PREMIÈRE PARTIE. aog
entre nous soit dit , nous exploitons tout cela
comme notre chose.
l'un.
C'est un mystère qui passe ma raison ;il faut que ce peuple soit prodigieusement abêti depuis que TOUS l'avez fait Dieu.
l'autre.
Profond penseur, vous savez bien, et quelle démonstration magnifique n'en avez vous pas donnée ! que l'homme-béte est beaucoup plus près de la nature que l'homme civilisé. Aussi le progrès en ce sens du peuple français est-il si rapide, que le chef de l'état vient de nous prier de le tempérer un peu ; et voilà pourquoi , après nous être consultés, nous venons de lui administrer la profession de foi de votre Vicaire savoyard , comme une potion calmante.
l'uw.
Comment donc ? une potion calmante ! prenez* TOUS donc mes œuvres pour une boutique d'apothicaire?
l'autre.
Non pas certes , mais pour la vraie pharmacopée des âmes et des peuples, selon le langage antique: il y a tant de douceur et de vertu dans vos doctes médicaments !
2 la LE COMXUHISIUE ET S^ CAUSES.
la conduite que j'ai tenue et que j'ai supposée à mon Vicaire savoyard, pour plus de ressemblance. Il s'en explique lui-même , on ne peut plus clairement (page i3): «On nous dit que la conscience est « l'ouvrage des préjugés ; cependant, je sais par mon « expérience qu'elle s'obstine à suivre l'ordre de la « nature contre toutes les lois des hommes. On zhezu a nous défendre ceci ou cela , le remords nous re- « proche toujours faiblement ce que nous permet la cr nature bien ordonnée, à plus forte raison ce qu'elle « nous prescrit. O bon jeune homme ! elle n'a rien tf dit encore à vos sens (et je lui avais déjà compté, et par le menu , toutes mes fredaines en ce genre, sans qu'il les désapprouvât , parce qu'elles étaient aussi les siennes); a sou venez- vous qu'on l'offense « encore plus quand on la prévient que QUAJfn oir
c UL COMBAT. »
l'autre.
Je sais bien que votre Dieu est comme le nôtre. Dieu , nature , humanité , et que nos professeurs en tirent, avec précaution pourtant, les mêmes conséquences ; mais pour le peuple, qui vit de fictions , le nom est tout , et peu importe la chose. Vous admettez aussi la spiritualité de l'âme.
l'uw.
Il est vrai , je parle là-dessus comme sur beau* coup d'autres choses , mais je dis en termes exprès queye sais que l'âme est , sans saifoir son essence^ et
PHEMli^RE PARTIE. âl3
que je ne puis raisonner sur des idées que je n'ai pas. Et plus loin : Quand /entends dire que mon âme est spirituelle et que Dieu est un esprit Je m* indigne contre cet avilissement de F essence divine^ comme si Dieu et mon âme étaient de même naturel
t'AUTRE.
Oui^ je sais bien que la chose n'est pas si claire^ et que , dès que nous posons en principe , vous aussi bien que moi , que Dieu n'a rien pu tirer du néant, mais qu'il a tout tiré de lui-même, et la matière et l'esprit , que la création n'est qu'une extension de son existence à d'autres êtres ^ comme vous dites si philosophiquement , force nous est bien d'avouer que la matière est divine aussi bien que l'esprit, et que. Dieu étant l'une et l'autre, par conséquent^ il n'y a pas entre les deux une bien grande différence. Mais le peuple n'y regarde pas de si près , et lui dire qu'il a une âme, cela ne laisse pas que de le retenir.
l'un.
Mais encore une fois , je ne vois pas en vérité ce que vous trouvez dans ce Dieu-là, ou dans cette âme, qui n'a ni enfer à craindre, ni préceptes positifs à observer, d'inconciliable avec la communauté des biens et des femmes. Tout au contraire , dès que l'essence divine est aussi le fond de la nature de chaque homme et de chaque femme , aussi bien quede chacun des animaux, sur quoi pourriez-vous ,
ai4 EL COMHUlfISME ET SES CAUSES.
VOUS fonder pour autoriser ou maintenir entre eux une inégalité quelconque ? En vertu de quel principe donneriez-vous aux hommes d'autres lois que celles de la nature et de leur instinct ? Aussi entendez comme, d'un bout à l'autre de sa profession de foi, mon Vicaire proteste contre toutes les lois religieuses et profanes inventées par les hommes, et comme il en appelle sans cesse aux lois de la seule nature, interprétées par la raison de chacun, tout en levant son chapeau aux cultes établis et au mariage, comme le veut la prudence, mais seulement quand on n'est pas le plus fort et qu'on a à craindre les susceptibilités des maris!