PREMIÈRE PARTIE. IgS
« essence infinie j moins je la conçois; mais elle est, « cela me suffit ; moins je la conçois , plus je l'ait dore »
Rapprochons ces passages des principes posés en commençant, et de leurs contradictoires partout ailleurs : a Les plus grandes idées de la Divinité nous « viennent par la RAISON SEULE (pag. 8i.); » et par elle, on vient de dire que l'on ne conçoit rien de Dieu , que tout ce que l'on en affirme , on l'affirme sans le comprendre, qu'on n'en a aucune idée absolue ; qu'o/i ne conçoit pas même comment Dieu peut être ainsi, et que, dans le fond, c'est tout comme si l'on n'en affirmait rien.
Et (pag, 92.): a Le Dieu que j'adore n'est point c un Dieu de ténèbres; il ne m'a point doué d'un « entendement pour m'en interdire l'usage : me dire « de soumettre ma raison , c'est outrager son aua teur. » Et enfin : « Mon entendement borné ne « conçoit rien sans bornes ; tout ce qu'on appelle « INFINI m'échappe. Que puis-je nier , affirmer ? c Quels raisonnements puis-je faire sur ce que je « ne puis concevoir ?» Or, Dieu est infini , il est sans bornes, ou il n'est pas; donc, je ne puis ni le nier, ni l'affirmer , ni faire sur lui aucun raisonnement.
Donc, sur Dieu même, négation , scepticisme et contradiction.
— Dieu créateur ou la création : « Le monde « est-il éternel ou créé? Y a-t-il un principe unique « des choses ? Y en a-t-il deux ou plusieurs? Et quelle
196 LE COMMUNISME ET SES CàUSES.
d*étre,se soient créées de leur propre néant Dans le premier cas, c'est la création, qu'il vient de rejeter comme incompréhensible ; dans le second , c'est la contradiction de ce qu'il vient de dire, car, si Dieu a tiré les choses de lui , elles coexistaient dans lui , aussi anciennes que lui : il ne pouvait donc être avant elles. Dans le troisième cas , c'est une absurdité comme il ne s'en est jamais produit aux petites maisons. Mais continuons ; il va de nouveau nier tout ce qu'il vient de dire.
« Qu'un être queye ne conçois pas donne l'existt tence à d'autres êtres , cela n'est qu'obscur et in- « compréhensible (et par conséquent, doit être re- « jeté); mais que l'être et le néant se convertissent a d'eux-mêmes l'un dans l'autre, c'est une contradica tion palpable , c'est une claire absurdité. » Ce qui signifie , si toutefois il y a dans ces mots un sens quelconque, que Dieu n'a pu rien tirer du néant, que nous et le monde avons l'être de nous-mêmes aussi bien que lui , et que nous sommes, par conséquent. Dieu comme lui. Et nous voilà de nouveau en plein panthéisme, en plein matérialisme, en plein communisme , en plein absurde , et dans la plus vaste et la plus irrémédiable anarchie.
Il di t,du res te, avec M.Cousin e t toutl'enseignemen t universitaire (pag.49.) -^^ Celui qui peut tout, étend, « pour ainsi dire, son existence avec celle des êtres. « Produire et conserver sont l'acte perpétuel de la t puissance; elle n'agit point sur ce quin'estpoint.» Ce qui est la confession claire d'une substance uni-
PREMIÂRS PABTIB. 197
que 9 et affirmer encore une fois que tout est Dieu. Et pourtant (pag. 4^.), il démontre qu'il est impossible de n'admettre qu'une seule substance , parce qu'il Y en a dont les qualités primitives s'excluent mutuellement, comme l'esprit et la matière, et qu'il Y a autant de diverses substances qu'on peut faire de pareilles exclusions.
C'est donc , comme on voit , c'est toujours contradiction sur contradiction, le pour et le contre^ le oui et le non sur tout et en tout, le plus inimaginable, le plus absurde scepticisme.
Il en est de même de F âme , d'une autre vie, de T immortalité y de tout; il affirme, il nie, il doute, il ne sait pas. a Nous n'avons point, dit-il (pag. 17.), « tout en commençant, la mesure de cette machine a immense; nousn'enpouvonscalculer les rapports; # nous n'en connaissons ni les premières lois ni la c cause finale ; nous nous ignorons nous-mêmes ; 9 nous ne connaissons ni notre nature ni notre prin- « cipe actif; à peine savons-nous si l'homme est un « être simple ou composé ; des mystères impénétra- « blés nous environnent de toutes parts ; ils sont aua dessus de la région sensible ; pour les percer, nous « croyons avoir de l'intelligence, et nous n'avons que « DE l'imagination. Chacun se fraye , à travers ce flc monde imaginaire, une route qu'il croit la bonne;
a NDLNE PEUT SAVOIR SI LA SIENNE MÈNE AU BUT.... II ne
« m'est pas plus possible de concevoir comment ma c volonté meut mon corps, que comment mes sen* « sations affectent mon âme. Je ne sais pas même
igS LE COMBfCNlSME ET SES CAUSES.
c pourquoi l'un de ces mystères a paru plus explicc cable que l'autre. Quant à moi, soit quand je suis « passif, soit quand je suis actif « le moyen d'union « des deux substances me parait absolument incom* « préhensible.... (pag. 3o.) » Or,o que puis-jfe nier y « affirmer? Quels raisonnements puis-je faire sur ce « que je ne puis concevoir ? (pag. Sa. ) » Il affirme pourtant qu'il a une âme, sans savoir quelle est son essence y ce qui ne l'empêche pas de la dire spirituelle, et d'ajouter immédiatement : « Je ne puis o raisonner sur (ce que je ne conçois pas), sur des ce idées que j'en ai pas.... » Et un peu plus loin: a Quand j'entends dire que mon âme est spirituelle « et que Dieu est un esprit, je m'indigne contre cet « avilissement de t essence divine ^ comme si Dieu et « mon âme étaient de même nature! » (pag. 56.)
Il semble admettre l'enfer; il semble en douter; il s'écrie enfin : « Qu'est-il besoin d'aller chercher a l'enfer dans l'autre vie? il est dès celle-ci dans le et cœur des méchants. » (pag. Si. 54 et 55.) Il n'y a qu'un petit inconvénient à cette croyance: c'est que les méchants s'accommodent de ce châtiment sans trop se plaindre, car il n'y en a pas un presque qui ne désirât de le voir, ainsi que leur vie, durer toujours.
Il nie le péché originel, et il dit qu'il y a dans nous des combats inexplicables; il nie la prière, et il prie ; il nie la présence réelle et toutes les cérémonies du culte, et il dit la messe et observe ses cérémonies avec k plus scrupuleuse exactitude.