PREMIÈRE PARTIE
raie rationaliste, ou d'état , pliaient sous le faix, et à chaque attaque , battaient en retraite , et s'abritaient derrière les circonstances atténuantes.
C'était l'heure du communisme; les saints-simoniens le proclamèrent à leur manière et le prêchèrent comme une religion, de la cité au village , de la bourgade au hameau; le fouriérisme en fit des essais dans ses phalanstères; les sociétés secrètes l'organisèrent, le développèrent et l'armèrent dans toutes les grandes villes , et Enfantin put , dès j 83 1 , le formuler dans l'abolition des héritages et la réhabilitation de la chair par la femme libre , en attendant que Proudhon pût, en 1846 , en publier la plus franche théorie , en proclamant impunément , par toutes les voies de la presse , que la
PROPRIÉTÉ, C'ÉTAIT LE VOL; que LE PÉCHÉ, C'ÉTAIT
la misère; que Dieu, c'était le mal, et que la vé-
R1TARLE VERTU, CELLE QUI NOUS RENDAIT DIGNES DE LA VIE ÉTERNELLE, C'ÉTAIT DE LUTTER CONTRE LA RELI- GION ET CONTRE DlEU.
Et que pouvait , contre cette invasion sauvage , l'état appuyé de toutes les forces du rationalisme ? Il laissait faire, il encourageait; puis , quand il craignait de voir son établissement personnel compromis , répudiant ses propres principes, il citait le saint-simonisme devant ses tribunaux ; et le saint-simonisme , enhardi par tant d'inconséquences, répondait ainsi au réquisitoire du procureur royal, par la bouche de MM. Michel Chevalier,
Duveyrier, Barrault, et tle leurs conseils, MM. Simon (1), Lambert et d'Eichtal (2) :
« Dieu est tout ce qui est: donc, plus de guerre « entre les deux principes, l'esprit et le corps, l'in- « telligence et la chair. »
« Nul de nous n'est (seul) Dieu : donc, plus d'es- « claves, plus de réprouvés, plus d'adoration ser- « vile de l'homme à l'égard de l'homme , plusd'ex- « ploitation despotique. »
« Chacun de nous vit de la vie de Dieu, et tous « nous communions en lui : donc, plus d'antago- « nisme entre l'individu et la société , T intérêt et « le devoir »
« Et quels sont les hommes qui osent dénier à la « famille saint-simonienne un caractère religieux0 « Des hommes qui, faisant profession ouverte d'in- « différence en matière de religion, avaient mis « l'athéisme dans la loi; des hommes qui avaient « fait disparaître de l'enceinte de ce même tribunal « où ils siégeaient, la majesté de Jésus crucifié; des « hommes qui couvraient dune toile verte l'image «de leur Dieu, ainsi qu'une chose mauvaise à « voir ! »
(1) Ce M. Simon serait-il le même que M. J. Suisse, dit Simon . suppléant de la plupart des chaires de M. Cousin, soit à la Sorbonne, soit à l'École normale ?
(2) Toute relie défense est extraite mot pour mot , à l'exception de ce qui est entre parenthèses, de V Histoire de dix ans de M. Louis Blanc, tom. m, pag. 355 et suivantes. Lui-même la termine ainsi: « Tel fut au fond et en raccourci le système de dl fense présenté par les prévenus »