PREMIÈRE PARTIE
sant , sous le nom d'éclectisme et de spiritualisme, le matérialisme le plus grossier, le rationalisme le plus sceptique, et toutes les hérésies qui, depuis dix-huit siècles, ont eu cours par le monde. Le Dieu créateur , gouverneur , rémunérateur et vengeur, fondement de l'ordre social ; le Dieu juste, sage, saint, bon, miséricordieux, tout-puissant , infini en toutes sortes de perfections ; le Dieu en trois personnes , Père, Fils et Saint-Esprit, qui n'a ni couleur ni figure qui puissent tomber sous les sens , qui a fait toutes choses de rien , qui voit tout ensemble le passé, le présent, l'avenir, et jusqu'à nos plus secrètes pensées ; le Dieu dont la providence et la sagesse veillent sur le moindre atome, et atteignant d'une extrémité à l'autre avec force , dispose tout avec suavité; le Dieu en un mot que l'univers et les siècles avaient adoré , a disparu. Son nom est resté debout dans les intelligences et les langues humaines, comme une ruine incomprise, un non-sens. Dieu n'est plus que le grand tout , nature, humanité, le Pan infâme qu'adorait l'égout du paganisme; et tout, humanité et nature, est Dieu à son tour ou portion de Dieu. C'est le panthéisme, le plus absurde des athéismes, ou la négation la plus radicale de Dieu, sous forme d'affirmation.
Il y a vingt-cinq ans, un homme célèbre, après avoir, ravissant écho de cette voix qui s'élève, de tous les points de la terre et du temps, vers le Dieu de l'éternité, recueilli les témoignages de tous les peuples en faveur du Dieu qui a tiré l'univers du néant,
ajoutait ces remarquables paroles: « A l'écart, dans « les ténèbres , une autre voix, une voix sinistre a « été entendue; elle semblait sortir d'un sépulcre oc et se briser entre des ossements ; c'était comme <•• la voix de la mort. Les peuples ont prêté l'oreille « à ce bruit funèbre ; de sourds blasphèmes sont « venus jusqu'à eux ; ils ont dit : C'est le cri de « l'athée! et ils ont frémi d'horreur. »
Aujourd'hui, cette voix sinistre n'est plus solitaire. Elle s'est grossie de millions et de millions de voix, et ces voix ne sont plus la voix de la mort, mais la voix de la spoliation, de la licence et du carnage : c'est la voix du communisme! Et si elle semble encore sortir d'un sépulcre et se briser à travers des ossements, ce sépulcre, c'est la France, c'est l'Europe ; ces ossements sont toutes les idées de vertu, de propriété, de justice, d'ordre et de liberté.
Si Dieu est tout, en effet, et si tout est Dieu , donc, chaque homme, et tout ce qui est dans chaque homme , intelligence et volonté , âme et corps , est par là même consubstantiel à Dieu , Dieu ou portion de Dieu; donc, il n'a et ne peut avoir de supérieur; donc, il ne peut être soumis à aucune loi , si ce n'est à celle qui le constitue et qu'il ne peut pas plus violer, qu'il ne peut , ainsi que Dieu, cesser d'être.
Donc, il n'y a pas plus pour nous de législateur qu'il n'y en a pour Dieu , qu'il n'y en a pour les bêtes et les plantes. Notre législateur souverain, indépendant, s'il en est, c'est nous-mêmes, c'est