PREMIERE PARTIE
« On accuse notre doctrine d'immoralité. Or, « qu'y a-t-il d'immoral à demander que les relations « entre époux fussent soumises à un règlement nou- « veau , qui leur otât ce caractère d'exclusion , et « conséquemment de violence ou de ruse, que leur « imprimait la loi chrétienne (tranformée par l'état « en rationalisme). Aurait -on aboli le mariage, « quand l'homme et la femme , le plus capables de « diriger l'humanité (au jugement de qui?), quand « le prêtre et la prêtresse, auraient été investis du « droit (investis par qui ?) de consacrer par leur « sanction les peines et les plaisirs de l'hymen ? Que « voyait-on de monstrueux à ce que, dans un sacer- « doce obéi volontairement, l'empire de la beauté <s se trouvât associé au pouvoir de l'intelligence? »
« Cet empire de la beauté, après tout, il était « absolu , irrésistible ; et ceux-là le subissaient en « secret, qui affectaient en public de nier sa légitime mité. Car enfin , même sous l'influence de la loi m chrétienne (rationalisée par l'état), la société s'é- » tait bien donné de garde de proscrire les joies de « la chair; le peuple, on le savait du reste, allait « plus volontiers au bal qu'au sermon, et les dépu- :< tés , personnages graves, venaient de voter moins :< de huit cent mille francs aux évêques, et près d'un « million à l'Opéra. Mais quoi! cet Opéra n'était-il « pas un temple élevé au culte de la beauté? Au « milieu des parfums s'exhalant de la chevelure « dénouée de ses danseuses , sous la pluie de lu- « mière tombant de son lustre, devant ces gracieu-
72 LE COMMUN min ET SES CAUSES.
« ses phalanges de femmes légères, passant au trace vers des riches peintures et des sons d'une musi- « que enivrante, les sens manquaient-ils d'excita- « tions fortes? la chair manquait-elle d'adorateurs? « La loi chrétienne (dans sa morale séparée de son « dogme et de toute autorité divine), n'était donc « pas observée! Eh! comment aurait-elle pu l'être, » enchaînée dans son enseignement, insultée, blasphémée , ouvertement niée par l'enseignement d'état, dans sa source, dans ses croyances, dans son sacerdoce, dans ses sacrements, dépositaires de la grâce , qui peut seule élever l'homme au-dessus de la chair ?
« Quel spectacle, en effet, présentait au mora- « liste cette société au nom de laquelle on accusait « les saints-simoniens d'immoralité? Sur vingt-neuf « mille enfants nés dans Paris , près de dix mille « avaient été conçus clans des embrassements illé- « gitimes ; (aux yeux mêmes de la morale d'état) ,
« LES COLLÈGES ÉTAIENT INFECTES DE VICES, PAR Q1 l <( LES ENFANTS ÉTIOLES DEVENAIENT VIEUX AVAX T W \-
« voir atteint l'adolescenci ■; les amours étaient « souillées d'un horrible venin qui empoisonnait jus- « qu'aux mamelles des nourrices ; on ne pouvait « faire un pas dans les rues sans s'y heurter au « libertinage patenté; et naguère encore, au Palais- « Royal, dans le même palais qui abritait la reine « et sa jeune famille , la prostitution avait son sanc- « tuaire impur. (Une partie lui était chèrement louée « par le chef de l'état.) Que parlait-on de la famille,