‹ Un éclair avant la foudre; ou, Le communisme et ses causesChapitre 101 sur 111 · COMMUNISME EST CONSEQUENT ET A PLEINEMENT RAI- SON · texte numérisé non relu

COMMUNISME EST CONSEQUENT ET A PLEINEMENT RAI- SON

Et pour que tout le monde puisse bien saisir la force de notre argumentation, et se convaincre profondément de l'inanité de tout système qui ne part pas du Dieu créateur et maître souverain, ou de l'incapacité radicale du rationalisme à défendre la propriété et l'ordre social, par conséquent, toute sa fausseté et tous les maux eniantés par lui, appliquons notre inextricable dilemme aux principaux chapitres du livre de M. Thiers , à ceux qui renferment l'application de son principe à la propriété, et d'où découlent tous les autres chapitres, toutes les conséquences du livre.

in La propriété ^ dit le titre du chapitre suivant, « ou troisième, est un fait constant y universel^ dans « tous les temps et dans tous les pays. »

« L'homme, dit eu conséquence le chapitre V du « second livre , l'homme , tel que la nature l'a « FAIT, et non tel que le veulent faire les sophistes^ « A BESOIN D'AVOIR SON CHAMP, DANS SON

33o I.E COMMUNISME ET SES C\LStS.

« CHAMP SA DEMEURE , DANS SA DEMEURE « SA FAMILLE. » (pag. i8o.)

Appliquons notre dilemme :

Ou le puissant écrivain démontre cette proposition , ou il ne la démontre pas.

Dans le premier cas : donc, constamment , uni* versellement, dans tous les temps et dans tous les pays , chaque homme a possédé en propriété son champ, dans son champ sa demeure, dans sa demeure sa famille, comme le demande son droit, ou le vrai besoin de sa nature.

Donc, l'état actuel des sociétés modernes, où des millions d'hommes ne possèdent pas , chacun son champ , et dans son champ sa demeure, et dans sa demeure sa famille, est un état contre nature, un état violent , tyrannique.

Donc, le communisme, en demandant que les gouvernements nous, ramènent par des lois agraires, ou l'impôt progressif, ou tout autre efficace moyen, à letat universel, constant, de tous les pays, de tous les temps , où chaque homme a son champ, dans son champ sa demeure, et dans sa demeure sa famille , selon le vrai besoin de sa nature et le droit inaliénable de son être , a complètement et absolument raison, et jamais aucun écrivain communiste ne Ta démontré aussi puissamment, aussi éloquemment que M. Thiers.

Dans le second cas : donc, le livre de M. Thiers prouve jusqu'à la démonstration l'impossibilité où est le rationalisme d'établir le droit de propriété, f t

par conséquent, négativement, au moins la mérité du communisme.

Le chapitre IV porte en titre : V homme a, dans ses facultés personnelles , une première propriété

INCONTESTABLE , ORIGINE DE TOUTES LES AUTRES; et

dans le cours du chapitre on lit : La première de mes propriétés , c est moi , moi-m£mb. Mes pieds ,

MRS MAINS, MES BRAS, MON CORPS, MON ESPRIT, SONT A MOI, INCONTESTABLEMENT A M01.(pag. 3a.)

Appliquons encore notre dilemme.

Ou cette proposition est démontrée par le livre de M. Thiers , ou elle ne Test pas.

Dans le premier cas : donc, tous les hommes en particulier ont la propriété incontestable, souveveraine de leurs corps et de leurs membres , de leur esprit et de leurs facultés ; donc, ils ont le droit d'en disposer comme de leur incontestable propriété, et on ne peut en disposer malgré eux sans violence et sans injustice.

Donc, l'esclavage volontaire est un droit, un acte de propriété; et la conscription, ou le travail forcé, est une injustice, un acte de communisme. Donc, le suicide , la prostitution, la polygamie, la polyandrie même , comme dit M. Laroque dans son cours de philosophie à Tusage de la jeunesse , les contrats de mariage avec qui bon semble , et aux conditions de révocabilité et de divorce qu'il plaira à chacun d'y apposer, sont un droit naturel, incontestable, et que personne , gouvernement ou état, ne peut limiter ou détruire sans tyrannie, et sans violer notre

332 LE COMHDNiSME ET SES CAUSES.

premier^notreplus incontestable droit de propriété.

Donc, le communisme, en demandant l'abolition du mariage, la libre communauté des femmes, est dans la vérité de la nature et du droit.

Donc , chacun ayant la pleine , Tincontestable propriété de son esprit, de sa mémoire, de sa volonté, de toutes ses facultés en un mot, a le droit de les employer à enseigner ce hideux communisme , par la parole et par la presse , à nier Dieu , à attaquer son culte, à arracher des cœurs , sous le nom de superstition , tdute croyance et toute morale ; et le premier des droits, c'est l'athéisme, c'est le droit de nier tous les droits.

Donc encore, selon les principes du livre de M. Thiers , triomphe plein et entier du communisme.

Dans le second cas : donc, M. Thiers, n'ayant pu, malgré l'admirable talent et le vaste savoir que loue en lui le Constitutionnel^ démontrer le droit de propriété de l'homme, même sur son corps, a démontré par là même l'impossibilité du rationalisme à établir un droit quelconque de propriété, et dans ce système, toute la force logique et toute la puissance rationnelle du commuuisme.

Le chapitre V a pour litre : De Fexercice des fa" cultes de r homme , il natt une seconde propriété , qui a le travail pour origine j et que la société consacre dans tintérêt universel.

Ici, M. Thiers semble abandonner son premier principe pour lui en substituer un autre, savoir : la

consécration, par la société, du droit de propriété de chacun sur les produits de son travail , produits, comme il ajoute dans le chapitre suivant , nécessairement inégaux de facultés naturellement inégales , et cependant^ transmissibles, comme il prétend encore, par donation, succession, héritage, aux enfants ou à des étrangers, selon la volonté du propriétaire ; or, par ces nouvelles énonciations,iiest réduit , ou à se répéter en d'autres termes, ou à détruire tout ce qu'il a avancé , et donne une prise nouvelle et définitive au communisme et à toutes ses conséquences.

Recourons encore à notre dilemme.

Ou M. Thiers démontre en effet et seulement que cette consécration, par la société, du droit de propriété sur les produits du travail , n'est autre chose que la consécration du vrai besoin , du droit naturel et indispensable à l'existence, du droit d'avoir chacun un champ, et dans ce champ une demeure, et dans cette demeure sa famille monogamique ou polygamique, et dans ce cas, la question ne fait pas un pas, et le livre de M. Thiers demeure sous l'étreinte de tous les dilemmes précédents.

Ou M. Thiers démontre , selon son but, que la société ( c'est-à-dire , les états ou les gouvernements ), étend ce droit de propriété de chacun sur tous les produits du travail , quels qu'ils soient , en sorte qu'un certain nombre de citoyens puissent absorber dans leur propriété la part que le besoin de la nature et le droit primitif, indispensable à

Texistence, assignent à chaqae homme, c'est-à-dire, son champ , dans ce champ sa demeure y dans cette demeare sa famille , comme la chose se pratique à peu près partout en France , en Angleterre et ailleurs , où le grand nombre est, non-seulement dépouillé de ce droit , mais dans l'impossibilité de le recouvrer.

Dans ce cas, l'inflexible logique demande , i® ce que devient le vrai besoin de la nature , le droit indispensable à l'existence» le droit inaliénable imprescriptible, et tout ce que M. Thiers a voulu prouver jusqu'ici; n^ pourquoi la société, les états, ou les gouvernements actuels, ne pourraient pas défaire, limiter ou abolir , comme le veulent les socialistes, ce droit de la plus grande force physique ou intellectuelle, que d'autres états, avant eux, ont cru pouvoir faire, établir et étendre sans limites; 3® de quel droit les états , les gouvernements ou les majorités, peuvent réduire ou confisquer au profit de quelques-uns les droits de tous , droits , selon M. Thiers, naturels, inaliénables, indispensables à l'existence, et antérieurs à tout état et à tout gouvernement. La force physique ou intellectuelle serait-elle donc par elle-même un droit, et quel droit? le droit de dépouiller ceux qui en sont dépourvus ou qui ne la possèdent pas au même degré, du droit naturel et indispensable à l'existence que leur assure le vrai besoin de la nature ou la loi souveraine de leur être? La force physique ou intellectuelle seraitclle donc la raison suprême des sociétés, le droit

de vie et de mort ? De tels principes diffèrent-ils beaucoup, diffèrent-ils autrement que par le mode d'application , de ceux des escrocs et des détrousseurs de grands chemins ? Ne sont-ils pas la justification pleine et entière du communisme et des fameuses maximes de Proudhon : La propriété est UN vol, et tous les droits se réduisent a la force, à la force physique ou à la force intellectuelle? Donc, au plus habile ou au plus fort! tuons, rusons! à la victoire les maisons, les femmes et les ter-* res! Rationalistes, hommes du fait, voilà où vous conduisent nécessairement, invariablement, de quelque coté que vous vous retourniez, la logique de vos principes , Texclusion du droit divin, seule clef de voûte de toute propriété et de tout ordre social.

Pousser plus loin l'application de notre dilemme et soumettre à son inextricable étreinte tous les autres chapitres du livre de M. Thiers , nous serait chose facile; mais que gagneraient les lecteurs à cette fastidieuse répétition ? En est-il un seul qui ne voie clairement que , les colonnes de l'édifice renversées, ses bases arrachées, il ne reste et ne peut plus rester que des ruines ?

Nous pourrions également attaquer, sous beaucoup d'autres rapports et tout aussi victorieusement, le point de départ de M. Thiers et son principe des droits , qui est le principe de Baspail , de Proudhon et de toute l'école matérialiste : le besoin de la nature. Ce besoin, dit-il lui-même, ne peut être une règle, constituer un droit qu'au-*

338 LE COM3IUMSME ET SES CilUSES*

a sio]ys. Si la vue des choses le laissait indifférent, « il serait curieux peut-être, mais inactif. Pour qu'il a agisse, il lui faut des motifs d'agir. Pour qu'il s'ap- « proche ou s'éloigne des choses, il faut qu'elles a l'affectent FORTEMENT ; il faut qu'cUcs lui cau- (( sent ou beaucoup de bien ou beaucoup de mal: (( c'est là son attraction à lui. (sa loi) La lune, en (c étant attirée autour de la terre, la terre autour « du soleil, ont leurs motifs dénués de sentiment. a L'homme , attiré vers, tel ou tel objet , porté à tel V acte ou à tel autre , a son attraction (sa loi): .( c'est le plaisir ou la. douleur... Pour se mouvoir a donc, il faut qu'il soit attiré ou éloigné, qu'il a jouisse ou souffre , suivant^a'/'/aré^/^^/ ou échoué i( dans ses actes. Il peut se tromper, il peut souffrir: « voilà la double liberté de son ân^e. Toujours dis- « cerner le vrai, toujours éproui^er une même seu' « sation , fut-elle douce , ce serait ne pas discer- « NER, NE PAS sentir ; ce serait, en descendant bien « bas , devenir abeille , polype^ végétal^ pierre , et, i< en allant plus bas encore , aboutir au néant; ou « bien , en remontant cette échelle des êtres , en la « remontant jusqu'à l'infini, arriver à Dieu, tel que « nous essayons de le comprendre, «(/^ag^.i 74 ? '75.) Ainsi, le principe de tous les droits , de celui de la propriété comme de tous les autres, est, selon M. Tliiers , le vrai besoin de la nature. Le moyen de di^couvrir sûrement ce vrai besoin , toujours selon M. Thiers, est de discerner, par une saine et profonde observation, le besoin réel de la nature, de

SIXOKDE PARTIE. 337

rhoinnie suivant lui, dans la faculté de se tromper et de souffrir ? « Qu'est-ce donc, dit-il ( £tV. a. ch. « vi^pag. i7i.)> qtie cette société chimérique dans « laquelle , de peur que l'homme ne se trompe ^ ne ce s^ égare ^ ne réussisse pas ou ne réussisse trop, ne a reste pauvre ou ne devienne riche, on l'oblige <K à travailler pour la communauté, on le fait nour- « rîr, vêtir, entretenir par elle , dans laquelle on « lui assigne sa vocation, on le déclare par ordre «agriculteur, forgeron, tisserand', guerrier (et « guerrier, aurait-il pu ajouter, dans telle ou telle « arme )?... Qu'est-ce que cette société ? Ah ! je vais ic vous le dire: c'est uneVuche, ou une fourmilière?... « L'homme est tout autre.... Il lui faut juger les rap- « ports les plus vastes et les plus compliqués.. ..(/>^g^. « 173.) S'il ne pouvait pas se tromper, s'il voyait la « vérité infailliblement, d'un seul regard de son es- « prit, il ne serait pas libre. Il serait, ou cette abeille, « qui, limitée à de petits actes qu'elle accomplit « sans erreur, est une machine vivante, gouvernée « par ces ressorts infaillibles de la nature animée « qu'on appelle instincts, il serait celte mouche la- « borieuse, ou Dieu... Ou machine ou Dieu, tel se- « rail l'être qui ne se tromperait pas. Vhomme peut « donc saisir le vrai ou ne pas le saisir , et c'est

« LA CE QUI constitue SA LIBERTE... C'eSt là SOU CS-

« prit » mais ce n'est pas encore son âme tout en- « tîère. Il lui faut plus que cette perception des oba jets, qui consiste à les discerner bien ou mal y sû^ « rement ou inexactement; il lui faut des impul-

34o LE COMMUHJbMJi: ET SES «CAUSES.

les lapins, les castors, les hirondelles , les abeilles, et surtout les lions, nous démontrant le droit de propriété sur la demeure, et même sur ses environs. (£/V. i^'^cA. III.) Ailleurs ce sont les différences entre F homme et le cheml^ le cheval et le chien , le chien et la taupe , entre la taupe et le polype, entre le chêne même et la fougère; et dans une foret, entre les grands arbres et les petits de la même espèce, qui prouvent les droits divers de la grande et de la petite propriété , du brillant Alcibiade , doué un

TOUTES LES FACULTÉS , ET DU CRÉTlîf , IDIOT ET GOI- TREUX DE LA VALLÉE d'AoSTE, QUI EN EST PRIVlf. {Ch.

IV. de r inégalité des biens , pag. 5 1 , 5i. ) Et toujours on rencontre alors , sans songer aux contradictions qui vont suivre : L'instinct est la première , la

PLUS ANCIENNE DES LOIS... ToUS CES ACTES S ACCOM- PLISSENT d'instinct, avant qu'on ait RIEN ÉCRIT SUR LES LOIS NI SUR LES ARTS, AVANT QU'ON SOIT CON- VENU DE RIEN. Les règles instinctives de cet ÉTAT PRIMITIF LES PLUS RUDIMENTAIRES DE TOUTES , LES PLUS générales , LES PLUS NECESSAIRES, PEUVENT BIEN lÈTRE

APPELEES DROIT NATUREL, {pag. a3 et a4.)

Etailleurs : « Il est dans le principe même de la a création... que l'animal ait sou terrier^ l'homme sa « demeure ; qu'être moral doué de la faculté d'aia mer , il aime , non pas l'ensemble , ce qui est trop « grand pour lui, mais une partie, celle qui est à sa ^ portée , d'abord son père , sa mère , sa femme » « SCS enfants , c'est-à-dire, sa famille, puis sa patrie, « dont il comprend que la prospérité est liée à celle

a de sa famille; peut-être, après sa patrie, la race a d'hommes à laquelle il appartient, la race chréa tienne par exemple , à l'exclusion de la race mate hométane ! Mais ne sentez-vous pas que si vous m allez plus loin, F absurdité naîtra ^ parce que vous ce vous serez mis en opposition avec la nature des « cAo^e^PN entendez-vous pas les railleurs qui , se (( moquant de la bienveillance banale, disent qu'ai- « mer le genre humain , c'est n'aimer personne ? « Vous répondrez peut-être que votre système est « celui de la bienveillance universelle , tandis que a le vieux système social est celui de l'égoïsme. Ce a vieux système n'est pas plus celui de l'égoïsme

o que LA GRAVITATIOir n'est Uir EGOÎS3IE PLAiriTAiRE.

a chacun a son orbite , et dans cet orbite son a rayon d'attraction. L'homme est un être limité ; a son cœur l'est comme son corps. Il faut l'élever « successivement de lui à sa famille, de sa famille; « etc. » ( Liif. a , ch. v^pag. 189 , 190. )

Ainsi, la loi fatale de l'instinct, une force inflexible comme celle de la gravitation pour les astres, voilà la source des droits qu'on dit plus haut inséparable de la liberté , inconcevable sans elle.

Et comme les exemples des ordres religieux et des communautés chrétiennes, qui ne sont que la perfection enseignée par rÉvangile, font obstacle à ces étroites et avilissantes utopies , on fait , avec Raspail encore, de ces associations saintes et libres des institutions contre nature, enfantées par le désespoir, et qui ne peuvent aboutir , quand le déses-

noir cesse et que le suicide est trop lent , qu'au scandale et à Tapostasie. (£iV. ai. Ch. 6jpag. rgS

et 197.)

D'où il suit que tout, dans le livre de M. Thiers comme dans ceux de M. Cousin, nous ramène forcément à Tétat des chiens , des taupes, des boucs, des polypes , des végétaux et des étoiles , tous êtres dépouillés de toute liberté et de tout droit, et que cet effort du plus éminent des rationalistes , non-seulement ne peut rien établir de certain , mais marche, comme tous les autres, et en particulier comme son célèbre ami M. Cousin , entre de perpétuelles contradictions.

Nous irons plus loin encore. Ce vrai besoin de la nature sûrement , infailliblement, évidemment découvert et constaté, qu'est-ce, après tout, qu'un fait? et depuis quand, chez quel publiciste ou jurisconsulte, fait et droit signifient-ils la même chose? Comment, de ce que je pêche, de ce que je chasse, suit-il que j aie le droit de chasser , de tuer et de me nourrir d'animaux qui me ressemblent sous tant de rapports? Comment, de ce que je me construis une cabane ou me creuse une demeure, suit-il que j'aie droit de propriété, et sur ces objets, et sur le sol où je les établis ? D'après quels principes certains , incontestables , ces actes seuls constituent-ils des titres véritables de propriété? Puis l'usage et l'usufruit ne pourraient-ils suffire à la satisfaction des vrais besoins de la nature ? ou l'usage et l'usufruit sontils la même chose que la propriété ? Je défie , à

mon tour, un rationaliste quelconque, de donner à toutes ces difficultés, en dehors du droit divin, une. solution claire , certaine , incontestable , et d'éviter pour dernière raison le droit du plus rusé ou du plus fort.

Je ne dirai rien des phrases comme celles-ci: « Ces ce facultés physiques ou morales (force ou adresse , « source de droits à des propriétés plus considéa rables ) , V homme les tient de Dieu , de ce Dieu a que je nommerai comme il vous plaira , Dieu ,

C FATALITE, HASARD, AUTEUR ENFllT, QUEL Qu'iL SOIT,

« auteur des choses , les laissant faire ou les fai-^ a sant , les souffrant ou les voulant. Vous avouerez f qu'il est le principal coupable ^ si mal il jr a dans ce les inégalités dont vous seriez disposé à vous plain-- « dre. » (Z/f. i**", c^.6, 5o.)

Le panthéiste, le fataliste le plus difficile pourrait-il trouver là quelque chose à reprendre ? Donc, le livre de M. Thîers, de quelque côté qu'on l'envisage, en partant du rationalisme, en ne s'appuyant que sur des faits matériels, ou sur le matérialisme , pour établir le droit de propriété, loin d'atteindre son Jbut , aboutit au, contraire , au scepticisme, au communisme, au droit du plus rusé ou du plus fort.

Donc, il confirme pleinement , aussi bien que le livre de M. Cousin écrit dans les mêmes principes et le même but , toutes les preuves de l'une et l'au* tre partie de notre ouvrage sur les causes du communisme.

344 ^^ COMMUIfISME ET SES CA.USES. ^

Mais ce rationalisme pour qui Dieu peut nëtre que le fatalisme ou le hasard , pour qui l'âme hu* maine nest que le principe vitrant qui anime le corps {pag. 38.) , et dont t essence est la douleur (p. 434.) pour qui la vie religieuse et ses dévouements sublimes ne sont qu'un sombre désespoir et un lent suicide ( ZiV. 2 , ch. 6. ) ; le don , ou Taumône d'un superflu dont on ne sait que faire, qu'une jouissance morale ajoutée à la jouissance physique ( ZiV. i**", ch. 7. ) ; c^ rationalisme pour qui le moyen âge est le temps des atroces douleurs ( £iV. iv , ch. 'jy et passim.)yet\di société, la marche incessante du Juiferrant vers un bien inconnu {Ibid.;pag. 4i 8.); ce rationalisme , pour qui enfin la religion , le christianisme, dans le morceau même appelé par des esprits candides une inspiration dont Dieu a le secret , n'est autre pour la raison que l'unité de Dieu^ comme le 'mabométisme, et de plus, pour le cœur^ la niincà- TiON DE LA DOULEUR ( Ibid. pug. 433. ) , c'cst-à-dirc la plus odieuse absurdité, d'où il suivrait que plus l'on souffre, quelle qu'en soit la cause, plus on s'identifierait en Dieu, et que le meilleur paradis serait l'enfer; ce rationalisme dur , étroit, fataliste, comme la gravitation, n'est-il pas le milieu doctrinal et pratique dans lequel vit, depuis un demi-siècle, l'immense majorité de la bourgeoisie et des fonctionnaires, la presque totalité des euseigneurs et des enseignés du monopole ? N'est-ce pas ainsi qu'ils raisonnent , qu'ils pensent et parlent , qu'ils écrivent^ qu'ils agissent, d'une extrémité de la

France à Tau Ire extrémité ? N'est-ce pas pour eux qu'a été composé le livre de M. Thiers ? Ne sontce pas eux qui ont acheté en quelques jours g,ooo exemplaires de la première édition , après l'avoir déjà lu dans le Constitutionnel; eux qui s'apprêtent à acheter la seconde, et peut-être la troisième, comme ils ont acheté les douze ou quinze éditionsdeson histoire de la révolution française ? Ne sont-çe pas leurs journaux le plus en vogue qui le vantent et Texaltent, eux enfin qui lui ont offert le trône présidentiel? Aussi, de toute part, quelle confiance aux moyens et aux combinaisons matérielles !

Les jours de la justice de Dieu qui s'avancent, et dont les terribles reflets commençaient à éclairer bien des ténèbres , ne sont plus qu'un épouvantai! superstitieux; ces regards qui tout à coup s'étaient tournés vers le ciel , se sont bien vite rabattus vers la terre , tout honteux, et comme demandant excuse de ce mouvement irréfléchi. Les remords se sont évanouis avec la peur; on se rasseoit, rassuré, confiant, presque joyeux, sur le sopha du bien-être ; on reprend^ on relit son Voltaire, on parcourt dans son Constitutionnel les nouveaux feuilletons de M. Sue sur les péchés capitaux , au bas même des victorieuses et ragaillardissantes pages du livre suc la propriété ; puis las , on soupire , on étend les bras, et l'on se rendort doucement entre les bras de la mollesse matérialiste, en redisant : Oh! bah ! ce n'est rien ; le communisme n'est qu'un fait isolé , le mouvement trop brusque de quelques-uns qui va se

perdre dans la nouvelle évolation humanitaire! Quelle puissance de pensée dans cette tête de M. Thiers !... Et le plaisir est bien toujours le but universel : quiconque l'attrape a fait son salut !... Donnons en paix ; nos propriétés ne risquent plus rien : M. Thiers a fait un beau livre pour les défendre...

Cependant, les voix fortement accentuées de deux puissants lutteurs, approchent, se croisent, se heurtent, frappent à coups redoublés et font jaillir des éclairs comme deux glaives acérés. Est-ce le citoyen Proudhon , est-ce M. Thiers ? Je ne sais ; peut-être. L'un ressemble à celui-ci, l'autre à celui-là^ et pourtant, il se pourrait que ce ne fussent ni l'un ni l'autre. Mais qu'importe ! l'essentiel est d'entendre ce qu'ils disent.

CELUI-LA

J'ai distingué votre voix; elle semble me provoquer avec toute l'insolence des héros d'Homère, ou plutôt d'un filateur anglais qui est passé tory.

CELUI-CI

Je ne sais : mes formes pourtant sont toujours parlementaires. ,

CELUI-LA

C'est-à-dire, saxonnes ; car si mes oreilles ne m'ont point trompé , vous auriez dit que nos doctrines

SECONDE PARTIE. ^^'j

sociales consistent à traiter thomme comme un animalj à le nourrir , à le /aire vivre^ comme dans un chenil un grand seigneur fait vivre ses chiens , qu'il aime d'ailleurs et ne veut pas rendre malheureux ^ mais quHl fait manger^ sortir^ courir y rentrer y pulluler au signal de son sifflet , qui est sifflet par un bout et fouet par Vautre, (i) Je ne savais pas que vivre dans la liberté ^ dans V égalité ^ dans la fraternité j que vivre ensemble comme des frères , ce fut vivre ensemble comme des chiens. Ces comparaisons conviennent mieux, ce me semble, à ceux qui ne voient les droits de Thomme que dan^ de grossiers instincts» et ne savent déduire le droit de propriété que des faits et gestes de toutes les bétes de nos ménageries. !

CELUl-Cl.

Est-ce que vous reconnaissez Dieu , vous ? Est* ce que vous admettez le droit divin ?

CELUI-LA

Mais entre des droits qui descendraient de Dieu et des droits qui seraient tirés des instincts ou des moeurs des bétes , nous ne balancerions pas, nous, que vous comparez cependant aux habitués d'un chenil* Autrefois, sous votre compère Louis-Philippe, alors qu'à Tenvi vous parliez de Providence, de' dépit je parlais de Dieu , comme vous en parlez maintenant En voyant sous mes yeux les dou-

(1) De la Propriété , liv. 8 , ch. i , pag. 305.

343 LE GOMHmriSUE ET SES CAUSES.

leurs et l'oppression des pauvres travailleurs , je disais comme vous : a SoiC^ cette Providence, « l'auteur de tout cela^ est un tyran , mais la tyrance nie est égale en tout cas, et cette tyrannie se ma- « nifeste par la nature extérieure qu il faut combatce tre , vaincre^ soumettre à nos besoins j adapter à ce notre bien-être. Unissons-nous donc pour la vain- <c cre, au lieu de nous égorger sur 50/i5eiVï.»(f )Seuleraent , en tenant ce langage, je ne demandais pas, comme vous , pardon du blasphème , je me serais cru hypocrite. Mais depuis que je vous ai entendu dire ce que je viens de répéter, et de plus , que ia religion du Christ était la déification dé la douleur, le moyen âge , temps où régnait cette religion , Fâge des plus atroces souffrances , j*ai réfléchi et j'ai dit en moi-même : Je le connais, il est un des plus avancés de Técole de celui qui a donné pour précepte à ses disciples : Mentez , meniez , il en restera toujours quelque chose ; ce qu'il a donc dit là ne doit pas être vrai; je veux l'éclaircir, et mes études m'ont prouvé en effet que la chose n'était pas.

CELUI-Cr.

Voilà qui est étrange ! Est-ce que le Christ , le Dieu qu'adorent les chrétiens , ne serait pas mort, par hasard, sur une croix, en proie à d'indicibles douleurs? Est-ce que l'Évangile ne répète pas sans

(I) Ibid. livre 4, cb.7, pag. 430. ( Voyez rextroit du livre de M.Proadhon. 1846. repart. d^T^c/àir, pag 62.)

cesse : Bienheureux ceux qui souffrent ? £s^ce que le moyen âge , tout occupé de Dieu jU était point en proie aux plus atroces misères ?

CELUI-L4

Sans doute le Christ est mort sur une croix, mais ce n'est pas pour déifier la douleur et la mort, ce qu'avait fait le paganisme , mais pour les vaincre , au contraire , et les tuer dans leur cause : le péché. Car c'est par le péché , la violation des droits de Dieu et des hommes, dit Paul, le citoyen romain, que la mort est entrée dans le monde, et de même que tous sont morts en Adam, tous retrouvent la vie > dans Jésus-Christ. Puis TÉvangile ne dit pas seulement : Bienheureux ceux qui souffrent » mais , bienheureux ceux qui souffrent /^oi/r la justice , c'est-àdire, pour pratiquer le devoir , la vertu, défendre les droits des faibles et des pauvres, rester justes, fidèles, chastes, libres» charitables, dévoués à leurs frères ; en sorte que le crucifix , loin d'être, comme vous prétendez, la déification de la douleur humaine , est au contraire la déification de l'amour, de la charité, de la fraternité , du dévouement à l'humanité tout entière, à tous les hommes devenus frères en lui. Aussi, ce que vous assurez être impossible , contre nature, ce que l'égoïsme bourgeois ne peut comprendre, ce qu'il insulte avec un gros rire , l'amour de tous les hommes par le sacrifice de soi-même est devenu depuis lors le premier devoir de tous les chrétiens, et les vrais chrétiens l'observent et

35o LE COBIMUWISME ET SES CAUSES.

l'ont toujours observé. Ils n'ont pas besoin^ eux, de bal ni de loterie pour faire l'aumône.

CELUI-CI

J'admire vraiment la révolution qui s'est faite dans vos idées; vous pourriez maintenant faire, en cas de besoin, un curé du faubourg Saint- Antoine ; vous allez sans doute démontrer aussi victorieusement que j'ai calomnié le moyen âge, et que le peuple alors était plus heureux qu'il est aujourd'hui.

CELUI-LA

Un curé , même du faubourg Saint-Antoine , est plus utile, à mon avis, qu'un joueur à la hausse et à la baisse , eùt-il cent mille livres de rente. Quant au moyen âge, c'est avec le secours dé votre autorité 6nancière que je vais montrer, puisque vous le voulez , que le peuple d'alors était plus heureux que celui d'à présent.

CELUI-CI

Je suis curieux vraiment de me voir moi-même ainsi transformé ; prenez garde cependant , les chiffres ne vous réussissent guère.

CELUI-LA

Les vôtres réussissent toujours. Vous donnez comme thermomètre de la prospérité ou de la misère des peuples ces deux axiomes financiers : Pays pauvre , pays esclaffe et impôt direct auec le dowblement, le triplement de F impôt pour ressource

extraordinaire j sont des faits toujours unis. Pays riche ^ pays libre et impôt indirect ^ avee le crédit pour ressource extraordinaire et illimitée , sont encore des faits tout aussi constamment unis que les précédents, (i) C'est bien cela , n'est-ce pas ?

CELUI-CI

Et puis! après.

CELUI-LA

Or, au moyen âge, il n'y avait point ou peu d'impôts directs ; presque tous étaient indirects. Charleroagne fit toutes ses guerres et toutes ses conquêtes sans recourir à l'impôt direct. J'ai lu même quelque part que l'enseignement général de la théologie catholique ne reconnaissait comme vraiment légitimes que les impôts indirects, et les directs, seulement au défaut des autres et pour une évidente nécessité du bien public. Charles YII est le premier en France qui ait rendu les impôts directs, ou les tailles perpétuelles, disent les historiens, et elles étaient alors si peu considérables, que c'était à qui en payerait davantage : il s'agissait de chasser les Anglais. Louis XI, ajoutent-ils, les fit monter fort haut : il y a des écrivains, dit le vieux Moreri, qui disent que ce fut jusqu'à la somme de QUATRE MILLIONS sept ccnt mille livres. Charles yill les diminua, et on dit même qu'il avait résolu de les réduire à deux cent mille livres. Elles ne se

(3) Delà propriété, \ïv. 4, ch. 6, pag. 407.

35l LE COMMUNISME ET SES CAUSES.

perpétuèrent et n'augmentèrent qu'à dater du protestantisme et des principes qui affranchissaient les gouvernements de la suprématie de la morale.Cobbett assure de son côté que la reine Marie, la dernière reine catholique d'Angleterre, régna plus de deux ans et demi (au milieu des difficultés de tout genrej , sans prélever sur son peuple un seul denier evi tkxes quelconques (ou impôts directs); et il ajoute : aussi bifx IGNORA iT-ON, duus ce temps de superstition et d obscurité^ ce que tétaient que les taxes ;il/aut allouer que nous aidons fait depuis de rapides progrès, (i) Vous-même rendez témoignage de ces faits, en convenant, ce qui est évident à tous les yeux, que la révolution bourgeoise de 89 partagea cette opinion^ que c^ étaient des impôts affreux que les impôts in* directs^ qu'il/allait s* en passer, qu'on le pouvait facilement, qu'avec l'impôt foncier réparti sur tous y r impôt personnel et mobilier gradué sur le luxe des logements , avec les portes et fenêtres , V enregistrement , le timbre , etc. on pourrait vivre , et qu'elle agit en conséquence, (i) Tout le monde sait et sent d'ailleurs que c'est par milliard que se comptent maintenant les impôts fonciers, sans compter un autre milliard d'impôts indirects frappant les objets mêmes achetés pour sa propre consommation, et qiii en étaient exempts chez tous les peuples catholiques du moyen âge.

(1) Lettres sur la réforme en Angleterre^ vni% pag. 183. (Yoyex plus haut , pag.

(2) De lapropriété , liv. -4 , eh, 6, pag. 407.

Donc, d'après vous , d'après vos principes financiers les plus incontestables, les peuples dû moyen âge étaient riches, libres, heureux, et les pc uples actuels sont pauvres et esclaves.

CELUI-CI

Cependant, le défaut de propreté, des maisons insalubres, une insuffisante et mauvaise nourrituture, un pain noir frotté d'un peu de lard^ le défaut de vêtements, l'imperfection du commerce, amenaient incessamment des maladies contagieuses ou des famines qui emportaient par millions les populations; actuellement, et grâce à nos révolutions, nous ne voyons rien de semblable.

CELUI-T<A

Oui, je sais que cef sont là vos grands griefs contre le moyen âge, et vos larges moyens de louange pour les temps actuels. Vous y revenez sans cesse, et si les uns et les autres étaient fondés , convenez que ce serait un solide démenti donné à vos axiomes d'économie politique ou financière. Heureusement , vous dites sans difficulté là-dessus le pour et le contre, et souvent dans la même page ; et en fin de compte, votre conclusion habituelle contre nous est qu'il n'y a plus en France que quelques riches^ en petit nombre ^ un peu plus de gens aisés , mais pas beaucoup encore; en^n un nombre infini de gens qui n^ont que le strict nécessaire^ et beaucoup QUI NE LONT MÊME PAS , OU encorc qu'immense

354 ^^ COMMUNISBtE ET SES CAUSES.

est le nombre de ceux qui it'ort que le NicESSAiREi

ou MOINS QUE LE NÉCESSAIRE. YOUS COmptCZ VlBGr>

QUATRE MILLIONS d ugriculteurs dont la vie se passe en prii^ations ^ travaillant sans relâche ^ hiver j été^ toujours courbés sur la terre , mangeant un pain noir , quelquefois de la pomme de terre ou de la châtaigne , des légumes avec un peu de lard, et de la viande pas souvent. Ce peuple d'agriculteurs a des sabots pour chaussure , un gros tissu de laine , point foulé, pour vêtement.... Fous comptez six millions d'ouvriers, d'artisans, dont la vie moins dure, semée de temps en temps d'abondance pas^ sagère , est exposée à des interruptions de travail désolantes, puis, des hommes de tous les rangs que la fortune délaisse, beaucoup d enfants de la bourgeoisie qui se pressent à Ventrée de toutes les car^ rières libérales. Et vous dites : Certainement Uy a du mal, beaucoup de mal, il faut en diminuer la somme. Il faut convertir ce pain noir en pain blanc, ces légumes arrosés d'un peu de lard en viande, ces HAILLONS en un bon vêtement, cette chaumière FÉTIDE en une maison bien bâtie , cette ignorance BRUTALE en douce intelligence des choses, cette STUPiDE ENVIE en une fraternité sincère, mais il FAUT EN PRENDRE LE TEMPS et y procéder par des moyens éprouvés , ce qui n exclut pas les moyens nouveaux.... Il est possible de pourvoir à la vieillesse de touvner infirme et malade.... Donnons de meilleures lois à l'agriculture et au commerce, répartissons autrement, s'il est possible, les charges

sociales ^ organisons la bienfaisance publique y exci-^ tons la bienfaisance particulière.... (i)

Ainsi, toutes les accusations que vous portez contre le moyen âge, vous êtes obligé, en en ajoutant beaucoup d'autres, de les porter contre ce qui se passe sous nos yeux. Encore ne dites-vous rien de la peste, qui, sous le nom de choléra, a trois fois en vingt ans , sans compter la quatrième qui commence , décimé nos villes et nos campagnes , ni de la dégénération de la jeunesse de nos cités industrielles, où, sur trois cents conscrits, Ton trouve à peine cinquante à soixante hommes capables de porter le mousquet et de faire une campagne (a) ; rien de la famine en Irlande et dans quelques contrées d'Angleterre , malgré la perfection du commerce de ce pays. (3)

(1) Ibîd. liv. 3 , ch. 2, pag. 2tl et liv. 4 , ch.7, pag. 413 ,415, 418, 430, 422, etc.

(2) A Arras , il y a quelques années, sur 282 conscrits, on a été obligé d'épuiser tous les numéros sans pouvoir trouver les 74 hommes demandés pour le contingent de cette ville. A Cambrai, il a falhi aller jusqu'au numéro 163 , pour trouver 47 hommes.

(8) Tout le monde connaît Tétat de Flrlande. Or, Cobbett atteste comme un état permanent prouvé par la taxe des pauvres augmentant sans cesse,que « dans le Yorckshire, les infortunés disputent « aux pourceaux la dégoûtante nourriture que contiennent leurs au- « ges; que, dans le Lancashire et le Cheshire, ils dévorent la chair « des chevaux morts; que, dans le Hampshire et le comté de Sus- « sex, on les attelle , ainsi que desbétes de somme, à des voitures « chargées de gravier; et qu'enfin, par toute TAngleterre^ils reçoic vent une nourriture plus mauvaise que celle des criminels dans « les prisons. »(Le^^re XVI.)

356 L12 COMfitUNISME ET SES CAUSES*

CËLUl-Cl.

Tout cela était pire au moyen âge. .

CELUI-LA

D'après vos axiomes , c'est impossible ; et d'après l'histoire, c'est tout à fait inexact. D^abord, le nombre des riches et des personnes aisées était incomparablement plus grand, puisqu'on a volé et vendu en 89 et années suivantes, de leurs biens pour plusieurs milliards , et que ces biens ne payaient aucun impôt foncier; puisqu'il y avait, pour la vieillesse 9 pour les infirmes , pour les pauvres , pour tous les besoins, des hospices et des fondations sans nombre, et que l'on trouvait toujours dans les monastères, et l'hospitalité, et des secours abondants pour la nécessité. Quant aux serfs, de tous les paysans les plus malheureux, ils recevaient pour nourriture, dit le ministre protestant Hurter,du pain, de la viande et de la bière ; les garçons de ferme avaient eux-mêmes, avec cette nourriture, des vêtements, et étaient assurés, pendant toute leur vie, de travailler dans la ferme et d'y ê tre soignés.( i )£t Cobbe 1 1 prouve, d'après des actes officiels, que, dans le même temps, en A ngleterre, le bœuf, le porc , le mouton et le veau,

(1) Tableau des institutions et des moeurs du moyen âge^ tom. Il , pag. 129. Dans le tom. 111 , pag 295 , il cite une chronique de 1184 , où on lit, entre autres choses, contre le luxe de ce temps: « Les bottes , qui autre/ois étaient à Vusage de peu de person»

• nés et seulement des nobles y sont aujourd'hui la chaussure du

• peuple* »

SBCOlfDE PARTIE. 357

étaient la nourriture des classes pauifres , qu'un charretier gagnait dans sa journée plus que la valeur d'une bonne oie grasse, une femme,*pour une journée de sarclage, le prix de quatre bouteilles de vin rouge, le moissonneur, la valeur d'un habit de drap en moins de six jours , la valeur d'une paire de souliers par jour , ou un mouton gras en quatre jours ^ ou bien un porc gras de deux ans en douze jours, ou bien encore, en vingt jours, un bœuf engraissé à rétable. Âh! s'écrie-t-il en concluant, combien le sort de ces gens-là n'était-il pas à plaindre, ensevelis qu'ils étaient dans les bigotes superstitions du papisme, tandis que, maintenant, avec les progrès du protestantisme et du philosophisme, les juges de la cour du banc du roi ont déclaré que la nourriture générale des ouvriers anglais était le pain et l'eau !(i)

CELUI-Cl.

Nous avons l'égale admissibilité de tous les citoyens auxeipplois^ sans autre distinction que celle des talents...*

CELUI-LA

Mais constatés par des examens et des grades arbitraires et des certificats d'études que les neuf dixièmes et demi des jeunes gens ne peuvent suivre, tant elles coûtent cher, tandis qu'autrefois,

(!) Histoire de la Réforme en Angleterre ^ eh. t^^pag, 371 et suiv.

chaque commune avait son école gratuite, chaque monastère, chaque ville, son collège également gratuit , ouvert aux enfants pauvres comme aux enfants riches , et les rendant propres à tous les ero> plois. Or, toutes les fondations et tous les biens de ces écoles et de ces collèges, ont été dévorés aussi par les révolutions de la bourgeoisie ; et il faudrait, pour rétablir de simples écoles primaires gratuites, frapper d'énormes impôts dont les pauvres payeraient encore sur leur nourriture la plus grande partie.

CELUI-CI

Pourtant, nos progrès en civilisation sont incontestables, et ils sont descendus jusqu'aux dernières classes du peuple. Vous-même, naguère encore, les proclamiez avec nous jusque sur les toits....

CELUI-LA

Abusé parles menteries philosophiques des journaux, des romans et des cours d'histoires de la bour* geoisie universitaire. Mais depuis, j'ai voulu voir par moi-même, et j ai vu. Nous n'avons fait de progrès que dans la misère et dans le crime. En dix ans, disait M. Guerry dans un travail lu à l'académie des sciences morales et politiques, le nombre total des crimes et des délits ordinaires s'est élevé de 67,669 ^ 79î93o : c'est une augmentation de SgV.. Durant ce même intervalle, le nombre des crimes de faux témoignage et de subornation de témoins a

SECONDE PARUE. SSq

augmenté du quart 9 celui des assassinats et des ten* tatives d'assassinat^ du tiers et au delà , celui des attentats à la pudeur sur des enfants de moins de seize ans, à plus du double, et celui des parricides, à plus du triple. Les procès eu séparation et les faillites ont suivi le même progrès. On compte 35,ooo enfants abandonnés par an , et le nombre des infanticides passe toute proportion. Le nombre des fous et des idiots grandit également chaque an* née (i)> et celui des suicides, croissant encore plus

(1) Le docteur Esqairol , qui a consaeré de longues années à Té* tude de ^aliénation mentale, démontre mathématiquement: 1* que le nombre des fous a considérablement augmenté en Europe depuis 60 ans ; T qu'il y a plus de fous en Angleterre que partout ailleurs, et plus en Allemagne et en France qu'en Espagne et en Italie , c'est-à-dire , que Taugmentaiion des aliénations mentales sont en raison directe de Taffaiblissement de la foi. Il ne craint pas d'en faire l'aveu : « Depuis 30 ans , dit-il , les changements qui se sont « opérés dans nos mœurs en France, ont produit plus de folles que « nos tourmentes politiques. Nous avons changé nos antiques usa* a ges, nos vieilles opinions, contre des idées spéculatives et des c innovations dangereuses. La religion n'intervient que comm^ « un usage dans les actes les plus solennels de la vie ; elle n'apporte « plus ses consolations et l'espérance aux malheureux ; la morale « religieuse ne guide plus la raison dans le sentier étroit et difficile « de la vie. Le froid égoïsme a desséché toutes les sources du senti- « ment ; il n'y a plus d'affections domestiques , ni de respect , ni « d'amour , ni d'autorité, ni de dépendances réciproques. Chacun « vit pour soi ; personne ne forme de ces sages combinaisons qui « liaient â la génération future les générations présentes. Les liens « du mariage ne sont plus que des hochets dont se pare le riche par (^ spéculation ou par amour-propre, et que néglige le bas peuple par « dédain pour les ministres des autels , par indifférence et par lif bertinage. » ( Dict. des sciences médicales « art. Folie, )

36o LE COMMUNISME £T SES CAUSES.

vite, surpasse de plus du triple tous les autres attentats à la vie réunis. On vote chaque année plus de onze millions pour les prisons, et à peine un seul pour les hospices. Et cependant, que de crimes ignorés ! Que d'autres crimes constatés, mais dont personne n'est accusé ! M. de Peyramont, magistrat, disait eu 1839 à la chambre des députés, que Tannée précédente, i838, sur 800 attentats à la vie de Fhomme constatés, 335 étaient restés sans répression. En Angleterre, c'est pire encore, et d'après un rapport à l'académie des sciences politiques et morales de M. Moreau de Joannès , le progrès en fait de crimes l'emporterait sur le nôtre de ai pour V», près du quart. Or, franchement, je ne pense pas que le progrès en fait de vols, d'assassinats et de suicides, soit la preuve d'une aisance ascendante, et que l'on songe à se tuer et à tuer les autres, ou à voler, quand on ne manque de rien et qu'on est riche et heureux.

CELUI-CI

Enfin , je le vois , vous reniez la révolution et le progrés révolutionnaire.

CELUI-LA

Oui, toutes vos révolutions voltairiennement bourgeoises, je les renie et les exècre.

CELUI-CL

Vous exceptez celle de 93.

' SECOHDE PARTIS. 36 1

CELUI-Là.

S celle de gZ que celle de 89. Est-ce que re n'était point un avocat , Marat un méletier un magistrat légiste, et la majorité les, des bourgeois ? Mais llieure de la juse la bourgeoisie a sonnée et le peuple issé par la colère de Dieu, s'apprête à se me un seul homme pour lui demander i toutes ses révolutions, et de ce qu'elle rates les institutions populaires qu'avait religion catholique.

CELUI-CI

rgeoisie vous attend de pied ferme, et ous reniez la civilisation , elle la main-

CBLUI-LA.

toujours, elle maintiendra Toppression es, par la ruse et par la force brutale. Le struit par vos exemples , saura recourir » moyens.

art et d'autre, au lieu de regarderie ciel, r franchement à cette religion du Christ onnaissait et don( on vantait parfois les tbles bienfaits, elle qui seule a des remè- ;es pour toutes les blessures de^ peuples ; se réconcilier dans son sein, en recon-

35a LE COMMUHISMB BT SES CAUSES.

naissant la souveraineté de Dieu sur tous, on ne songea plus qu'à se surprendre mutuellement par la ruse , à s'écraser par la force , et des deux camps opposés, on entendait mugir, comme une tempête des Antilles^ le chant de la spoliation et des ruines:

Aux armes , citoyens ! formez vos bataillons.

Taons, rasons !

A la Tietmre, et terres et maisons!

Et l'esprit de Dieu sembla ne plus pouvoir habiter avec les hommes, et pour les châtier, il n'eut pas besoin d'appeler des fléaux inconnus : il lui suffit de les livrer à la honte, à l'esclavage , aux décfal^ rements et aux violences de leurs doctrines.

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