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AU DlÀl i.M I. ^
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iietteinent que les deux princes, étant devenus les -iioinmes liges' d'Othon, auquel ils avaient juré fidélité, celui-ci ne |)ourrait se dis|)ensrr de les appuyer, si Nicéphore les faisait attaquer; que les Grecs, en cherchant noise à ces seigneurs, s'exposeraient simplement à se faire expulser {l'Italie. On conçoit la colère de Nicéplior - ** *-' ntégo-
iiuidàileà lUiirilimei Uc CouatauUULHile, à U iMUltur di- Ul m»l«on dite de .:
rique déclaration, << une folle fureur )•, dit Luitprand. € Gonflé comme un crapaud qu'on a mis en colère », il imposa silence au prélat, jurant par la tète de ses pères qu'il ferait payer cher i\ Otiiou le secours donné par lui à ses esclaves rebelles. Il n'en retint pas moins l'ambassadeur t\ dîner. Parmi les convives se trouvaient, cette fuis, précisément, deux Italiens : un frère des princes de Bénévent et de Capouo, probablement Romuald, brouillé avec eux et ayant vécu À
G4.J UN KMrKrvEUI! l'.YZANTIX
(.'oiistaiiliiiople (1('S HOU eiifancc, plus uu certain Byzantios, de Bari, j.r()l)al)Ieuieut uu euvoyc du stratigos du tlièiue de Longobardie, venu ])()ur rendre compte au Basileus de la situation. Pour plaire à Nicépliore, ces deux personnages ne cessèrent, durant tout le repas, de s'exprimer injurieusement sur le compte de l'empereur Otlion, de la nation allemande, et des peuples latins en général. Il est bon d'ajouter (pie le jour même ils firent secrètement faire leurs excuses au prélat, allirmaut que cette attitude indécente leur avait été imposée avec force menaces par Nicéphore en personne. Vers la fin du souper, la conversation tomba sur la chasse impériale fixée au lendemain. Nicépliore se montra très fier de son grand parc, dans lequel il courait l'onagre, âne sauvage importé probablement de Syrie, le bouquetin, et d'autres grosses bêtes. Il demanda à l'évcque si son maître avait chez lui rien de pareil. Luitprand répondit que oui, mais il avoua cependant qu'Othon ne possédait pas d'onagres'. Le Basileus dit alors qu'il ferait lui-même au prélat les honneurs de sa chasse, vaste et belle foret couvrant un terrain très accidenté, montueux, profondément vallonné. Très vraisemblablement cette foret si giboyeuse occupait presque tout le rivage asiatique du Bosphore, en face de celle de Belgrade dont les restes, encore aujourd'hui subsistants, font l'admiration de tous ceux qui pénètrent sous ces magnifiques et sauvages ombrages.
Voilà donc notre pauvre ambassadeur transformé bon gré mal gré en Nemrod du dixième siècle. Cette fois encore, il ne s'en tira pas sans désagrément. Comme la chasse était commencée, et que Luitprand galopait sous bois, le curopalate, l'apercevant, lui dépêcha en hâte son fils pour l'avertir qu'il ne saurait demeurer coiffé de son chaperon dans un lieu où se trouvait l'empereur, que le voile (ou turban?) était la seule coiffure permise en la présence du Basileus. Luitprand, déjà de fort mauvaise humeur, peu habitué à courir la grosse bête i)ar monts et vaux, éclata. «C'est bon pour des femmes, répondit-il au jeune i)rince, de se coiffer ainsi. Nous autres Occidentaux, quand nous montons à cheval, nous portons le chaperon. Souf-
1. 11 somble (jue cotte sorte d'animal ait excité lattention toute particulière de Luitprand. Voyez plii-j haut cette vision (jui tant l'occupait et où il est également question de l'âne sauvage.
AU DIXIÈME SifeCLE. «4^
frez que nous suivions notre coutume comme nous vous laissonB suivre la vôtre quand vous venez chez nous. Nous to^Tons bien tontes vos excentricités de costume et d'usages, vos ridicules cheveux long», vos habits de femmes, vos robes à longues manches et À grands carreaux. Nous allons jusqu'à permettre que vous saluiez nos princes, la tête couverte, ce qui est absolument inouï. Laissez-nous donc en faire à notre guise. » Sur ce, il refusa obstinément d'ôterson chaperon. « Alors, quittez la chasse et sortez du parc réservé, j» lui dit brutalement le neveu de l'empereur. Luitprand ne se le fit pas dire deux fois. Ainsi finit la chasse du pauvre évoque. En s'en retournant, il vit bondir devant lui, mêlés à des chèvres sauvages ou bouquetms apportés probablement des monts d'Arménie, les fameux onagres, orgueil de la vénerie byzantine. Il les jugea absolument pareils aux petits ânes de sa bonne ville de Crémone, avec la méchanceté et la sauvagerie en plus. Un pàtrice, probablement chargé de lui faire les honneurs, chevauchait t\ ses côtés. Comme Luitprand, pour faire aller la conversation, lui disait poliment qu'il n'avait jamais vu d'animaux semblables en Occident, l'autre, saisissant la balle au bond, lui exposa fort naïvement que s'il parvenait à décider son maître l'empereur Othon à accepter les conditions offertes par le Basilens, on lui enverrait quelques-uns de ces onagres. « Tu pourras en faire présent à ton empereur. Quelle gloire insigne pour lui d'être le premier en Allemagne à posséder ces animaux inconnus! d Luitprand remercia très bas, mais il profite de l'occasion pour avertir ironiquement une fois de plus son maître que les ânes de Crémone sont infiniment préférables, a Demandez-en à mon confrère l'évêque Antoine (probablement son suffragant). Ceux qu'il vous enverra seront du moins apprivoisés et vous rendront des services. » En somme, je le répète, ces ânes sauvages paraissent avoir très vivement occupé l'imagination du fougueux ambassadeur.
Dès le lendemain de cette singulière partie de plaisir, le lundi 27 juillet, Luitprand obtint une fois de plus de Nicéphore son congé définitif. 11 rentra â Constantinople pour faire ses préparatifs de départ,
emportant Jeux chevreuils ou clièvres sauvages, présent de l'empereur. C'est la dernière fois qu'il devait voir le Basileus, car celui-ci partit aussitôt pour le théâtre de la guerre'. Luitprand nous dit qu'il emmenait avec lui quatre-vingt mille hommes. Certainement il ne fait allusion qu'aux contingents des thèmes d'Europe réunis à Brya. Les contingents asiatiques que Nicéphore allait rallier sur sa route devaient plus que doubler ce chiffre.
L'évoque italien, juge partial et courtisan obstiné, n'a que des paroles de mépris pour ces troupes, qu'il estime incapables de résister à celles d'Othon. Nous nous garderons de le croire sur parole et c'était vraiment là trop grosse flatterie. Les bataillons éprouvés qui avaient pris Chandax, Tarse, Massissa et Alep, à travers tant d'incroyables fatigues, étaient bien dignes de lutter contre les vieilles bandes germaniques. L'affirmation de Luitprand pouvait être vraie tout au plus pour certaines portions de l'armée byzantine, milices mal aguerries. A l'appui de son dire, il cite un incident récent et raconte comment, au printemps passé, à l'époque même où Othon faisait le siège de Bari, un parti de trois cents cavaliers hongrois venus en incursion sur le territoire de l'empire, avait pu faire prisonniers, non loin de Salonique, cinq cents soldats grecs et les avait emmenés captifs au delà du Danube. Un peu plus tard encore, peut-être bien durant le séjour même de l'évcque à Constantinople, deux cents de ces intrépides pillards, encouragés par cette brillante aventure, s'étaient hardiment avancés à travers toute la plaine de Thrace jusqu'à une très faible distance de la capitale, tant les troupes grecques leur inspiraient peu de crainte. On en avait pris quarante dans une embuscade. Nicéphore en avait fait sa garde particulière, et les emmenait à sa suite dans cette campagne de Syrie. Luitprand le vit passer au départ de Brya, entouré de ces sauvages gardes du corps, revêtus du plus éclatant costume. Ces exemples curieux prouvent bien moins, il me semble, la lâcheté de ces troupes byzantines, qui, peut-être dans ces deux cas, étaient de simples milices, se gardant mal, que l'incomparable audace de ces fameux Hongrois , voisins gênants de l'immense