‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 31 sur 237 · Rambaud, op. cit., p · texte numérisé non relu

Rambaud, op. cit., p

une charpente de solives et d'arcs-boutants de bois très sec. On acheva de miner entièrement la muraille, puis on mit le feu à toute cette boiserie improvisée ; artificiers et mineurs se retirèrent précipitamment ; la flamme, alimentée par des matières grasses, dévora les poutrages en quelques instants et tout un pan de mur ainsi que les deux tours qui le flanquaient s'écroulèrent soudain , comblant du même coup l'immense fossé. Les mille cris de joie des soldats byzantins répondirent à ce grand fracas.

En un cHn d'œil le passage fut assuré et les bataillons impériaux, ivres de longues souffrances à venger, s'engouffrèrent comme un ouragan dans la ville conquise. Le massacre commença sur-le-champ de quartier en quartier, de maison en maison. C'était bien là l'issue fatale de tous ces sièges du moyen âge. Les femmes, les jeunes filles furent violées puis massacrées ; les enfants même à la mamelle furent impitoyablement égorgés. Théodose le diacre, à la fin de son cinquième chant, fait un récit ampoulé et tout de même navrant de cette terrible tuerie. 11 nous peint les enfants sarrasins de Chandax pleurant à la vue de leurs mères, les unes traînées en captivité les mains liées au dos, les autres mourant la gorge ouverte, souillées de sang et de poussière, les autres enfin disposées en rangs serrés pour le supplice. Il nous montre les vieillards candiotes fuyant percés d'un trait dans le dos, les pères et les fils expirant étroitement enlacés, les jeunes hommes cherchant à fuir embarrassés par la chute de leur ceinture et les plis de leur long vêtement flottant.

Cependant les guerriers arabes, d'abord éperdus, se rallièrent dans les étroites ruelles et, tout en fuyant instinctivement vers le port, cherchèrent à vendre chèrement leur vie. Mille luttes partielles, désespérées, s'engagèrent. Ce répit sauva les malheureux vaincus. Nicéphore, qui avait assisté à l'entrée des troupes par la brèche, apprenant ce qui se passait, éperonnant son cheval, se précipita dans la ville et,

Couvercle d'un petit reliquaire il' or de ma collectiou, ayant contenu des reliques du patriarche de Coustantinople saint Etienne le Jeune, fils de l'empereur Basile I mort eu 889 en odeur de sainteté.

L'inscription, finement niellée, signifie '.Relique de saint Etienne le Jeune.

par ses paroles sévères, réussit à calmer ses liommes ivres de car- Dage. Les Arabes survivants eurent la vie sauve ; mais, suivant l'impitoyable loi du temps, ils appartenaient au vainqueur et tous devinrent esclaves. Le vaillant émir Kouroupas, que Théodose nous décrit sous les traits d'un petit vieillard cassé, cliauve, exsangue, mais ardent, d'une éloquence enflammée, pleine de charme, avec son fils aîné Anémas, (( le premier dans l'île après lui » , avec ses autres enfants , ses femmes gémissant et hurlant, son trésor particulier, tous les chefs , les femmes les plus belles, les hommes jeunes et robustes, furent mis à part pour le triomphe avec le plus riche butin. Le reste de la population, échappé au massacre, fut livré aux soldats, immédiatement dépouillé, lié et mis en vente. Les marchands d'hommes ne manquaient jamais en ces occasions. Ils suivaient les grandes armées du moyen âge oriental comme les vautours suivent de halte en halte les caravanes au désert. L'historien arabe Nowairi dit que les Byzantins exterminèrent deux cent mille personnes en Crète et en emmenèrent un nombre égal en captivité, rien que des femmes et des enfants. Un souvenir de ces égorgements nous a été conservé dans un document, probablement contemporain, connu sous le nom de dialogue de Philopatris. Il y est fait allusion aux sanglantes hécatombes des vierges Cretoises ' .

Le pillage de Chandax dépassa toute espérance. Depuis cent cinquante ans, les pirates arabes des mers de l'Archipel avaient accumulé dans ce repaire le butin de mille villes dévastées , de tous les rivages de l'empire incessamment écumes. L'enthousiasme des troupes byzantines, leur ferveur pour leur glorieux chef ne connurent plus de bornes. Elles lui décernèrent le titre de (( Victorieux^ », qu'il conserva depuis. Lui cependant ne s'endormait point dans la joie du triomphe. Son premier soin fut de dépêcher au Grand Palais les basilikoi, messagers impériaux, chargés d'apporter la bonne nouvelle qui allait faire tressaillir d'aise toutes ces populations si longtemps terrorisées, et

1. C'est même ce détail qui aurait permis à Hase de replacer à sa date vraie ce curieux document qu'on avait attribué jusque-là à une époque bien différente.

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