PREMIÈRE PARTIE. ao
pour le genre humain et les philosophes les plus autorisés?
l'autre.
Nous sommes, héroïque vieillard, les grands hommes de l'école éclectique, les fondateurs delà philosophie française. Nous sommes la tradition permanente du genre humain, parce que nous faisons gloire , et c'est ce que signifie le nom de notre école , de choisir et de prendre les idées et autre chose encore, partout où nous les trouvons. De tous Jes philosophes , nous sommes aussi les plus autorisés, parceque, depuis plus de vingtans , nous nous AI3TOR1801IS nous-mêmes et que irous n'autorisons QUE nous.
l'un.
Peste ! le moyen d'être pauvres et d'avoir tort avec de telles précautions ! Mais cette autorisation que vous vous donnez ainsi , quel empire peut-elle exercer sur les intelligences des autres, et de toute une grande nation aussi éclairée surtout que la nation française ?
l'autre.
Quel empire ? un empire souverain. Nous sommes l'esprit, la raison, la conscience de l'état. Devant nous, devant nos décrets, nos ordonnances, nos arrêtés, nos statuts, s'inclinent avec respect et soumission , tribunaux, conseils administratifs, et les départements et les communes , le peuple sou-
ao8 LE COMMUNISME ET SES CAUSES.
à l'obscur, au faux, à l'absurde! (i) Il vous livre, m'avez-vous dit, son esprit, son cœur, son âme, son corps, son être tout entier, à vous, philosophes, à votre athéisme , à votre scepticisme sans règle et sans frein , avec plus de docilité qu'il ne les soumettait autrefois à l'Église.
l'autre.
Avec plus de docilité, sans aucun doute; jamais l'Église n'a poussé si loin que nous sa domination. Elle ne s'occupait, dans sa surveillance en matière d'enseignement et dans sa censure des livres, que de sauvegarder son dogme et sa morale , laissant pleine liberté dans tout le reste , tandis que notre suprématie, à nous, s'étend sur tout, sur les dogmes comme sur la morale, sur les lettres comme sur les sciences , sur les langues comme sur l'histoire, sur les méthodes comme sur les prononciations ; nous sommes les éditeurs exclusifs de tous les livres classiques, des évangiles, même des alphabets.Tout s'incline devant notre souveraine juridiction et notre science universelle. Bien plus, cette grande et sublime nation , cet excellent peuple français nous émarge chaque année, sur ses budgets de toute sorte, les millions par centaines, pour que nous voulions bien nous charger et prendre soin de sa conscience, de sa raison , de ses opinions, de ses mœurs , de sa liberté ; et de père en fils ,
(1) Voyez les discours de Rousseau sur les sciences et les arts, sur rinégalUé, et sa profession de foi elle-même. pag. 18 et mÎT*