Moyenne Euphratèse
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inées grecques, lorsqu'elles voulaient à cette époque courir 8U.i aux Sarrasins. Il fallait avant tout franchir les défili^'S «lu Taurus,qui /îtait devenu la véritable fronti^re de l'empire du cuté des musulmans, et cette opération dans ces défilés si prodigieusement étroits, si extraorilinairement abrupts, si merveilleusement boisés ', hérissés de forteresses et d'obstacles naturels, constituait, on le comprend, un des incidents les plus graves de toute guerre gréco-arabe à cette époque. Expéditions byzantines ou corps de troupes sarrasins ne se lançaient dans ces gorges fertiles en surprises, sillonnées par de simples sentiers de mulets, qu'après s'être entourés dt les précautions imaginables.
Nous possédons un document fort intéref^snif A consulter sur ce sujet, précisément pour cette époque. A l'«\<iiiple de plusieurs autres liasileis byzantins '■', Nicéphore Phoeas a lait rédiger (plutôt qu'il n'a rédigé lui-même) un traité de tactique sur les Evolutions militaires, traité qui ne fut achevé qu'après sa mort, mais qui est parvenu jusqu'à nous '. Or, ce petit livre est tout entier consacré à des instructions pour la guerre c< iiir« ks Sarrasins sur la frontière méridionale de l'empire en Asie; il expose le système à employer pour jK)uvoir, avec des forces relativement faiblts, surveiller, inquiéter, paralyser, repousser enfin, sans en arriver à des batailles rangées, une invasion arabe, quelque formidable qu'elle soit.
Ce traité de Nicéphore est comme le trrs cnrioTix t'^'^taiin ni imii-
1. « Dans aucune partie de la Syrie ou de l'AnatoIie, dit M. Reclus, on ne trouve de fori-ts de cèdres aussi belles que celles qui recouvrent les versants de la vallée de Kulek-Boghns (par laquelle circule la route des Pylœ Ciliciœ) jusqu'à plus de 2,000 mètres d'altitude. Plusieurs milliers de cèdres admirables croissent en gTOU!>es d'une incomparable beauté au-dessus de la mer ondulée des pin.», des sapins et des genévriers, d U en est ainsi tout du long du Tanrus. Dès la plus haute antiquité les* conquérants de l'univers se sont disputé la i>088ession des immenses forèta cQieiennes, qui servaient à la con-tniction des flottes de l'ancien monde. ,
2. Léon VI entre autres. Sa Tactique a été publiée, avec les Tadica d'Élien, à Leyde en 1612. Cf. Sotict* et extrait» de» Mi». de la B. N., t. VIII, 1810, p. 81.*» (& cette p. 813, ilestqucs'.ion de la Tactiqtie de Nicéphore Phoeas). La Tactique natale du mên • ! a été pubUée dans Fabriciv*, éd. Harles. t. VII, p. 707 se<i.
8. Vm dehors de «es Xorelle», il ne notw est parvenu aucune œnvrc littéraire ou antre qu'on puisw attribuer avec quelque apparence de certitude à Nicéphore Phoca». La petite pièce con.wcnc j^ir un empereur du nom de Nicéphore à l'éloge du chien, pièce conservée à la bibliothèque <î semble plutôt aiip.irt<n;r à Nicéphore Br>-enne, au onzième siècle. Voycx Miller, frngmenti ■ f< rnlureffrecqu», d l'jeêorieHlnH^ pMit* par le*profe»»enr»de l'École rptciufe de» lanyuetoritiHaies
citantes, n l'occ»' me couffrï» ititematloiinl de» orimlalitUs n iiui* l'i />-i/./V. Piri.". lJ*'».1. p. 21".
SMPSRiuB mnuxTuc. ;;
taire de ce capitaine consommé qui, ayant passé toute sa vie dans les camps à combattre l'ennemi héréditaire de sa race, résume en quelques chapitres l'enseignement à retirer par ses successeurs d'une si longue et si multiple expérience. C'est le code, au dixième siècle, de la guerre à faire aux Sarrasins par les généraux du Basileus dans les sauvages et montagneuses régions du Taurus, de l'Anti-Taurus et de l'Amanus. Nous pouvons y étudier toutes les difficultés, tous les secrets, toute la doctrine de cette lutte incessante pleine de ruses, de surprises et d'embûches. Nous pouvons y admirer le degré de perfection étonnante auquel était arrivée, à cette époque qu'on s'est longtemps plu à nous représenter comme si barbare, la tactique militaire des armées orientales, tactique dans laquelle rien absolument, ni le plus imperceptible détail d'armement, ni la moindre question du service des éclaireurs ou de celui des subsistances, ne demeurait livré au hasard ; ou tout, depuis le rôle du fourrier jusqu'au règlement des signaux, depuis les heures réservées au pacage des chevaux et des mulets jusqu'au maximum de l'étape journalière à leur imposer, était réglé avec un soin minutieux comme sur les livrets militaires des plus grandes nations modernes. Je regrette que l'aridité du sujet ne me permette pas de m'y arrêter longuement (en un livre comme celui-ci), mais je renvoie à ce traité à^^ Évolutions militaires àQ l'illustre capitaine ceux qui seraient désireux de se former, à l'aide du seul document contemporain que nous possédions, des notions quelque peu précises sur ce qu'était cette difficile guerre du Taurus vers l'an 960 ou 970 entre les domestiques, généraux et stratigoi du Basileus orthodoxe et les lieutenants de Chambdas, prince d'Alep, c( fils de chien. »
Le livre est divisé en vingt-cinq chapitres dont chacun traite d'une question spéciale. Voici les titres de quelques-uns : Du service des éclaireurs : De la manière de faire garder et explorer les routes par lesquelles doit passer l'armée et du service de renseignements à organiser à cet effet : De l'occupation des défilés des montagnes avant le passage de l'ennemi : De la manière de surprendre l'ennemi et de lui tendre une embuscade à son retour d'une razzia : Da service et de l'approvisionnement de l'eau en campagne : Poursuite d'une razzia
sarrasine : IVocédës i\ employer pour apprécier la force fl'nn corps de troupes ennemies : Assemblée ' ; mise < Il marche d'un corps péditionnaire : Surveillant' espionnage des iiidiivements de l'armée arabe en campagne : Du rôle de l'infanterie particulièrement dans la défense des passages des montagnes : Mesures A prendre en cas d'invasion subite et formidable des Sarrasins lorsqu'on n'est pas préparé pour les recevoir :
Règlement de la marche simultanée de la cavalerie et de l'infanterie : Manière de se garder en marche Transport et garde des liagages et {mpcdimenta divers : De la manière de dresser des embuscades à une armée sarrasine très supérieure en nombre : De la poursuite de l'ennemi par plusieurs détachements opérant simultané- Tiirnt : T>o l'armement
Int^eur d« l'étui <lan* leqnel » été «{«parte «n Pnuir« le |>riiu i .. n. : o««n de 1* Vrai* Croix Jadb unMwrté daiu la Mcriatte Je 1a ^oiiuc Cbnpellr. CoDt«iuuit et contcau ont «qjoudniBi à,yçmtn. De rétoL U D« nou« reete qne cette RTaran da fUdt dantor. Lm archanf» Miobol. Gabrid, Ooriel et lUiiliaM, rnupercor Onafirtin «C m Utame rimpcntiioe Hélène «ont dHxMéi mr ta oOtée <to ki «Tlté dMtlaé* A receroir le fragment.
172 UN EMPEKEUR BYZANTIN
et de l'instruction des troupes : Diversions à opérer sur le territoire ennemi en cas d'invasion, pour forcer les Sarrasins à se retirer : Siège des forteresses : Système à employer en cas d'éparpillement des forces ennemies : De la retraite de l'ennemi et du mode d'occupation des forteresses et'clisures des montagnes , afin de lui barrer le chemin du retour : Des combats de nuit, etc., etc.
Une courte préface, conçue en un langage où perce à chaque mot la mâle fierté d'une longue carrière militaire victorieusement poursuivie, dit à peu près ceci : c( Nous avons jugé convenable d'exposer ici les règles à observer dans les guerres contre les Sarrasins. Bien qu'actuellement, par la grâce du Christ, le vrai Dieu, la puissance de nos armes ait été si bien accrue, et celle d'Ismaël par contre si complètement brisée que la nécessité de telles instructions militaires semble moins indispensable, cependant, incertain de l'avenir, craignant qu'une longue paix ne fasse tomber dans l'oubli ces saines et grandes traditions de nos armées, nous avons décidé de les rédiger pour le plus grand bien de l'Etat. Ces préceptes de la guerre sarrasine, nous ne les dictons ici qu'après en avoir fait par no us-même la longue et fructueuse expérience. Après avoir été le disciple des brillants capitaines qui ont été les véritables créateurs de cette tactique, nous avons par nous-meme contribué à la perfectionner encore. Grâce à ces procédés, il nous a été donné d'accomplir les plus grandes choses avec des troupes relativement peu nombreuses. Ce que toutes les forces de l'empire n'avaient pu ré.ahser contre l'impie Chambdas ou son vassal l'émir de Tarse, un chef illustre à la tête des contingents d'un seul thème en est venu à bout, grâce à son génie et surtout à l'admirable tactique de ses troupes. Ce n'est pas pour venir soutenir ici cette utopie qu'à la guerre le petit nombre l'emporte nécessairement sur les gros bataillons ; ce n'est pas davantage pour venir critiquer les anciennes traditions militaires des armées impériales que nous avons fait rédiger ce traité, c'est uniquement dans le but de prouver que celui qui voudra bien suivre nos conseils, même lorsque le peu de forces dont il disposera le priverait d'attaquer l'ennemi de front, n'en réussira pas moins à purger les terres de l'empire d'un adversaire infiniment supérieur en
nombre. Le véritable maître en celte méthode nouvelle appliquée à la guerre sarrasine, le vrai initiateur de ce sy8t^me fut le bienheureu.\ César Bardas, notre p6re, qui, A tant de reprises, sur les confins de l'émirat de Tarse, comme sur les territoires des thèmes de Cappadoce ou des Anatoliques, a mis en déroute les contingents tarsiotes, ciliciens ou syriens. C'est de lui que ses divers successeurs à la tcte des armées orientales ont appris t\ mettre en pratique ces principes excellents de la guerre de frontière. C'est en particulier î\ l'emploi de cette tactique que le patrice Constantin Maleinos ', durant de longues années stratigos du thème de Cappadoce, a dû ses grands et renommés succès contre les infidèles. C'est à elle encore que nous-merae, le glorieux Basileus Nicéphore, avons dû de battre six cents fois les Sarrasins. C'est nous qui avons ordonné d'exposer ci-après les principes de cette stratégie. t>
J'ai pris plaisir à lire ces vingt-cinq chapitres d'art militaire. C'est le programme complet de la guerre de frontière au dixième siècle. Tout ce que le stratigos byzantin le plus accompli devra faire î\ la tête de ses contingents pour tenir tête à l'invasion d'une force sarrasine, pour paralyser sa marche ou tirer de ses déprédations une vengeance éclatante, est minutieusement indiqué comme dans un manuel j\ l'usage de nos officiers de l'école de guerre. Tous les cas sont rigoureusement prévus. Pour chaque mal, le remède est indiqué. Quand j'ai eu achevé la lecture de ces pages écrites en un grec barbare, mais vibrantes d'une singulière ardeur patriotique, d'un profond amour des choses de la défense nationale, d'une véritable passion guerrière, j'ai cru voir passer devant mes yeux tous ces combats tant et depuis si longtemps oubliés, mais hardis, sauvages, incessamment entremêlés d'embûches, de surprises, de prodigieuses chevauchées, et qui, durant cette lutte séculaire du Croissant et de la Croix, ont, par milliers de fois, ensanglanté les sombres halliers, les après défilés, les vertes pentes du vieux mont Taurus. J'ai cru entendre en rêve le galop pressé des juments s^rrasines entraînant dans la nuit i\ travers les herbages profonds leurs silencieux