INTRODUCTION. XI
homme ; la foi , la raison , la conscience ^ le sentiment même de la conserration , l'ont abandonné; il est descendu au-dessous de la brute.
L'objet de cet écrit est donc d'étudier les causes du mal , qui , sous le nom de communisme , menace d'une ruine totale toutes les sociétés. Impossible , sans les connaître , d'apporter à ce mal un remède efficace. C'est à elles qu'il faut remonter , quoiqu'il en coûte; elles qu'il faut sonder dans toutes leurs profondeurs , si nous ne voulons périr. Le temps des palliatifs est passé; ils ne feraient qu'élargir la plaie et la rendre tout à fait incurable, ou ne la cicatriseraient à Tépiderme, comme naguère, que pour laisser le virus exercer à l'intérieur les plus affreux et les plus irrémédiables ravages.
Les causes du mal une fois connues, démontrées , il nous sera facile d'assigner les véritables remèdes. Puissent-ils ne pas venir trop tard, et trouver des esprits et des cœurs dociles!
On le voit déjà, notre parole sera franche , indépendante de tous les partis , dure et hardie parfois , mais toujours , nous l'espérons , juste et vraie. Cette impartialité , l'amour de notre pays , les maux qui le menacent et qu'il nous serait doux de conjurer au prix de notre sang, seront notre excuse , et nous feront trouver
LE
DELl ESPÈCES DE CACSES DMS LE COIlllSIE.
divisiOjV de cet ouvrage.
Vœ nobis quia decUnavit dies , quia longh' res factœ sunt umbrœ vesperi l
Malheur à nous, parce que le jour décline et s'enfuit, et que les ombres du soir se sont allongées ! [Jirémie^ ch. 6, v. A.)
Pour apprécier dans toute leur étendue les causes du coitimunisme, il faut nous faire d'abord une idée exacte du communisme lui-même. Le communisme , comme l'indique le nom , est , dans son acception la plus vaste , une théorie qui force à mettre en commun tous les biens, à quelque titre qu'ils soient possédés : souveraineté , femmes , terres , maisons , commerce, industrie , talents, droits de tous les genres. Ainsi compris , le communisme , la chose est évidente, est la dissolution universelle de ta famille et de la société , le renversement
l8 LE GOMiIDNISME ET SES CAUSES.
solu de tout, embrigaderait les citoyens en légions d'administrateurs ou de travailleurs-commis, relevant d'un état-major de ministres , proportionné à ces innombrables soldats. Peu d'années suffiraient, au raisonnement des plus habiles, pour cette transformation sociale ou anti-sociale. De nombreux ateliers nationaux, où les travailleurs seraient grassement payés pour ne rien faire, l'impôt progressif, des droits exorbitants de succession équivalant au cinquième , au quart , au tiers ou à la moitié du capital, l'acquisition ou l'absorption par Tétat de tous les genres d'associations et de compagnies, des chemins de fer et des créances hypothécaires, seraient les moyens principaux de réalisation. L'état serait bientôt par là le seul propriétaire de tout le sol de la France et de tout ce qu'on a jamais nommé droits et biens par le monde. Dans tous les cas , aucune religion positive ne serait admise dans l'état communiste.
Ainsi , fouriéristes , saint-simoniens , icariens ,socialistes et autres, exhumant, des cloaques de l'antiquité, tout ce que le despotisme du vieux monde, le cynisme payen, le gnosticisme grec, le brigandage albigeois , avaient imaginé de plus pervers et de plus anti-social, ont-ils formulé le communisme dans leurs discours ou leurs écrits. ( i) C'est
{\)^lMsairUS'Simonien$, dit M. Louis Blanc {Histoire de dUx ans, tom. 2, pag. 269, édit. de 1842), ébranlaient, dans le Globe, toutes les vieilles bases de Tordre social. Que Tindustrie fût réglementée au gré d'un pouvoir issu eu quelque sorte de lui-même et
DIVISION DE CET OUVRAGE. ig
un progrès en arrière , qui nous ramènerait visiblement, d'une part , au péle-méle des brutes ; de
juge de sa propre légitimité ; que la prodectlon fût concentrée à Texeès et que ses bénéfices fassent répartis proportionnellement aux mérites; que la transmission des biens fût anéantie comme celle des emplois; que le mariage ^ légalisation d^ l'adultère , fit place à la souveraineté des penchants et à Pémancipation du plaisir ; que l'empire de la société fût substitué à celui de la famille : Tolld les doctrines qu'élaboraient alors des jeunes gens mystiques et sensuels 9 mai^ pleins de talents, de verre et d'ardeur. Leur morale , ils la résumaient dans ces mots : « A chacun suivant sa capacité » à chaque capacité suivant ses œuvres, et par conséquent, plus d'héritage; association universelle fondée sur l'amour, et par conséquent, plus de concurrence (ibid. tom. 8, pag. 107) ; et témoins indignés des vices d'un ordre so^ où les récompenses étaient presqu'en raison inverse des services, ils se félicitaient de l'apparente sagesse de leur formule, en attendant qu'une école plus exaltée vtnt proclamer les lois d'une morale supérieure^ et faire aboutir la diversité des aptitudes, non pas à l'inégalité des droits , mais à l'inégalité des devoirs. »
Les fouriéristes ne diffèrent des saints-sîmoniens que dans la mise en action , mais les principes sont communs. Toutes les anciennes sociétés chrétiennes ne sont pour eux aussi qu'une confiagraiUm générale, un combat furieux de toutes les forces de la nature {Exposition du système phalanstérien de Fourier, par Vietor Considérant, pag. 73.) , des Sociétés subvebsiyes, insociétaires, (pag. 98.) Ils rejettent toutes les lois pénales et la morale sanctionnée par les croyances d'une autre vie. (Ibid.) La famille , pour eux , n'est qu'une simple réunion de reproduction (pag. 97.) , et le premier élément social , c'est le phalanstère ou la commune , isoo personnes au moins habitant dans une même, maison et y vivant en commun, sans concurrence, sous la seule loi de la capacité, des harmonies et des attraits, (pag. 72 , 80 , 102.) t Dans ce régime, les hommes sont à chaque instant sollicités par une foule de plaisirs et de travaux attrayants; ils n'ont que l'embarras du choix. Comme ils aiment beaucoup la variété , ils passent fréquemment d'un objet à un autre, et goûtent successivement
tralif tel qu'il n'en a jamais pesé sur l'humanité, clans aucun pays du monde.
muniste? (Voyez ces citations, Univers^ 79 mdÀ et 26 mai 1848.)
« La propriété t dit M. Proadhon, un des principaux socialistes, c'est LB YOL. II ne se dit pas en mille ans deux mots comme celui-là. Je n'ai d'autre bien sur la terre que cette déflnition de la propriété , mais je la tiens plus précieuse que les millions de Rothschild, et j'ose dire qu'elle sera l'événement le plus considérable
du gouvernement de Louis-Philippe Du reste , n'ayez crainte de
votre salut.... lie voyez-vous pas qu'il en est de la religion comme des gouvernements 9 dont le plus parfait serait la négation de tous? Qu'aucune fantaisie politique ni religieuse ne retienne donc votre âme captive; c'est l'unique moyen aujourd'hui de n'être ni dupe ni renégat. » [Système des cofUradictUms économiques, ou phHo- Sophie de la misère. Citation extraite par VAmi de la Religion, 12 juillet 1848, pag. 114.)
Le citoyen Proudhon a été nommé à l'Assemblée nationale par soixante-dix mille voix socialistes de Paris.
Le 14 mai, la veille de l'attentat sur l'Assemblée nationale, les 12 sections secrètes s'étaient rassemblées dans un banquet. Parmi les toasts, on distingua les suivants :
« A l'impôt d'un milliard sur les riches! »
« A la destruction de tous les musées et objets d'art , comme donnant au peuple des idées trop aristocratiques ! »
« A l'émancipation des femmes ! »
« Au nivellement des fortunes, et à la loi agrmre, renouvelée tous les cinq ans ! »
« A la mise en jugement de tous les rentiers, quels que fussent leur âge et leur sexe , étant considérés comme accapareurs par les 12 sections. »
Enfin , le programme de la société des Représentants républicains^ souscrit , aux termes du règlement, par tous ceux qui doivent faire partie de la société, contient les principes suivants: « Tout peuple est souverain de dboit divin , souyebain sur LA terre comme DIEU AU CIEL, et c'cst là, pour un peuple, la première comme la plus haute des légitimités. »
« La souveraineté est une , infinie et indivisible de sa na-
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Quand on y réfléchit atlentivement, et qu'on rapproche de ce mécanisme immense et de ces rouages multipliés à l'infini, le frottement universel et néces* saire des passions humaines , les conflits incessants et sur tous les points à la fois de l'orgueil , de l'ambition , de la cupidité, de la luxure, de la paresse, de la colère et de la vengeance, de tous ces penchants égoïstes et anti-sociaux de multitudes sans lien moral et sans frein, on frémit de la tête aux pieds , et l'on a peine à concevoir que des hommes doués de raison veuillent sérieusement la réalisation d'une théorie aussi évidemment contre nature. Pour nous, nous ne le pensons pas ; nous croyons fermement que le communisme n'est, pour la foule des adeptes lettrés , qu'un moyen légal ou révolutionnaire de faire changer de main les fortunes et les emplois, et pour les masses de travailleurs et de prolétaires , qu'une espèce de loi agraire , propre à terminer leurs souffrances et à les porter au som*
TUBB , et par la même raison que deux infinis s'excluent^ Tidéb DE DEUX POUVOIRS égaux OU nou, ayant ou non la même source , I8T inadmissible. » (Voyoz Pièces Justificatives de la Commission de Venquéte , 2* vol. On peut y voir aussi les noms des représentants souscripteurs.)
Donc , la souveraineté du peuple est sans limites ; donc , elle s'étend sur les consciences, sur le mariage, sur la famille, sur la propriété, sur tous les droits
Donc, plus de pouvoir spirituel distinct de la souveraineté du peuple; donc, plus de religion, plus d'Ëglise
Donc, quoi qu'on dise pour atténuer cette conséquence, despotisme le plus monstrueux qui ait jamais pesé sur la nature humaine, communisme le plus vaste qui ait jamais été rêvé.....
a6 LE COSIUUlfISME ET SES CàCSES.
principes autour desquels elle a coordonné , souvent pendant de longues et les plus nobles années, toutes ses pensées, tousses jugements et sa vie tout entière.
Les autres , saisissant les multitudes par les sens, et par eux et à Tinstant, leur volonté et leur intelligence tout ensemble , sont d'autant plus impétueuses, d'autant plus générales dans leurs effets, que leur action descend de plus haut , qu'elle est plus universelle et plus souvent répétée.
Ces deux genres de causes ont concouru , ^avec un accord inouï, à l'extension du communisme ; et pour le bien comprendre , nous allons les approfondir en détail avec toute l'inflexibilité de la logique.