DEUX ESPÈCES DE CAUSES DA\S LE COMMUE
Vie nobis quia dectinavit aies , quia longions facto; sont umbrœ vesperi !
Malheur à nous, parce que le jour décline et s'enfuit, et que les ombres du soir se sout allongées! [Jérêmie, cit. G, v. h.)
Pour apprécier dans toute leur étendue les causes du communisme, il faut nous faire d'abord une idée exacte du communisme lui-même. Le communisme , comme l'indique le nom , est , dans son acception la plus vaste , une théorie qui force à mettre en commun tous les biens, à quelque titre qu'ils soient possédés : souveraineté, femmes, terres, maisons , commerce, industrie, talents, droits de tous les genres. Ainsi compris , le communisme , la chose est évidente, est la dissolution universelle de la famille et de la société , le renversement
iG LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
de la morale et des mœurs, la destruction radicale de tout ce qu'on a jamais nommé droit sur la terre, la négation absolue de toute religion positive. C'est l'état sauvage à un degré de barbarie inouï dans les annales de l'humanité; c'est l'égalité et la fraternité des brutes: c'est pire encore, caria brute est réglée et conduite par des instincts irrésistibles; rarement elle attente à la vie des individus de la même espèce, tandis que, dans le communisme absolu, toutes les passions de l'homme, déchaînées par une liberté qui n'aurait d'autre règle que l'intérêt et l'égoïsme , amèneraient bientôt une guerre permanente, une générale et sanglante anarchie, et en peu de temps , l'extinction totale de l'humanité.
Présenté dans sa nudité brutale , le communisme aurait moins de partisans, quel que soit l'appât qu'il offre aux passions. Un bien petit nombre même oserait l'avouer, tant il rencontrerait d'opposition dans les mœurs publiques et dans la conscience de nations façonnées par dix-huit siècles de christianisme. Aussi , la plupart de ses propagateurs se sont-ils appliqués à le pallier, à le déguiser, à le travestir sous toutes sortes de formes, et s'en tiennent-ils, pour le moment, à une, à deux ou à trois de ses faces.
Les uns réduisent la communauté des femmes à la prostitution ou à l'adultère sur une vaste échelle; les autres , à la polygamie successive ou simultanée, déguisée sous le nom (^harmonies ;
ceux-ci , à un concubinage qui n'a d'autre règle que le caprice ; ceux-là , au divorce et à l'abrogation de tous les empêchements civils. Pour les uns et les autres , la famille disparaît pour faire place à des ateliers nationaux et à de nombreux et vastes dépôts d'enfants et de vieillards, réunis dans de splendides châteaux , sous le nom de palais.
Quant à la communauté des biens , le grand nombre des communistes la font consister à mettre en sociétés et comme en régie , entre les mains des capacités et en raison des aptitudes , les terres et les maisons, l'industrie et le commerce, tous les emplois et tous les droits. Dans ce système, tous les hommes sont travailleurs. «Le travail, dit le citoyen Proudhon, doit être le but, la joie, l'essence, la vie , la récompense éternelle de l'humanité. La propriété seule est un vol; et tout homme improductif, oisif, qui consomme sans produire, qui porte atteinte , enfin , à la loi de la réciprocité du travail , n'a pas droit au nécessaire, qu'il se nomme voleur, paresseux, propriétaire, capitaliste, homme politique, moine, etc. ; il ne doit pas être à la charge des producteurs , des travailleurs de la société. » (1)
Ce communisme ainsi divisé, la plupart le tempèrent encore par l'intervention , ou la domination plutôt , d'un gouvernement républicain ou monarchique électif, qui , sous le nom d'état, maître ab-
(1) Le Représentant du peuple. Citation de Y Univers, 1er Mai
soin de tout, embrigaderait les citoyens en légions d'administrateurs ou de travailleurs-commis, relevant d'un état-major de ministres, proportionné à ces innombrables soldats. Peu d'années suffiraient, au raisonnement des plus habiles, pour cette transformation sociale ou anti-sociale. De nombreux ateliers nationaux, où les travailleurs seraient grassement payés pour ne rien faire, l'impôt progressif, des droits exorbitants de succession équivalant au cinquième , au quart , au tiers ou à la moitié du capital, l'acquisition ou l'absorption par l'état de tous les genres d'associations et de compagnies , des chemins de fer et des créances hypothécaires, seraient les moyens principaux de réalisation. L'état serait bientôt par là le seul propriétaire de tout le sol de la France et de tout ce qu'on a jamais nommé droits et biens par le monde. Dans tous les cas , aucune religion positive ne serait admise dans l'état communiste.
Ainsi , fouriéristes , saint-simoniens , icariens, socialistes et autres , exhumant, des cloaques de l'antiquité, tout ce que le despotisme du vieux monde, le cynisme payen, le gnosticisme grec, le brigandage albigeois , avaient imaginé de plus pervers et de plus anti-social, ont-ils formulé le communisme dans leurs discours ou leurs écrits, (i) C'est
(!) « hossaints-simoniens } dit M. Louis Blanc {Histoire de dix ans, tom. 2, pag. 269, (dit. de 1848), ébranlaient, dans le Globe, toutes les vieilles bases de l'ordre social. Que l'industrie lut régie* montre au gré d'un pouvoir issu eu quelque sorte de lui-même el
un progrès en arrière , qui nous ramènerait visiblement, d'une part , au pèle-mèle des brutes ; de
juge de sa propre légitimité ; que la production fût concentrée à l'excès et que ses bénéfices fussent répartis proportionnellement aux mérites; que la transmission des biens fût anéantie comme celle des emplois; que le mariage, légalisation de l'adultère, fît place à la souveraineté des penchants et à l'émancipation du plaisir; que l'empire de la société fût substitué à celui de la famille : voilà les doctrines qu'élaboraient alors des jeunes gens mystiques et sensuels, mais pleins de talents, de verve et d'ardeur. Leur morale , ils la résumaient dans ces mots : « A chacun suivant sa capacité, à chaque capacité suivant ses œuvres, et par conséquent, plus d'héritage; association universelle fondée sur l'amour, et par conséquent, plus de concurrence (ibid. tom. 3, pag. 107); et témoins indignés des vices d'un ordre social où les récompenses étaient presqu'en raison inverse des services, ils se félicitaient de l'apparente sagesse de leur formule, en attendant qu'îme école plus exaltée vînt proclamer les lois d'une morale supérieure , et faire aboutir la diversité des aptitudes, non pas à l'inégalité des droits , mais à l'inégalité des devoirs. »
Les fouriéristes ne diffèrent des saints-simoniens que dans la mise en action , mais les principes sont communs. Toutes les anciennes sociétés chrétiennes ne sont pour eux aussi qu'une conflagration générale, un combat furieux de toutes les forces de la nature {Exposition du système phalanstérien de F ourler , par Victor Considérant, pag. 73.) , des Sociétés subversives, insociétaires, (pag. 98.) Ils rejettent toutes les lois pénales et la morale sanctionnée par les croyances d'une autre vie. (Ibid.) La famille , pour eux , n'est qu'une simple réunion de reproduction (pag. 97.) , et le premier élément social , c'est le phalanstère ou la commune , 1200 personnes au moins habitant dans une même maison et y vivant en commun, sans concurrence, sous la seule loi de la capacité, des harmonies et des attraits, (pag. 72, 80, 102.) » Dans ce régime, les hommes sont à chaque instant sollicités par une foule de plaisirs et de travaux attrayants ; ils n'ont que l'embarras du choix. Comme ils aiment beaucoup la variété, ils passent fréquemment d'un objet à un autre, et goûtent successivement
l'autre, aux tyrannies orientales, et à la servitude de la glèbe et. de la corvée, avec les franchises reli-
toutes les jouissances physiques, morales et intellectuelles, que la Providence a réservées à la nature humaine. » (pag. 43.) D'après Fourier lui-même, « le vrai bonheur ne consiste qu'à satisfaire ses passions.... Tous ces caprices philosophiques, appelés devoirs, n'ont aucun rapport avec la nature; le devoir vient des hommes; l'attraction vient de Dieu. Il faut étudier l'attraction, la nature seule, sans aucune acception de devoir » (Théorie des quatre mouvements, 1840, pag. 18, 107, 123, 137, etc.); et à la page 1 16, on lit: « Une femme peut avoir à la fois, 1° un époux, dont elle a deux enfants; 2° un géniteur, dont elle n'a qu'un enfant; 3° un favori, qui a vécu avec elle et qui a conservé le titre; plus, de simples possesseurs qui ne sont rien devant la loi. » Il est vrai que les disciples, dans une préface à la nouvelle édition, atténuent quelque peu, en face de la pudeur publique, ces infâmes doctrines, tout en renversant par la base tout ce qu'on a jamais appelé morale par le monde. « Les théories des moralistes, disent-ils, ne sont que des méthodes pour réaliser le bien social. Fourier a critiqué celles d'autrefois; pourquoi lui en faire un crime ? Quant aux continues amoureuses du maître, c'est encore là une question de méthode. Il s'agit tout simplement de savoir si la monogamie indissoluble (ou le mariage), est plus favorable aux bonnes mecurs que le système du changement et de la pluralité des affections. Au surplus, l'école de Fourier déclare formellement, avec son maître (qui dit tout le contraire en cent endroits) , qu'elle réserve absolument ces questions aux générations futures. »
Les hospices palais sont de l'invention de Mme Flora Tristan, dans son Union ouvrière, et de M. Cabet, dans son J'oyage en Icarie. Le christianisme avait mieux fait que. d'imaginer des palais: il avait réalisé des Hùtiu.s-Dieii , où les pauvres et les malades étaient servis comme des membres souffrants du Fils de Dieu fait homme, .lesus-Christ, par dos personnes consacrées librement, par des vœux religieux, à ce service divin.
Les icariens chantent la même chanson que les saints-simoniens et les fouriéristes ; l'air même diffère peu. C'est partout la corn" munautc des biens sous la direction de fonctionnaires publics qui,
<teuses et communales de moins, et la centralisation de plus, renforcée d'un despotisme adminis-
pour mieux diriger, ont le monopole des journaux et de l'éducation. La seule chose qui ne soit pas commune, c'est la religion. « Chacun, en Icarie, admire, remercie, prie et adore la Divinité comme il lui plaît, dans l'intérieur de sa maison. Jusqu'à seize et dix-sept ans, les enfants n'entendent pas parler de religion, et ne sont enrégimentés sous aucune bannière religieuse. La loi ne permet ni aux parents , ni aux étrangers , de les influencer avant l'âge de raison. Ce n'est qu'à cet âge de seize et dix-sept ans, quand leur éducation est achevée , que le professeur de philosophie , et non le prêtre, leur expose, pendant un an , tous les systèmes religieux et
toutes les opinions religieuses, sans exception A dix-sept ou
dix-huit ans , chacun adopte , en parfaite connaissance de cause , l'opinion qui lui paraît la meilleure, et choisit librement la religion qui lui convient. » Il y a plus, l'assemblée nationale icarienne se posa un jour cette question : « La religion , c'est-à-dire , une religion systématique , accompagnée d'un culte particulier , est-elle utile aux icariens ? et à l'unanimité , par assis et levé , le concile a
répondu : Non » Du reste, s'il y a encore mariage chez les
icariens, c'est avec tous les adoucissements du divorce , sans compter les autres licences , conséquence nécessaire de l'absence de toute religion et de toute morale positives.
« L'homme, dit le National, par la science et l'industrie, a notablement amélioré sa condition ; aujourd'hui il reconnaît que la société elle-même, qu'il croyait mue par des circonstances toutes fortuites, a ses lois , dont on peut user pour la modifier profondement, au grand bénéfice de tous. C'est le principe du socialisme. » Et ailleurs : « L'expression la plus générale du socialisme est celle-ci : Appliquer toutes les ressources de la société à la société. » Et enfin: « Il est bien entendu dorénavant que la révolution est sociale et non politique, et qu'elle implique l'amélioration du sort de tous par la dispensation plus équitable de l'avoir de tous. » Or , demande La vraie république , « qu'est-ce que l'avoir de tous? c'est la propriété commune. Qu'est-ce que la dispensation plus équitable de cet avoir de tous , pour améliorer le sort de tous ? c'est l'organisation de la communauté.» Le National serait-il coin-
tratif tel qu'il n'en a jamais pesé sur l'humanité, dans aucun pays du monde.
muniste? (Voyez ces citations, Univers , 39 mai et 26 mai 184
« La-propriété, dit M. Proudhon, un des principaux socialistes, c'est le vol. Il ne se dit pas en mille ans deux mots comme celui-là. Je n'ai d'autre bien sur la terre que cette déDnition de la propriété, mais je la tiens plus précieuse que les millions de Rothschild, et j'ose dire qu'elle sera l'événement le plus considérable
du gouvernement de Louis-Philippe Du reste, n'ayez crainte de
votre salut Ne voyez-vous pas qu'il en est de la religion comme
des gouvernements, dont le plus parfait serait la négation de tous? Qu'aucune fantaisie politique ni religieuse ne retienne donc votre âme captive; c'est l'unique moyen aujourd'hui de n'être ni dupe ni renégat. » [Système des contradictions économiques, ou philosophie de la misère. Citation extraite par Y.lmi delà Religion, 12 juillet 1848, pag. 114.)
Le citoyen Proudhon a été. nommé à l'Assemblée nationale par soixante-dix mille voix socialistes de Paris.
Le 14 mai, la veille de l'attentat sur l'Assemblée nationale, les 12 sections secrètes s'étaient rassemblées dans un banquet. Parmi les toasts, on distingua les suivants :
« A l'impôt d'un milliard sur les riches ! »
« A la destruction de tous les musées et objets d'art , comme donnant au peuple des idées trop aristocratiques! »
« A l'émancipation des femmes ! »
« Au nivellement des fortunes, et à la loi agraire, renouvelée tous les cinq ans ! »
« A la mise en jugement de tous les rentiers, quels que fussent leur âge et leur sexe , étant considérés comme accapareurs par les 12 sections. »
Enfin , le programme de la société des Représentants républicains, souscrit, aux termes du règlement, par tous ceux qui doivent faire partie de la société, contient les principes suivants: « Toi i pki l'i.i est souverain de dboit divin , soi w &Atn n u 1 v TKltui: COMME DIEU Al CIEL, et c'est la, pour un peuple , la première comme la plus haute di s I. gitimfa s.
- La souveraineté est une, infime et [RDivisiBLB.de sa nà-
Quand on y réfléchit attentivement, et qu'on rapproche de ce mécanisme immense et de ces rouages multipliés à l'infini, le frottement universel et nécessaire des passions humaines , les conflits incessants et sur tous les points à la fois de l'orgueil , de l'ambition, de la cupidité, de la luxure, de la paresse, de la colère et de la vengeance , de tous ces penchants égoïstes et anti-sociaux de multitudes sans lien moral et sans frein , on frémit de la tète aux pieds, et l'on a peine à concevoir que des hommes doués de raison veuillent sérieusement la réalisation d'une théorie aussi évidemment contre nature. Pour nous, nous ne le pensons pas ; nous croyons fermement que le communisme n'est, pour la foule des adeptes lettrés, qu'un moyen légal ou révolutionnaire de faire changer de main les fortunes et les emplois, et pour les masses de travailleurs et de prolétaires , qu'une espèce de loi agraire , propre à terminer leurs souffrances et à les porter au som-
tube , et par la même raison que deux infinis s'excluent, I'idée de deux pouvoirs égaux ou non, ayant ou non la même source, est inadmissible. » (Voyez Pièces justificatives de la Commission de r enquête , 2* vol. On peut y voir aussi les noms des représentants souscripteurs.)
Donc , la souveraineté du peuple est sans limites ; donc , elle s'étend sur les consciences, sur le mariage, sur la famille, sur la propriété, sur tous les droits
Donc, plus de pouvoir spirituel distinct de la souveraineté du peuple; donc, plus de religion, plus d'Église
Donc, quoi qu'on dise pour atténuer cette conséquence , despotisme le plus monstrueux qui ait jamais pesé sur la nature humaine, communisme le plus vaste qui ait jamais été rêvé
met de la roue de fortune , en les transformant en grands propriétaires et en bourgeois. Nous sommes bien convaincu que les uns et les autres, une fois riebes , ou en voie de le devenir par de gros traitements, s'empresseraient, comme leurs devanciers , de couper court aux utopies, et de se poser, au nom de l'ordre et de l'humanité elle-même, en conservateurs de ce qu'ils auraient conquis.
Quoi qu'il en soit, ces doctrines dissolvantes ont pénétré au cœur des multitudes; les idées de continence et de propriété se sont obscurcies dans l'esprit du plus grand nombre , et les notions du juste et de l'injuste, de l'honnêteté et de la pudeur, du droit et du devoir, tendent presque partout à disparaître ; tous les liens sociaux sont brisés ou relâchés, et comme prêts à se dissoudre ; le sol tremble sous les pieds, et d'effroyables malheurs, des luttes inouïes, de lamentables carnages se préparent. Déjà même , au moment où nous traçons ces lignes , le sang coule à Marseille, il ruisselle à Paris, clans des batailles d'une atrocité inouïe (i) , et la terreur, comme un glaive livide, pénètre toutes les chairs. On dirait qu'une main invisible transforme en je
(1) « Si Ton a pu se demander un moment, disait naguère le citoyen Senart, président de l'Assemblée nationale, quelle BSl l.i cause de l'émeute qui ensanglanta nos rues , et qui tant de fois , depuis huit jours, a changé de prétexte et de drapeau, aucun doute ne peut plus rester aujourd'hui , quand déjà l'incendie désolela cité, quand les formulas du communisme et les excitations au pillage se produisent aiulacieusement sur les barricades. » (Séance du 24 juin 18-1S, à midi.)
ne sais quel mystérieux écho la conscience de tous, et que chaque coup de canon de la capitale, en foudroyant, dans tous les rangs , les victimes par centaines , vient y retentir comme un sombre et déchirant remords. C'est le temps de l'examen. Puisse-t-ilètre entrepris avec courage, et, enfantant la lumière et le repentir, nous ramener à de meilleures voies !
Cette unité française , qui l'a brisée ?
Ces liens sociaux , qui les a dissous?
Ces ténèbres sur les droits et sur les devoirs , qui les a faites?
Ces mœurs sauvages , ces mœurs de brute , qui les a façonnées ?
Ces masses, qui les soulève et les fait monter et descendre , comme la lave d'un volcan , d'une extrémité du monde à l'autre et dans tous les pays?
Dans l'histoire de l'humanité , deux causes seulement se présentent, du côté de l'homme, et suffisent pour produire et expliquer semblables révolutions : les doctrines et les faits, quand ils éclatent et se propagent au loin sous de puissantes influences , ou les leçons et les exemples.
Les unes , agissant sur la partie la plus élevée de l'homme, l'intelligence, et de là, par une conséquence plus ou moins nécessaire , plus ou moins rapide, sur la volonté, c'est-à-dire, sur l'homme tout entier, sont d'autant plus efficaces , d'autant plus durables, qu'il est plus difficile à l'intelligence de se dépouiller de ses idées , et de renoncer aux
aG LE COMMUHISMÉ ET SES CA.USES.
principes autour desquels elle a coordonné, souvent pendant de longues et les plus nobles années, toutes ses pensées, tousses jugements et sa vie tout entière.
Les autres , saisissant les multitudes par les sens, et par eux et à l'instant, leur volonté et leur intelligence tout ensemble, sont d'autant plus impétueuses, d'autant plus générales dans leurs effets, que leur action descend de plus haut, qu'elle est plus universelle et plus souvent répétée.
Ces deux genres de causes ont concouru , avec un accord inouï, à l'extension du communisme; et pour le bien comprendre , nous allons les approfondir en détail avec toute l'inflexibilité de la logique.