‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 115 sur 237 · Ou Dni/i.iii · texte numérisé non relu

Ou Dni/i.iii

(le la Basilissa et de ses fils; il suffit de parcourir les chapitres du Livre des Cérémonies que je viens de passer en revue, pour être assun' que la cour byzantine, même en ces temps prétendus barbares, savait emmener son confort avec elle. Ah! trois fois heureux qui pourrait retrouver le journal de l'existence de Théophano, Basilissa très auguste, avec son immense cortège de femmes, d'eunuques, de cubiculairf'«. df vijril^'s et de liotaires barbares, durant cet été de 1''"' '^04,

Restitution d'une église byzantine de la belle époque, Kilissé-Djami , une des pliu c< '

églises dédiées à la Théotokos, d'après l'ouvrage de M. Salzeuberg. Façade autcricuru.

dans cette lointaine citadelle du Taurus, durant que son époux, le très pieux et invincible Xicéphore, combattait l'Agarène maudit! Celui-là fournirait à l'histoire byzantine du dixième siècle une de ses pages les plus piquantes! Mais hélas, ce sont là vains rêves de byzantiniste passionné, découragé surtout par l'incroyable aridité des chroniqueurs grecs de cette époque.

La grande année de Nicéphore Phocas franchit donc une fois encore les fameuses Portes de Cilicie dans le courant du mois de juillet 0G4. Nous ne possédons malheureusement presque aucun détail sur ' '•"

première des expéditions dirigées par lui après qu'il fut devenu empereur rien que quelques lignes obscures et incertaines des chroniqueurs grecs et arabes, et encore est-il fort difficile de décider si les faits relatés par eux ne se rapportent pas plutôt à la campagne précédente ou même à la suivante. L'armée impériale, disent-ils, était, comme toujours, fort nombreuse. Comme toujours aussi, les nations alliées ou vassales y figuraient en contingents considérables , mais ceux qui dominaient cette fois étaient, paraît-il , les Arméniens et les Géorgiens ou Ibères, excellents mercenaires du Caucase. Nous verrons plus tard, par le témoignage oculaire de Luitprand, que ces armées byzantines, bizarre mélange de cent races diverses, comptaient encore parmi leurs meilleurs éléments des bandes de fantassins fournies p .r les républiques de Venise et d'Amalfi! Qui dira l'extraordinaire odyssée de ces hommes de fer, nés aux lointaines lagunes de l'Adriatique ou sous le beau ciel bleu du golfe de Salerne, et s'en allant périr dans les embuscades du Taurus ou parmi les sables de la Syrie, sous le sabre des Bédouins et des derviches fanatiques!

Les Grecs furent de nouveau partout vainqueurs. Comme lors de la dernière campagne, l'armée marcha d'abord contre Aïn-Zarba, puis contre Adana, qui furent enlevées de force ainsi que de nombreux châteaux voisins \ plus de vingt au dire de Léon Diacre ; puis Nicéphore,

1. Cédrénus et Léon Diacre citent formellement ces deux cités parmi les forteresses enlevées cette année par Nicéphore. Mais elles avaient déjà été conquises par les Grecs en 962, et j'ai longuement raconté le siège fonnidablede l'une d'elles ! Aïn-Zarba et Adana auraient donc été réoccupées entre deux par les Arabes? Ou bien y a-t-il simplement là quelque erreur commise à propos de ces deux campagnes successives? Il y a, du reste, je le répète, dans les sources, d'incessantes confusions entre ces diverses expéditions. Ainsi, alors que d'autres sources disent que Nicéphore échoua en IHH devant Tarse comme devant Massissa, Léon Diacre affirme qu'il prit déjà alors Massissa avec Anazarbe et Adana, mais qu'il échoua devant Tarse. Il semble cependant bien certain que Massissa ne fut comme Tarse définitivement conquise par les Byzantins qu'en ÎXiô. Ibn el-Athîr dit formellement que Nicéphore avait attaqué Tarse dés 9G4, que cette attatjue fut malheureuse, et que, dans une sortie, les assiégés s'emparèrent d'un patrice grec, fort haut personnage. N'y aurait-il pas là (|uelque confusion avec la surprise dans laquelle périt, au siège de 965, l'exaniue Monastériote? Le même historien arabe raconte encore que. lors d'un des nombreux combats livrés dans ce premier siège, sous les murs de la ville, Tzimiscès , renversé à terre, faillit être pris. Il ajoute que le domestique d'Orient, à la tête des forces laissées sous ses ordres, assiégea vainement Massissa trois mois durant, et dut se retirer faute de vivres et de secours eu hommes et en munitions. Les histoiiens grecs se taisent sur tous ces échecs, dont il faut peut-être bien placer la date véritable à l'an 9G5, et ne parlent que de la saison trop avancée qui força à remettre à une nouvelle campagne Ix conquête définitive de la Cilicic. Malgré ce silence complet et ces obscurités, il est difficile de ne pas admettre que Nicéphore dut dans cette marche en avant de l'été de 9GJ: rencontrer des difficultés beaucoup plus considéi-ables qu'il ne l'avait prévu.

franchissant sans grande résistfince l'Ainanus, sembla s'apprêter k envahir la Syrie, mais il s'agissait évidemment d'une simple pointe en pays ennemi. Le château d'Issos, l'ancienne et cél(*bre Issus des guerres d'Alexandre, et le port fortifié de Rhosos ou Rhossos, pri'S des Portes .syriennes, à l'ouverture du golfe d'Alexandrette, furent bien pris par les Byzantins. Mais soudain l'armée s'arrêta et fit volte-face. On aurait pu croire encore qu'elle s'apprêtait à marcher sur Massissa et Tarse pour

Bestitntion d'une église byzantine de la belle époque. Killasé-DjamL Voyez poge 433. Façade postérieure.

en finir unç bonne fois avec la résistance de ces deux grandes forteresses ciliciennes, pour assurer aussi le terrain sur les derrières de l'armée avant l'expédition définitive contre Alep. Il n'en fut rien. Nous ignorons absolument quelles furent les causes de cette brusque retraite m pleine victoire. Très vraisemblablement la saison était cette année trop avancée pour entreprendre ces deux sièges longs et difficiles '. Il fallut prendre patience une fois encore. L'empereur et l'armée, repassant les monts, allèrent prendre leurs quartiers d'hiver sur la frontière de Cappadoce. La guerre fut remise au printemps. Nicéphore rejoignit

1. Zonaras dit simplement que « Nicéphore alla hiverner en Cappadoce, soit qu'il y fût fopci par la aison trop avancée, soit qu'il fftt poussé par le cl^ - -- ' -t de revoir Théophano ».

ZMPEnEDR BYZANTLV.

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au château de Drizibioii l'impératrice et les petits princes. Peut-être les mena-t-il célébrer les fêtes de Noël dans la métropole de Césarée, où les distractions devaient être moins rares. De fortes garnisons avaient été laissées dans les villes conquises de Cilicie. L'armée fut dispersée dans ses cantonnements habituels.

Ici se place un incident fort curieux, bien caractéristique des mœurs à la fois brutales et chevaleresques de l'époque. Il existe à la Bibliothèque impériale de Vienne mi antique manuscrit', qui n'est autre que la copie fort ancienne d'une pièce de vers, une hasida, suivant l'expression orientale , sorte de défi plein d'insultes et de menaces, adressé à Mothi, le Khalife de Bagdad, par le Basileus Nicéphore en personne. Ce document extraordinaire, qui porte le cachet de la plus parfaite authenticité', est rédigé en arabe bien qu'il soit d'origine impériale, et a eu pour auteur un de ces renégats sarrasins si nombreux passés au service du Basileus de Boum''. Cette injurieuse lettre en vers de l'autocrator oriental au commandeur des croyants, qui nous a été si singulièrement conservée dans son entier, ce défi poétique dont l'histoire ne compte guère d'exemple plus ancien, ne porte pas de date, mais divers indices permettent de l'attribuer avec une grande apparence de certitude à cet hiver de l'an 964, alors que Nicéphore, l'âme gonflée d'orgueil par ses grands et si éclatants succès de l'été précédent, ne rêvait autre chose que l'anéantissement total par son épée du monde musulman tout entier. Se croyant certain de triompher bientôt définitivement du valeureux Hamdanide, il ne craignait pas, pour terrifier le Khalife luimême si déchu de sa grandeur de naguère, d'adresser à celui-ci les plus insultantes menaces. L'épître impériale est fort longue. C'est bien là, je le répète, un document tout en rapport avec les usages mi-cheva-

1. Voyez sur ce précieux document les renseignements contenus dans G. riiigel, Die arahiachen, peighchev, und tiirklschen Handschrî/ten der KK. Uof-Biblloteh zu Wien , I, pp. 449-453.

2. Nous avons même la liste de tous les premiers possesseurs du document original à partir du jour où il a été rédigé.

3. Voyez p. ex. dans Rosen, op. cit., l'histoire de cette tribu des Béni Habib qui passa tout entière vers cette époque au service du Basileus de Constantinople.

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leresques, mi-barbares de ces étranges guerres orientales du dixirme siècle. En voici le texte ' :

Envoyé de la part du roi pur et chrétien, ce message est adressé k celui qui occniw le trône parmi les descendants de Ilachem*, — c'est-à-dire au prince mapiifii|ne et pieux, an frère de la gloire, à celui en qui on espère dans les circonstances difficiles. — Vos oreilles n'ont-elles donc pas entendu dire ce que j ai fait? Certes oui, et c'est là ce qui vous a empoché d'agir eu homme entreprenant. — Si, pour les fonctions dont vous êtes investi, vous «ommeillez, je ne suis point endormi, pour ma part, au sujet des affaires qui me préoccupent.

— GrAce à votre impuissance et à votre faiblesse, il ne reste de toutes vos citadelles qu'mi monceau de ruines. — Nous avons conquis toutes les places fortes de l'Arménie avec le concours de jeunes hommes dévoués, pareils à des lions intrépides. — Nous avons amené des chevaux qui rongeaient leurs freins, et quelques-uns d'entre eux à qui nous avions lâché la bride sont parvenus — jusqu'à chacune des villes peuplées du Djezirah ', jusqu'aux milices de votre Kinnesrin*, et jusqu'aux forteresses de la province d'Antioche. — D'autres sont allés à Malatya^, puis à Chimchat^, après avoir atteint Kerker". Sur la mer, nous avons eu diverses victoires, et nos troupes ont atteint El-Hadath el beïda*, Kissoum', après la misérable El Djàfery ">.

Quant à Marasch, nous avons abaissé l'orgueil de ses fiers habitants en en faisant nos esclaves ou nos serviteurs. — Demande à Yasrouh ", quand nous l'avons attaqué avec nos troupes, quelles lamentations il a poussées, lamentations dont le bruit s'est répandu au loin (?). — Les gens d'Edcsse ont cherché un refuge auprès de nous et se sont réfugies sous l'étendanl d'un Maître dont la gloire défie la description des humains. — Nos patrices sont arrivés de grand matin à Ras el Aïn'* et, avec leurs glaives, nous n'avons pas tardé à briser des crânes.

— Dareïya ",^Iayyafankîn '* etl'Ourdoun'^, ont subi de bonne heure le choc de nos cavaliers semblables à des lions. — Nous nous sommes détournés pour passer à Tarsous, et là nous lenr avons fait goûter le plaisir de trancher des cous. — Nos navires sont allés en Crète sur le dos d'une mer écumante dont les vagues s'entrechoquaient ; — nous avons fait prisonniers les habitants de cette île, et leurs femmes aux longues chevelures flottantes ont été emme-

1. Je dois la traduction de cette lettre de Nic«^phorc et de la réponse qui lui fut faite par le Klialiff à l'extrême obligeance de M. Houdas, le savant professeur à l'Ecole des langues orientales vivante».

2. Hachem était l'ancêtre des Abbasside.-^. Par lui, ils se rattachaient au Prophète.

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