‹ Un éclair avant la foudre; ou, Le communisme et ses causesChapitre 89 sur 111 · TROISIEME FAIT^OU TROISIEME EXEMPLE DE COMMUNISME · texte numérisé non relu

TROISIEME FAIT^OU TROISIEME EXEMPLE DE COMMUNISME

IJétat, en usurpant la suprématie de renseignement religieux, a mis le comble au communisme des consciences, et posé la pierre fondamentale du communisme des intelligences.

Data e»t mihi omnls potesta» in eœlo et in terra* Euntei ergo docete omnes gentes,... docentes eoi servare omnia quœeunque matuiavi vobit: etecce vobiscum sum omnibus diebus , utque ad contummationem ieculi.

Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations...., leur apprenant à garder tout ce que ic vous ai mol-même enseigné; et voici que {e suis avec vous, tous les )ours , lusqu'à la consommation des siècles. [Èo, S. Mattlu, c, 28, v. 18, 19 et 30.)

L AUTORinÊ temporelle , descendant de Dieu aux hommes par les lois ou les coutumes démocratiques, aristocratiques ou monarchiques, n'est donc ni universelle ni absolue. Il y a au-dessus d'elle, et les droits de Dieu, et les droits naturels, inaliénables, imprescriptibles de Thomme et du citoyen,

SFXOIiDE PAATIE. ^J)

que Dieu, non-seulement ne lui a pas soumis, mais qu il en a expressément distraits, en l'y soumettant elle-même , ou lui faisant un devoir de les respecter et de les faire respecter. De ce nombre sont les droits de la religion , du culte et de la conscience; nous venons de le voir ; et s'il n'est pas une constitution, pas un gouvernement, qui, tout en violant et opprimant ces droits sacrés, ne les ait reconnus et proclamés supérieurs et antérieurs à eux, il n'est pas une intelligence non plus, digne de ce nom , qui ne comprenne que les livrer à l'état , c'est déclarer son omnipotence , le faire Dieu , détruire par là même et radicalement toute raison de droit et de devoir, et jeter au communisme, comme une proie , la so^ ciété tout entière, âmes, corps et biens.

Mais les droits de la religion et de la conscience, dont nous avons parlé plus haut , ne sont pas les seuls naturels ou divins, inaliénables et imprescriptibles; il en est d'autres encore, marchant de pair avec les premiers , s'identifiant avec eux-mêmes, ou les suivant comme une de leurs conséquences nécessaires : nous voulons parler des droits de l'intelligence et de st^ enseignements.

Certes, s'il est un bien au monde qui soit la propriété inaliénable de l'homme , qui ne relève que de Dieu , ou de l'autorité que Dieu lui a donnée pour guide en matière religieuse , c'est évidemment l'intelligence, et les enseignements qui doivent la former et la diriger vers son souverain auteur. Tous les siècles , tous les pays, toutes les philosopbies, toutes

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les constitutions, ont proclamé à l'en vi ce droit sacré; c'est la base la plus profonde de la liberté et de la dignité humaines , la garantie la plus assurée contre la dégradation et la servitude.

Ce droit est de double nature, selon les objets sur lesquels il s'exerce. Religieux et moral, il s'identifie avec le droit de la conscience, et se personnifie dans la religion ou l'Église ; c'est la liberté du culte et de ses enseignements , inscrite dans toutes les constitutions. Purement scientifique ou littéraire , il s'identifie, dans chaque homme, avec la liberté, et ne reconnaît d'autre limite que celle que demande, pour les autres hommes , l'exercice de cette même liberté.

Sous le premier rapport, le droit des intelligences et de leur enseignement a été formulé ainsi par le Christ, Fils de Dieu, dans la grande charte de l'humanité , l'Évangile : a toute puissance m'a été donnée

<x AU CIEL ET sur LA TERRE. AlIcZ doUC, ENSEIGNEZ o TOUTES LES NATIONS, LEUR APPRENANT A GARDER TOUT « CE QUE JE vous AI ORDONNÉ ET ENSEIGNÉ MOI-MÊME: « ET VOICI QUE JE SUIS AVEC VOUS , TOUS LES JOURS , A jusqu'à la CONSOMMATION DES SIÈCLES. »

C'est de ce premier droit des intelligences , le plus naturel , le plus sacré, le plus imprescriptible, parce qu'il se confond avec la conscience , que nous allons nous occuper d'abord. Nous en examinerons toute l'étendue , et nous verrons comment , en l'arrachant à la conscience et au culte, que Dieu en avait constitués les propriétaires , en vertu de sa

SECONDE PAATIE. 8î

toute-puissante souveraineté, l'état les a livrés au communisme» avec tous les autres droits et avec la société elle-même.

Il est évident d'abord que ce pouvoir, donné aux apôtres ayant Pierre à leur tête, et aux évêques leurs successeurs ayant le Pape pour chef ,^ implique évidemment un double droit , auquel l'Église ne peut pas plus renoncer qu'à sa propre existence.

Le premier, le plus essentiel , celui qui sert de base et de racine à l'autre, est le droit général d'enseigner ou de faire enseigner, sous la seule et suprême direction et surveillance de ses premiers pasteurs , l'Evangile et la foi catholique à tous les hommes de bonne volonté, grands et petits , jeunes et adultes ; de leur donner ou de leur faire donner, SEULE , l'instruction morale et religieuse , puisque SEULE elle en a reçu la mission expresse de Dieu ; SEULE elle a reçu, pour l'accomplir, l'assurance d'une assistance infaillible et divine pour tous les pays et jusqu'à la consommation des siècles: « Allez , bnsei-

« GKEZ TOUTES LES RATIONS , LEUR APPRENANT TOUT il CE QUE JE VOUS AI ENSEIGNA MOI-HÊAIE : ET VOICI QUE a JE SUIS AVEC VOUS , AINSI ENSEIGNANT , JUSQU'a LA a CONSOMMATION DES SIÈCLES. »

Mais comme ^ avons-nous dit ailleurs (i), l'Église catholique ne peut enseigner par ses pasteurs la religion que le Fils de Dieu lui a donné mission d'enseigner à toutes les nations, à tous les hommes^

(t) Deux articles de la nouvdieCon$Hiuaon^ pag. 8.

jusqu'à la consommation des sièeles,sans être obligée d'apprendre elle-même les langues de tous les peuples, et d'enseigner à ceux d'entre ces peuples qui le désirent y les langues anciennes, dépositaires de sa foi et de sa morale, de son histoire et de son culte: l'hébreu ^ le grec et le latin.

Comme l'histoire de tous les pays est aussi l'histoire de la religion catholique ; que les sciences ellesmêmes servent à la prouver et à la défendre aussi bien que l'histoire; comme l'enseignement des unes et des autres peut être faux , corrompu , jusqu'à détruire dans les âmes la foi et la morale , au lieu de les établir et de les confirmer ;

Apprendre et enseigner librement toutes les langues, et spécialement les langues anciennes ; apprendre et enseigner librement et l'histoire et les sciences , est donc, en matière d'enseignement, le second droit de tous les chrétiens , le droit et le devoir des pasteurs de la religion catholique.

Il y a plus: ce droit, pour tous les catholiques et pour leurs enfants, se confond tellement avec le devoir le plus sacré , le plus imprescriptible , celui d'apprendre^ de croire, d'enseigner etde défendre la religion qui est la leur, sous l'autorité suprême des pasteurs à qui la foi leur enseigne que l'infaillibilité a été donnée de Dieu même, qu'ils ne peuvent renoncer à faire valoir ce droit, ou à se le laisser enlever par l'état ou par tout autre, sans faillir gravement à une des lois les plus fondamentales de la conscience.

Ces droits , les catholiques les ont exercés libre-

ment ; ces devoirs , librement ils les ont remplis , dans tous les temps et sous tous les gouvernements non persécuteurs.

De ces deux droits, le dernier est tellement l'appendice , le complément de la mission donnée par Jésus-Christ à son Église, que sans lui, on n'en conçoit pas même l'accomplissement comme possible ; et le premier tient si essentiellement à la foi , à la suprématie de l'Église en matière de doctrine et d'enseignement religieux et moral , qu'aucun catholique ne peut y renoncer ou le nier, le placer ou le reconnaître théoriquement ou pratiquement ailleurs , sans cesser d'être catholique , sans abjurer tout ensemble et la dignité de l'homme et la liberté du citoyen. C'est le fondement de l'Église enseignante, la conséquence la plus caractéristique, la plus immédiate de sa divine institution. C'est le résumé même de toute son histoire.

Dès les premiers siècles de l'Église, en effet, quand le sang des chrétiens coulait par flots sous le glaive des Césars , et que l'Évangile, prêché dans toutes les langues par les apôtres , principe et premier élément du clergé catholique , arrachait les nations aux déchirements de l'anarchie et au despotisme brutal des gouvernements païens, quel était l'enjeu de cette lutte de sang ? n'était-ce pas le droit suprême de l'Église en matière d'enseignement ?

Quand le bras des bourreaux, levé durant trois siècles , fut tombé de lassitude; que la force matérielle se fut avouée vaincue en s'inclinant devant la

qu'au radicalisme helvétique, s'efforçant de courber les intelligences des peuples , et de faire fléchir les droits de la conscience sous l'autorité du knout et des déserts de Sibérie , sous la suprématie légale d*un enseignement d'état ou les fureurs brutales d'une soldatesque sans frein , qu'a-t-on voulu, qu'a-t-on cherché, que cherche-t-on , et que veuton encore , sinon eflacer, s'il était possible, l'autorité catholique, anéantir les conquêtes et le principe de toutes les civilisations , détruire dix-huit siècles de travaux, arracher les sociétés et les intelligences à l'empire de la religion ou de Dieu , pour les replacer sous le joug des sophistes et de la force matérielle, enchaîner en un mot et détruire les droits de l'Église en matière d'enseignement?

Comme aux jours des Néron, des Antonin, des Julien, des Luther, des Henri VIII et des Calvin, c'est la religion catholique forcée de nouveau de descendre dans l'arène, pourydéfendre,contre les ministres des rois et le despotisme haineux de quelques hommes, ses droits les plus sacrés, et le premier de tous, celui qu'elle a reçu du Fils de Dieu d'enseigner dans toutes les langues, par toutes les sciences et jusqu'à la consommation des siècles , tous les peuples et toutes les générations qui veulent venir à elle!

C'est, comme aux siècles païens, le sabre qui veut commander aux consciences ; c'est la force matérielle qui veut s'ériger de nouveau en juge des doctrines, des croyances et des opinions , et enseigner seule et souverainement les intelligences, comme

si le Christ n'était pas mort et ressuscité pour les affranchir d une si honteuse et si dégradante servitude !

Hélas! cette volonté, plus astucieuse que celle de Julien, plus puissante que celle de Constance, n'estelle pas déjà un fait accompli ? Acharnée sur les dviAXs de l'Église comme sur une proie , ne tiret-elle pas de son succès même et de l'affaissement du caractère français, une preuve de légitimité en faveur de son usurpation ? Et à ce chant de triomphe , le communisme, armé de l'inflexible logique, ne répond-il pas par Thymne brutal de la spoliation et de l'immoralité? Examinons en effet, et voyons, pièces légales en main , de quelle suprématie de l'Église ou de l'état relèvent, en France, l'instruction morale et religieuse , l'enseignement de la religion , depuis la salle d'asile jusqu'aux facultés de théologie.

i"" Salles d'asile.

Nous lisons dans l'ordonnance Louis-Philippe- Sabandj^ qui les réglemente (aa décembre 1837 ) : « Art. I. Les salles d'asile, ou écoles du premier âge, « sont des établissements où les enfants des deux a sexes peuvent être admis jusqu'à l'âge de six ans ff accomplis, pour recevoir les soins de surveillance * maternelle et de première éducation.... Il y auruy c dans les salles dasile^ des exercices Qxn compren* « nkoNT irÉCESSAiREtfEirr les premiers priiycipes de

a l'instruction REUGiEUSE.... On pouîTa y joindre <x des chants instructifs et moraux. »

Or, ces soins de surveillance maternelle et de première éducation, religieuse par conséquent, qui les AUTORISE, qui les distribue , qui en nomme ou en interdit les agents , les directeurs ou les directrices, les commissions supérieures ou inférieures? L'état, ou l'université laïque, et avec une autorité souveraine et sans contrôle.

Cette instruction religieuse , qui la donne, qui la surveille , qui la réglemente , qui l'approuve ou la censure souverainement? l'état et l'université

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