‹ Un éclair avant la foudre ou Le communisme et ses causesChapitre 150 sur 162 · BERTÉ D'ALLER, DE VENIR , DE PENSER ET D'ÉCRIRE · texte numérisé non relu

BERTÉ D'ALLER, DE VENIR , DE PENSER ET D'ÉCRIRE

3l2 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

« il importe de se 6xer sur la méthode de démons- « tration à suivre en cette matière. »

« Quand on dit : L'homme a le droit de se mouce voir, de travailler, de penser, de s'exprimer libre- « ment, sur quoi se fonde-t-on pour parler de la « sorte ? Où a-t-on pris la preuve de tous ces droits? <(. Dans les besoins de V homme , disent quelques « philosophes. Ses besoins constituent ses droits. Il « a besoin de se mouvoir librement , de travailler « pour vivre, de penser ; quand il a pensé, de par- « 1er suivant sa pensée , donc, il a le droit de faire « ces choses ! Ceux qui ont raisonné ainsi ont ap- «■ proche de la vérité et ne l'ont point atteinte, car « il résulterait de leur manière de raisonner que « tout besoin est un droit, le besoin vrai, comme « le besoin faux, le besoin naturel, simple, comme « le besoin provenant d'habitudes perverses. S'il y « a, en effet, des besoins vrais, il y en a de faux « qui naissent de fausses habitudes. L'homme, en se « livrant à ses passions, se crée des besoins exagé- « rés et coupables, tels que ceux du vin, des fem- « mes, de la dépense, de la paresse, du sommeil , « de l'activité désordonnée, des révolutions , des « combats , de la guerre. Homme de plaisir, il lui « faudra la femme de tout le monde; grossier ama- «< teur du vin , il lui faudra des torrents de boisson « qui l'abrutiront; conquérant, il lui faudra la terre « entière à ravager. Si les besoins étaient la soi o des droits, César, à Rome, aurait eu le droit de « prendre les femmes des Romains , leur liberté •

SECONDE PARTIE. 3î3

« leur bien, leur gloire, et dans ce cas , le vice au- « rait fait le droit. »

«Je sais bien que les philosophes qui ont raisonne, « ainsi ont distingué et ont dit : Les vrais besoins v font les droits. Alors reste à chercher quels sont « les besoins vrais , à discerner les vrais des faux , « à quoi on arrive, comment? par l'observation de « la nature humaine. »

« L'exacte observation de la nature humaine est « donc la méthode a suivre pour découvrir et dé- « montrer les droits de l'homme. »

« Montesquieu a dit : Les lois sont les rapports « des choses. J'en demande pardon à ce vaste et « grand esprit, il aurait peut-être parlé plus exac- « tement en disant : Les lois sont la permanence « des choses. Newton observe les corps graves. Il « voit une pomme tomber d'un arbre, suivant le « langage terrestre des habitants de notre planète. « Rapportant ce fait à un autre, à celui de la lune « attirée vers la terre, de la terre atirée vers le so- « leil , il aperçoit dans un fait particulier et insigni- « fiant un fait général , permanent , et il dit : Les « corps graves sont attirés les uns vers les autres, « proportionnément à leur masse, et il appelle ce « phénomène la loi de gravitation. »

« J'observe l'homme , je le compare à l'animal, je « vois que, loin d'obéir à de vulgaires instincts, tels « que manger, boire, s'accoupler, dormir, se ré- « veiller, recommencer encore, il sort de ces étroi- « tes limites, et qu'à toutes ces manières de se corn-

« porter, il en ajoute de bien plus relevées, de bien « plus compliquées. Il a un esprit pénétrant ; avec « cet esprit, il combine les moyens de satisfaire à ses « besoins; il choisit entre ces moyens, ne se borne « pas à saisir sa proie au vol comme l'aigle, ou à l'af- « fût comme le tigre, il cultive la terre, apprête a ses aliments, tisse ses vêtements, échange ce qu'il « a produit avec ce qu'a produit un autre homme , « commerce, se défend ou attaque, fait la guerre, « fait la paix, s'élève au gouvernement des états, « puis , s' élevant plus haut encore , arrive a la « connaissance de dieu. A mesure qu'il est plus « avancé dans ces diverses connaissances, il se « gouverne moins par la force brutale et plus par « la raison , il est plus digne de participer au coûte vernement de la société , dont il est membre ; et « tout cela considéré, après avoir reconnu en lui « cette sublime intelligence qui se développe en « s 'exerçant, après avoir vu qu'en l'empêchant de « l'exercer, je la lui fais perdre, je le rabaisse, je le « rends malheureux et presque digne de son mal- « heur comme l'esclave, je me récrie et je dis :

« i/riOMME A DROIT d'ÊTRE LIBRE , PARCE QUE SA NOBLE « NATURE EXACTEMENT OBSERVÉE, ME RÉVÈLE CETTE

« loi, que l'être pensant doit êtbe libre, comme « la pomme en tombant a révélé à Newton que le< « corps graves tendaient les uns vers les autres. »

« JE DÉFIE DONC QU'ON TROUVE UNE AU- « TRE FAÇON DE CONSTATER LES DROITS, 13 N I « AUTRE QUE LA SAINE ET PROFONDE OBSER-

SECONDE PARTIE. 3i >

k YATION DES ÊTRES. Quand on a bien observé « leur manière constante de se comporter, on cona dut à la loi qui les régit, et de la loi on conclut a au droit. Cependant, je dois ajouter encore une « remarque , sans laquelle je donnerais prise à la a contradiction. De la loi qui porte les corps graves « les uns vers les autres, en concluerez-vous, me « demandera-t-on,en concluerez-vous au droit? Di- « rez-vous : La terre a le droit de graviter vers le « soleil? Non, je réponds avec Pascal : Terre, tu ne « sais pas ce que tu fais. Si tu m'écrases, tu ne le « sais pas, et je le sais. Je suis donc ton supérieur!»

« Non , le droit est le privilège des êtres moraux, « des êtres pensants. Je serais presque tenté de di- « re, mais je ne l'oserais point, que le chien qui « vous sert, qui vous aime, a le droit d'être bien « traité, parce que cette bête aimante et dévouée se « jette à vos pieds et les baise tendrement. Et pour- « tant, je manquerais, en m'exprimant ainsi, àla par- « faite justesse du langage. Si vous devez quelque « chose à cette créature attachante , c'est parce que « vous comprenez ce qu'il lui faut. Quant à elle, elle « n'a droit à rien, parce qu'elle désire sans savoir. « Ce mot de droit n'appartient qu'aux relations des « êtres pensants entre eux. Tous les êtres ont des lois a dans cetunivers , les êtres moraux comme les êtres « physiques, mais les lois pour les premiers cons- « tituent des droits. Après avoir observé l'homme, «je vois qu'il pense, quil a besoin de penser, « d'exercer cette faculté, qu'en l'exerçant elle se

3i6 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

« développe, s'agrandit, et je dis qu'il a droit de * penser, de parler, car penser, parler, c'est la « même chose; fêle lui dois, si je suis gouvernement , « non pas comme au chien dont je viens de faire men- « tion, mais comme à un être qui sait ce qu'il en « est, qui a le sentiment de son droit, qui est mon « égal, à qui je donne ce que je sais lui être dû , « et qui reçoit fièrement ce qu'il sait lui appartenir. «En un mot, c'est toujours la même méthode, « c'est-à-dire, l'observation de la nature. Je vois que « l'homme a telle faculté, tel besoin de l'exercer ; je « dis qu'il faut lui en donner le moyen, et, comme « la langue humaine est infiniment ménagée, et ré- « vêle dans ses nuances infinies les nuances infinies « des choses, quand il s'agit d'un corps grave, je dis « qu'il tend à graviter, parce qu'il y est forcé. Je « dis du chien: Ne le maltraitez pas, car il sent « vos mauvais traitements, et son aimable nature ne « les a pas mérités. Arrivé à l'homme, mon égal de" « vant Dieu , je dis: Il a droit. Sa loi a lui prend

Page 1