoire,

la plume s'y refusa. Les chèvres et les boucs de Théocrite, donnés pendant vingt ans pour modèles par l'enseignement d'état, à toute la jeunesse des écoles, furent dépassés de toute la distance qu'il peut y avoir entre l'instinct irréfléchi et aveugle et la dépravation volontaire et calculée. Et dans ces scènes où toutes les passions accouraient furieuses comme dans une arène de gladiateurs, le sang se mêlait tellement à la boue, qu'il était impossible de ne pas reculer d'épouvante et d'horreur.

C'ÉTAIT LE COMMUNISME

Et la logique disait à l'état et à son mariage civil:

D'APRÈS VOS EXEMPLES, IL A RAISON

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