PREMIÈRE PARTIE. ÛJQ
« est urgent, mais il faut qu'il soit efficace Une
« corruption sourde et latente se glisse au sein « même des campagnes. On a, il est vrai, bâti des <x salles d école plus aérées et des chambres d'insticr tuteurs avec grenier au-dessus. On a tapissé Tinte térieur de la salle de tableaux de ba, be, bi, bo, « bu, et de figures d'animaux artistement coloriées, a L'instruction prend à peu près partout les appaa rences et les semblants d'une culture variée et «t florissante. Mais Véducation manque , et les le- « çons de morale religieuse ne pénètrent pas assez a les jeunes enfants , filles et garçons ; on ne leur « apprend pas assez à aimer Dieu dans le ciel et a leurs parents sur la terre, qui sont les représen- <c tauts de Dieu. Ceci est tout à fait digne de fixer « l'attention sérieuse du gouvernement. C'est son a devoir, c'est aussi sou intérêt; car un peuple qui
C h'a pas de règles sures de moralité , NE PEUT «t AVOIR LE SENTIMENT PROFOND DE LA LIBERTÉ NI DE a l'ordre ; ET SANS ORDRE NI LIBERTÉ , IL N'Y A PAS
• DE GOUVERNEMENT POSSIBLE. » (Cormenin. Rapport à V Académie des sciences morales , sur r empoisonnement par F arsenic^
a II est donc urgent , » disait deux ans plus tard le premier président de la première Cour d'appel, c d'écarter de nos écoles l'indifférence de la reli* « gion , l'oubli des dogmes , la négligence des pratic ques ; il faut préserver notre corps social d'une c influence funeste. Plus que bien d'autres , je suis, m dans mes fonctions habituelles, à portée de re*-
lO.
a connaître la voie périlleuse où nous marchons. a Je ne vous déroulerai pas un tableau qui contriste « fréquemment la justice, dans rappréciation de (c tant d'actes injustes ou malhonnêtes de la vie cia vile, et de leur défense témérairement entreprise. « Je ne vous affligerai pas de détails d'immoralité, « de perversité , de forfanterie de crimes, se faisant « un théâtre de l'échafaud, et dont les récits devien- « nent malheureusement populaires. Il n'est qu'un a remède efficace à ce désordre profond : c'est une a éducation sincèrement religieuse ^ qui ne soit pas « un accessoire facultatif de l'enseignement litté- « raîre, mais qui entre dans tous ses moyens, res- « sorte de toutes ses parties, dont l'exemple accom- « pagne le précepte. » (i)
a Ce remède est infiniment senti par les hommes a qui réfléchissent ; il était naguère avoué par un « personnage aifantageusement placé pour voir et
(1) Déposition de M. l'abbé Serre, premier TÎcalre de St-Thomasd*AquÎQ , dans l'enquête sur le 15 mai et les journées de juin.
« Il a entendu parler d'une congrégation d'ouvriers;
il la croit dans d'excellentes dispositions, et si les. événements de février se sont accomplis avec tant de générosité de la part du peuple , le témoin pense qu'on le doit en partie à l'association de St- Vincent-de-Paul pour les jeunes gens, et de St-François-Xavier pour les ouvriers. M. l'abbé; Ledreuille est le directeur de cette congrégation. Presque tous les enfants de la Garde mobile sortent de cette congrégation et de l'école de M. l'abbé Bervanger. » Or« tout a été fait par Tétat-Louis-Philippe pour faire fermer cette école, et Ton est allé jusqu'à traduire en police correctionnelle ,'et à faire condamner , si la mémoire ne nous tàl défaut , M. rtbbé Bervanger lui-même.
PREAIIÈRE PARTIE. m
^ juger f (M. Villemain). S'épanchant fâmilièreiDent a avec un de ses anciens condisciples , qui n'a pas a confié ses fils à V enseignement universitaire: Ce a n'est pas certainement l'instruction qui nous a manque, lui dit-il, c'est le sens moral. »
Sous un autre rapport , voici le témoignage du plus grand écrivain des temps modernes , et au point de vue des intérêts vers lesquels , de nos jours , tous les autres convergent : « N'en déplaise ,» disait, dès 1817 , M. de Chateaubriand à la Chambre des pairs, « n'en déplaise à ceux qui n'ont ad- « ministre que dans nos troubles , ce n'est pas le « gage matériel , c'est la morale d'un peuple qci « fait le crédit public »
« Quand vous seriez maîtres de la moitié de l'Eu- « rope, si vous n assurez les fortunes particulières ^ « vous n'aurez point de fortune générale. »
a La France , pendant le règne révolutionnaire , c a possédé tous les biens du clergé , des émigrés , c de la couronne , tant sur son vieux sol que dans « ses conquêtes, et la France a fait banqueroute. »
« La France, sous Bonaparte, levait des contri- « butions de guerre énormes , augmentait chaque « année le domaine extraordinaire, et tous les ans, « il y avait un arriéré indéfini, et un arriéré indéfini « est une banqueroute. »
Sous Louis-Philippe , en pleine paix , le budget , chaque année, grandissait et atteignait des pro* portions inouïes dans nos annales financières ; et cependant , la dette flottante croissait chaque an-
aa2 LE COHMU]llSM£ ET SES CA.USES.
née indéfiniment, et menaçait de la banqueroute, ou de tous les embarras financiers qui écrasent maintenant la république.
« Ce n'est donc point, conclut le célèbre publia ciste y le gage matériel , encore une fois , qui fait c le crédit , c'est la justice. Soyez intègres, moraux, a religieux surtout^ et la confiance que Ton aura « dans votre probité vous fera trouver des tréa sors » (Séance du m mars 1817.)
De quelque côté que Ton considère la question sociale et le fléau qui menace de tout engloutir, il n'y a donc qu'un seul remède possible, dans la conviction des hommes éroinents de tous les partis honnêtes :
C'est l\ religioic , c'est la morale positive qu'elle seule enseigne.
Et cependant , les idées subversives , déposées , pendant près d'un siècle, dans les têtes des nouvelles générations par l'enseignement général et forcé de l'état, fermentent partout, et tendent, sous toutes les formes , à se traduire en actes. C'est une loi^ loi inflexible , nécessaire comme la logique; les mœurs elles-mêmes , quelles que soient leurs résistances , sont obligées de plier et d'en subir les dissolvantes conséquences. Et ce mal immense grandit encore: comme une mer qui a rompu ses digues, il monte, s'élargit, chaque année, chaque jour, à chaque heure , et menace de tout envahir. L'Église, entravée , enchaînée dans tous ses enseignements , dans tous ses ministères 9 par une multitude de ser-
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vitudes savamment combinées, voit ses efibrts incessants atténués , paralysés , presque anéantis. La force de son ascendant, de sa divine autorité, lutte encore, comme un profond souvenir , dans les masses , dont, pendant quinze siècles , ses ineffables mystères ont pénétré jusqu'au sang ; mais chaque jour, on sent ce souvenir baisser, s'effacer, s'éteindre comme une lampe sans aliment ; chaque jour , on sent son action s'évanouir , comme celle d'un levier sans point d'appui ; et l'on voit les populations, d'hommes surtout et dans les meilleures cités, lui échapper, pour se ranger sous quelqu'une des formes du communisme.
Les mesures préparées pour bannir des écoles des filles jusqu'aux maternelles auxiliaires que l'Église de France y avait conservées par les plus grands sacrifices (la reconnaissance passive, entre autres, de la suprématie de l'état, en matière d'enseignement), menacent de faire marcher de pair, dans l'un et l'autre sexe des campagnes et des villes , la corruption et l'anarchie d'une impiété sans frein , comme depuis longtemps l'avaient annoncé les habiles placés à la tête de la conspiration anti-sociale. Les ténèbres grossissent, s'élargissent, s'épaississent de toutes parts ; l'atmosphère pèse lourde sur les poumons oppressés, et plus d'un éclair annonçant la foudre et la tempête, ont déjà sillonné la nue.
Qui donc rendra aux esprits les croyances et la foi?
a24 l'S COMMUNISME ET SES CAUSES.
Qui donc redonnera aux cœurs la morale positive et les généreuses vertus qui marchent à sa suite?
— L'état?
Mais l'état, nous venons de frémir à la démonstration , n'a ni autorité , ni mission en pareille matière, et l'incontestable expérience d'un siècle* entier, et des vingt dernières années surtout, est là pour l'attester , à défaut des démonstrations logiques, aux plus aveugles et aux plus impies, par des faits lamentables.
Mais c'est de l'autorité, une autorité souveraine comme Dieu, qu'il faut pour inculquer des croyances , enseigner et faire pratiquer la morale, rasseoir la société sur ses fondements ébranlés. Mais c'est une grâce toute-puissante de mission divine qui est nécessaire pour toucher les cœurs et incliner les esprits.
— La philosophie ?
Mais les faits encore ici en disent plus que les discours. La philosophie, c'est l'anarchie systéma* tisée. C'est elle qui a créé parmi nous , nourri et propagé le communisme. Nos démonstrations sur ce point encore ont été poussées jusqu'à l'évidence; et l'appui que l'état a donné à la philosophie , en la couvrant de son nom , en l'engraissant de l'or de nos budgets, n'a servi qu'à donner à l'anarchie, à la dissolution convulsive de tous les liens, l'extension et les proportions fatales qui secouent et agitent le monde, et font pencher vers les abîmes les sociétés les mieux affermies.