‹ Un éclair avant la foudre; ou, Le communisme et ses causesChapitre 9 sur 111 · BELIGION , TOUTE SOCIÉTÉ EST IMPOSSIBLE · texte numérisé non relu

BELIGION , TOUTE SOCIÉTÉ EST IMPOSSIBLE

« Une ville suspendue en l'air serait plus facile à former et à maintenir , disait Plutarque , qu'un état sans religion. »

a Jamais état ne fut fondé, a redit Rousseau, que la religion ne lui servit de base. »

a Rien de plus utile ^ a écrit à son tour Voltaire lui-même , que la croyance religieuse ; nous sommes intéressés à la graver dans tous les cœurs. Nulle société ne peut exister sans elle. »

Et pour peu qu'on veuille y réfléchir , on sera

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bientôt convaincu par l'évidence , non-seulement qu'il en est ainsi, mais qu'il est impossible qu'il en soit autrement.

Qu'est-ce qui enchaîne , en effet, l'époux à l'épouse et la femme au mari , dans les séductions si puissantes y dans les assauts si terribles des passions, de l'inconstance et de certaines occasions , dans les maladies , dans la grossesse , dans les couches , dans les infirmités et les disgrâces variées à l'infini de l'âge et de la nature ? le droit et le devoir.

Qu'est-ce qui lie le père et la mère à l'enfant : à la conception , pendant la gestation ^ à la naissance, pour l'éducation , pour un établissement, quand s'est mûrie son adolescence ? le droit et le devoir.

Qu'est-ce qui enchaîne l'enfant à ses parents, dans la fougue de l'indépendance et de l'égoïsme , aux jours de l'adversité et de la vieillesse, dans les exigences journalières de l'obéissance et du respect? le droit et le devoir.

Qu'est-ce qui maintient, en un mot, intactes et sacrées les lois de l'ordre et de la nature, et affermit sur des fondements inébranlables la famille, base à son tour de la société ? le droit et le devoir.

Qu'est-ce* qui unit les domestiques aux maîtres, les ouvriers aux patrons et aux chefs ; et les maîtres , les chefs et les patrons , aux ouvriers et aux domestiques ? les droits et les devoirs.

Qu'est-ce qui relie et unit l'homme à l'homme, la famille à la famille , l'état et le gouvernement au

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peuple, et le peuple au gouvernement et à l'état; les peuples et les états eux-mêmes aux autres peuples et aux autres états ? Qu'est-ce qui assure la fidélité des uns et des autres aux conventions et aux contrats; l'équité et la charité dans les transactions y dans les traités , dans les rapports réciproques ? les droits et les devoirs.

Or, ces droits et ces devoirs, d'où viennent-ils? d'où tirent-ils leur énergie intrinsèque et leur pouvoir d'obliger ? L'homme par lui-même n'a aucun pouvoir sur un autre homme ; il ne peut rien sur sa conscience , rien sur sa raison. Ses pensées sont changeantes, ses passions sont aveugles; Tégoîsme en est le principe et la fin. L'homme-majori té, ou gouvernement, est aussi impuissant rationnellement que l'homme-minorité, ou sujet; car la force du nombre , de toutes les forces la plus brutale, peut*rapprocher et juxtaposer les individus, mais elle ne les unit pas. La société n'est pas une juxtaposition , un rapprochement matériel des corps , c'est le lien , Tunion des âmes , des esprits et des cœurs ; et la force ou l'adresse qui rapproche de leurs victimes le brigand des grands chemins ou l'escroc de nos carrefours , est un mode d'oppression et |non un lien de société. Qui' donc détermine et peut déterminer les droits et les devoirs ? qui peut les imposer et leur donner une sanction souveraine, et que tous soient obligés de reconnaître et de respecter? Qu'est-ce qui en fait le plus fort lien d'union , le * seul véritable lien social ?

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