‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 30 sur 237 · Sceau de plomb d un directeur de larsenal de · texte numérisé non relu

Sceau de plomb d un directeur de larsenal de

tins crédules une impression profonde. Manganes (voyez page se). La légende signi-

'■ '■ fie : Théotolos py-ête secours à Théophylacte, spa-

Une magicienne sarrasine, enchante- thaireimpénaietarchôn(diKctem)derarsenaï

impérial,

resse sauvage, dernier vestige des

vieilles superstitions sabéennes, du haut d'une tour élevée, par des incantations magiques et des gestes désespérés, appela la malédiction d'Allah sur les guerriers chrétiens. Non contente, disent les pieux chroniqueurs , de vomir sur eux et leur chef les plus impies blasphèmes, elle se livra à des actes (( d'une révoltante obscénité, » jetant bas ses vêtements en signe d'injure, se découvrant tout entière aux yeux des assaillants. Les soldats , très dévots, se montrèrent un instant fort troublés par cette fantastique apparition. Quelque hésitation se

à la Vierge Immaculée. Les nombreux ouvriers embarqués sur la flotte élevèrent cet édifice en trois jours. Michel Attaliote, qui nous donne ces détails, insiste sur la splendeur de ce temple, sur sa coupole sphérique, ses colonnes, ses portiques, les marbres, les mosaïques, les métaux précieux qui l'ornaient. La construction si prompte de cette église, l'éclat avec lequel elle fut inaugurée, jetèrent un trouble profond dans les âmes naïves des Sarrasins assiégés. Elle était encore debout dans toute sa magnificence lorsque, cent ans après, Michel Attaliote visita Tîle de Crète. Il y vit une statue de Nicéphore dressée sur une colonne. L'église était toujours consacrée à la Vierge, mais on l'appelait communément l'église du Magister, xoù MayiiTTpoy, un des titres de Nicéphore.

La Vie de saint Paul du Lafi-on, manuscrit cité par Hase, p. 413 de led. de Bonn de Léon Diacre, donne de curieux détails sur le voyage que fit en Crète, dans cet hiver de 960 à 961, l'abbé du monastère de Saint-Paul « in monte Latro », près de Milet, pour se plaindre auprès de Nicéphore de la rébellion d'un moine de son couvent, Ignace Charzanas.

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manifestait déjà, lorsqu'un archer plus sceptique ou moins patient mit fin à cette scène en précipitant d'un coup de flèche du haut du rempart la sorcière impudique. (( Les Arabes de Crète, dit le naïf Léon Diacre; ont été de tout temps très adonnés aux pratiques de la magie. Mahomet d'une part, les Manichéens de l'autre, leur ont inculqué les principes de cette science redoutable'. )) Que la magie ait véritablement triomphé de la force ou pour toute autre cause, toujours est-il que cette fois encore les Arabes de Chandax ne succombèrent point. Ce premier assaut fat repoussé avec des pertes graves pour les impériaux.

Mais ce fut bien le dernier effort victorieux de la cité des pirates. Nicéphore, dont l'énergie grandissait avec le péril, ordonna de faire une brèche nouvelle et plus considérable. On était aux premiers jours de mars, le sept, dit Cédrénus. Ce fut dans le camp chrétien une matinée solennelle. Le domestique parcourut les rangs, exhortant les soldats. En vrai Byzantin, il leur tint des discours où le mysticisme pieux s'alHait à l'éloge des plus mâles vertus militaires. Dans des paroles enflammées d'un zèle dévot, il leur montra leur Mère à tous, la grande Théotokos, les protégeant du haut des blanches nuées. Tous crurent la voir assise sur un trône rayonnant, dans des vêtements éclatants, la dextre du Christ Pantocrator posée bénissante sur sa tête, bénissant elle-même de ses deux mains étendues ses soldats bien-aimés, entourée de tous les saints guerriers , protecteurs des armées impériales , montés sur des chevaux blancs : saint Démétrius, le jeune et brillant stratège de Salonique, saint Georges, le bel éphèbe syrien, à la cuirasse étincelante, à la blonde chevelure bouclée, les deux saints Théodore dont l'un, le stratilate, à la longue barbe en pointe descendant sur la poitrine, le brillant archange Michel enfin, « généralissime des armées angéliques, archistratège des nuées célestes )) , aux ailes immenses d'une

1. Le même incident étrange se produisit au siège de Zeugmen, par Manuel Comnène, nous dit l'historien Cinnamus. Une sorcière musulmane duhaut d' une tour jetait de la cendre sur les assaillants inquiets. Se mettant toute nue, hurlant des incantations magiques, tournant le dos aux soldats grecs, c( elle leur montra, dit le chroniqueur, ce qu'on cache d'ordinaire. » Un soldat, la visant, lui décocha juste en ce point un trait qui mit promptement fin à ses forfanteries.

blancheur éblouissante , à l'épée flamboyante , au costume élégant tout parsemé de pierreries.

Nicéphore, à cheval, dans son plus riche accoutrement de guerre, entouré de prêtres et des principaux chefs, levant les bras au ciel, invoquait le pieux et illustre congrès, protecteur des guerriers orthodoxes, suppliant tous ces saints glorieux et le Christ Pantocrator avec eux de faire tomber les tours et les murs de Chandax comme jadis s'étaient

Ciimée sardonyx byzantin du x« siècle, un des joyaux du Cabinet de France. Le Clirist et les saints guerriers Georges et Déuiétrins. La monture en or émaillé est du xvii® siècle.

écroulées celles de Jéricho. Et ses soldats, âmes simples, croyaient vraiment apercevoir ce brillant cortège de leur Mère vénérée. Assurés maintenant de vaincre , ils poussaient des acclamations joyeuses, et leur chef promettait les palmes du martyre à tous ceux qui périraient dans cette guerre contre les Agarènes impies, fils de chiens, détracteurs infâmes du Verbe divin, sectateurs du faux prophète « qui permettait aux siens de se nourrir de la chair souillée du chameau ; » il les excitait à désirer cette mort admirable, et à ceux qui survivraient il promettait le butin, les récompenses, le triomphe splendide dans le Cirque sous les yeux du Basileus tout-puissant, du « très pieux autocrator Romain II, l'invincible Auguste. » En même temps les prêtres parcouraient les

rangs, exerçant leur saint ministère, confessant, distribuant la communion, chacun voulant être pur avant de courir au danger. Et les soldats byzantins et leurs alliés, païens encore ou néophytes à peine convertis, baisaient avec ferveur les reliques sacrées que leur présentaient les prêtres, les encolpia ' de métal précieux, les fragments de la très vénérable Vraie Croix, les petits reliquaires contenant les fragments d'os des saints les plus révérés, les phylactères bénits qu'on portait au cou.

(( Le jour du combat, dit la Tactique dite de Constantin VII , l'armée doit avant tout être pure de toutes les passions terrestres. Qu'on se livre à la prière ; que dans la nuit qui précédera la bataille , on chante des psalmodies ; que les prêtres offrent le sacrifice, que l'armée tout entière communie, et qu'ensuite elle marche au combat. Les soldats en deviendront certainement plus allègres, puisqu'ils auront à leur secours Dieu et Marie, sa mère ^. »

Le signal de l'assaut fut donné. Toutes les machines à lancer des quartiers de roc avaient été d'avance disposées en batterie sur le point choisi pour l'attaque. En quelques instants elles furent mises en action. Un bélier colossal, solive énorme coiffée par devant d'une formidable calotte de fer, fut amené au pied du rempart. Les Byzantins avaient préalablement rendu cette portion de la muraille intenable pour l'ennemi et avaient forcé ses défenseurs à se retirer sous une pluie prodigieuse de traits et de cailloux lancés par les balistes. Puis, tandis que le béher monstrueux commençait son œuvre de destruction, de nombreux mineurs se précipitant au devant de lui dans le fossé, protégés eux-mêmes de droite comme de gauche par des tours roulantes garnies d'artificiers qui lançaient le feu grégeois, sapèrent violemment les fondations mêmes du rempart. La pierre, n'étant qu'un tuf sablonneux, offrit peu de résistance. Chaque coup du bélier ébranlait plus complètement la muraille. Lorsque les sapeurs l'eurent d'autre part presque entièrement minée à sa base et que, surplombant le vide, elle menaça de s'écrouler sur eux, les ingénieurs byzantins l'étayèrentun moment en établissant au-dessous d'elle, dans le fossé,

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