‹ Un empereur byzantin au dixième siècle, Nicéphore PhocasChapitre 70 sur 237 · Le mardi 30, suivant d'autres · texte numérisé non relu

Le mardi 30, suivant d'autres

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trois siècles aux Sarrasins. Ce fut une tuerie colossale, une de ces scènes effrayantes de meurtre universel dont chaque année de la terrible histoire d'Orient a vu quelque exemple affreux. De vrais ruisseaux de sang descendaient le long des ruelles étroites en grande partie voûtées comme quelques-unes le sont encore aujourd'hui. Cent mille soldats assommaient, sabraient et violaient une population frappée de panique, ne songeant qu'à fuir par toutes les issues. La fatigue seule des assaillants arrêta le carnage, dit Aboulfaradj. On ne réserva guère que les plus belles femmes et les plus beaux enfants des deux sexes au nombre de dix mille. Les filles furent destinées à peupler les gynécées de Byzance, les garçons à former la pépinière future des corps d'élite de la garde impériale *. Après le carnage vint le pillage. L'opulente capitale du Hamdanide fut totalement dévastée par ces terribles bandes du Nord. Le butin fut tel que l'on ne put songer à l'emporter. Il fallut en livrer au feu la majeure partie, l'immense quantité de bêtes de somme se trouvant absolument insuffisante pour ce transport. La rage de détruire, procédé en apparence si impolitique, mais qu'il faut, je le répète, se garder de condamner d'emblée tant que nous ne connaîtrons que très imparfaitement les circonstances de ces luttes sanguinaires, fut poussée à ses dernières limites. Tout fut brisé, dévasté, anéanti ; un exemple curieux en fait foi : les provisions d'huile d'olive étaient conservées dans d'immenses bassins maçonnés, véritables étangs factices ; les Byzantins y firent couler l'eau des fontaines voisines ; l'huile surnageant déborda de partout et la récolte entière se trouva perdue. Ce détail, relevé par un chroniqueur, nous en dit long sur cet anéantissement impitoyable et monstrueux de toute une vaste cité.

Jamais armée byzantine n'avait encore conquis d'assaut pareille capitale arabe, enlevé pareil butin. Tous les chroniqueurs sont unanimes à insister sur ce fait. Les boutiques de l'immense bazar livrèrent des trésors incalculables. Les durs soldats de Nicéphore étaient am-

1. L^-* Vigiles, les Excubiteurs, les Hicanates ou Immortels, tous ces corps d'élite, noyau des armées byzantines, se recrutaient en partie parmi les enfants sarrasins pris dans les combats et les pillages de villes, amenés tout jeunes à Byzance, baptisés et transformés de la sorte en sujets fidèles du Basileus orthodoxe.

plement récompensés de cette longue campagne qui des bords du Jiosphore et des rives de Crète les avait conduits jusqu'aux ])rûlante8 campagnes de l'Euplirate et de l'Oronte. Les fantassins byzantins, poursuivant par les ruelles sombres et tortueuses , par le dédale des bazars, les femmes sarrasines d'Alep, vengeaient inconsciemment trois siècles de désastres presque incessants, trois siècles de souffrances inouïes pour toutes ces malheureuses populations chrétiennes d'Asie- Mineure et de Syrie ; surtout ils vengeaient les plus récentes infortu-

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Coffret arabe d'ivoire du x* siècle, de l'ancienne collection Basiletrsky, aujourd'hui à Saint-Péterabourg.

nés, ces razzias monstrueuses que chaque année « l'impie Chambdas et ses escadrons plus légers que les vents » avaient exécutées en pays de Roum. Parmi les sauvages paysans de Cappadoce, d'Lsaurie et de Lycaonie qui formaient le gros des bataillons de pied de Nicéphore et qui égorgeaient sans pitié les belles Syriennes sur le pavé d'Alep, combien en était-il dont les femmes, les mères, les sœurs avaient j^éri, elles aussi, massacrées dans leurs rustiques demeures de par delà le Taurus par les féroces Bédouins du Hamdanide ! combien s'en étaient allées, liées sur le dos des cliameaux de ses convois, souffrir l'agonie d'une captivité infâme dans les harems lointains des fils de Mahomet! La prise d'Alep rendit du moins la liberté à quelques-unes de ces infortunées. Douze cents esclaves chrétiens furent délivrés, dit Aboulfaradj.

La vérité est qu'ils devaient probablement être beaucoup plus nombreux. On ne dut tenir note que des captifs de marque.

Avec le massacre et le pillage vinrent d'autres excès encore. Une grande partie de la ville, tous les bazars, toutes les plus belles maisons furent incendiés. Les superbes mosquées décorées de faïences et de stucs admirables, qui faisaient la gloire d' Alep, furent livrées à la pioche des démolisseurs, leur memhers délicieusement sculptés et fouillés furent brûlés et les cendres jetées au vent. On sema du sel sur leurs emplacements maudits. D'autres, après avoir été purifiées, furent certainement rendues pour un jour au moins au culte chrétien. La grande mosquée, c( une des merveilles du monde, )) au dire des chroniqueurs musulmans, semblable à celle de Damas, et qui avait été construite à grands frais par Soleïman ben Abd-Almalik, fut pillée, incendiée * , transformée en écurie pour les cavales byzantines.

Cependant le triomphe des Grecs était bien loin d'être complet et surtout assuré. Durant qu'ils pénétraient dans la ville, un grand nombre de combattants, beaucoup de soldats deïlémites en particulier, plusieurs hauts fonctionnaires et autres personnages en vue ou riches bourgeois, puis des groupes de combattants Alides et Haschimides avaient réussi à se jeter dans le château, où ils s'étaient enfermés. Celui-ci, depuis que Seîf Eddaulèh avait choisi pour sa résidence accoutumée le palais suburbain d'El Halébah, n'avait plus été entretenu. Les remparts, je l'ai dit, en étaient fort dégradés. Les défenseurs, mal protégés contre les projectiles ennemis, les flèches surtout, qui les frappaient de toutes parts, furent presque aussitôt réduits à se retrancher derrière des parapets factices faits de selles, de housses et de bâts de chameau amoncelés. Privés de tout abri dans cette enceinte ruinée, ils couchaient à la belle étoile sous le vent et la pluie qui faisaient rage à cette époque de l'année. La nuit parfois, ils se glissaient furtivement dans leurs demeures dévastées, dans l'espoir d'y trouver quelque nourriture. Cependant, malgré sa triste situation, cette garnison improvisée constituait pour les vainqueurs un danger considérable. D'un moment à l'autre tous ces

]. Les Abbassides, lors de la guerre d'extermination qu'ils firent aux Ommiades, l'avaient déjà fort dépotullie de ses imtaenses trésors ; les Byzantins firent le reste.

dëscspércs pouvaient se ruer sur les soldats grecs dispersés, uniquement occupés au pillage. Il en était bien souvent ainsi dans ces pénibles guerres du moyen âge ; que de fois, après la ville prise, tout était à recommencer, parce qu'il fallait encore faire le siège du château, donjon ou kastron!

La situation, en se prolongeant, demeurait donc périlleuse pour les vainqueurs. Après trois jours de pillage, neuf suivant Aboulfaradj, le domestique dut se décider à attaquer la forteresse. Situé, je l'ai dit, dans la région nord-est de la cité, relié à elle par le rempart même qui faisait le tour de la vaste enceinte, le vieux kastron se dressait sur une éminence peu élevée qui dominait le reste de la ville, tertre immense défendu de tous côtés par des pentes à pic que surplombaient de hautes murailles. Il semble presque qu'à ce moment Nicéphore, satisfait de l'affront sanglant infligé à Seîf Eddaulèh, craignant soit un retour offensif de celui-ci, soit bien plutôt l'arrivée tant de fois annoncée de Nadjâ, pressé surtout de se rapprocher de Constantinople où de graves événements s'annonçaient comme imminents, ait songé à se reti'rer de suite et qu'il ne se soit décidé que fort à contre-cœur à entreprendre cette opération nouvelle. Probablement aussi il se rendait compte que ses troupes harassées par cette interminable campagne étaient presque totalement épuisées. Enfin, et ce dut être une des raisons les plus graves, on annonçait officiellement l'arrivée très prochaine d'une armée sarrasine de secours sous les ordres de l'émir de Damas. Quoi qu'il en soit, Aboulfaradj affirme que le domestique ne se décida à attaquer le château que sur les sollicitations pressantes de ce jeune patrice Théodore que nous avons déjà vu figurer à la prise de Membedj et qui, suivant les chroniqueurs arabes, aurait été le propre neveu de Nicéphore, fils de sa sœur '. Il y eut même dispute entre le domestique plus sage ou plus lassé et le bouillant jeune homme, qui dut reprocher à Nicéphore sa prudence en termes peu respectueux.

« Comme l'armée victorieuse s'apprêtait à se retirer, dit Aboulfaradj, Théodore s'y opposa, disant à son oncle : « Tu as bien pris la ville,

1 . Les chroniqueurs byzantins ne font pas mention de ce jeune homme. Dehebi le confond à tort avec Jean Tzimiscès.

mais il reste le château. » Nicéphore furieux, n'osant toutefois le contrecarrer trop ouvertement, lui répondit : (( Nous avons obtenu plus que nous n'espérions, laisse donc la citadelle à ses habitants jusqu'à une autre expédition. » Sur ses instances, il perdit patience et ne lui dit plus que ces mots : « Fais ce que tu veux ; le voilà, ton château, va le prendre. » Le téméraire jeune homme ne se le fit pas dire deux fois. Se mettant à la tête de la colonne d'assaut, il donna aussitôt le signal. Comme il gravissait en avant de ses hommes l'étroit chemin creux, unique voie conduisant à la grande porte de la citadelle, comme il allait atteindre celle-ci, d'une meurtrière disposée au-dessus de l'entrée on lui lança un gros quartier de roc qui faillit l'écraser. Pour éviter ce danger, il tourna le dos et se mit à courir. Alors un soldat des milices deïlémites, du nom de Bascha, qui l'épiait, ouvrant brusquement la porte, se jeta sur ses pas, le transperçant d'un seul coup de lance entre les épaules. Il en mourut du coup. Cette catastrophe mit fin au combat *. Le corps du malheureux prince fut rapporté à Nicéphore, qui, fort irrité de cette perte, lui fit faire les plus sanglantes funérailles. Douze cents prisonniers des combats précédents ' furent amenés enchaînés devant la porte du château qui avait vu la mort de Théodore. On les fit agenouiller en longues lignes, puis, sous les yeux de la garnison musulmane terrifiée, les soldats grecs leur tranchèrent la tête à coups de sabre. Les cadavres dépouillés, laissés sur place, devinrent la proie des chiens et des chacals errants.

Ici s'arrêtèrent pour cette fois les succès de Nicéphore et de son armée. Les quelques lignes que les chroniqueurs contemporains, surtout les Byzantins, ont consacrées à ces événements sont tellement succmctes, ceux-ci se contentent si bien de narrer brièvement les faits sans en indiquer les raisons, que nous sommes obhgé de suppléer tant bien que mal à tant de lacunes par de pures hypothèses. Après la mort de Théodore et l'assaut malheureux du château, voyant que le siège de celui-ci allait traîner en longueur, Nicéphore se décida subitement, semble-t-il, à se retirer avec toute son armée. Des raisons multiples

l' ?k'T* Z T"' "'"''' '^^'^''^°'' ''''^'' P^" ''>^^°°^°^é P^^ le q"^i-tier de roc qu'on lui jeta. 2. Ibn Mawlà dit douze mille ; El-Aïni, seulement deux mille.

durent amener cette résolution : uvanl tout, l'arrivée inmjinei.i» <.. s contingents intacts de Nadjâ qui avait enfin fini par faire sa jonction avec Seîf Eddaulèh, aussi celle de cette armée de secours de dix mille hommes que l'émir de Damas Zalim ibn as-Sallal amenait en personne à marches forcées au secours de son suzerain. C'étaient là des troupes nombreuses, fraîches, auxquelles Nicéphore n'avait à opposer que des hommes fatigués par la plus longue et la plus rude des campagnes '. Puis encore, l'Islam tout entier s'éveillait, secoué dans sa torpeur ou son anarchie par cette terrible nouvelle, cette grande calamité de la

Amulette de bronze byzautine de ma collection avec annean de suspension. Sur la face antérieure, saint Pantéléimon, le saint médecin si populaire à Byzance, j'eune, imberbe, la chevelure bouclée', est représenté debout, les mains jointes. Au revers, la légende : Seigneur, prolèye le porteur de ce {talùinan, amulette).

prise d' Alep. On pouvait craindre que tous les dynastes d'Asie, oubliant leurs querelles fratricides, se liguassent à nouveau contre l'ennemi commun. Le domestique trouvait-il peut-être aussi que la leçon infligée au Hamdanide suffisait pour l'instant, que ses troupes écrasées, ses forteresses prises, ses provinces dévastées, son palais brûlé, sa capitale violée, constituaient une vengeance satisfaisante pour une longue suite d'outrages. De même encore, l'organisation d'une armée byzantine, même après l'effort immense cette fois déployé, ne comportait pas des luttes de très longue durée, des campagnes bien prolongées. Enfin, ce qui paraît très probable aussi, Nicéphore, qui déjà alors devait songer au trône, estimait qu'il était demeuré assez longtemps sans nouvelles suffisam-

1. Elmacin dit expressément que ce fut l'approcLe deTarinde de secours conduite par l'émir de Damas qui força Nicéphore à rétrograder.Au contraire, Ibn el Athîr dit qu'il se retira sans motif.

ment précises du Palais Sacré, sans renseignements exacts sur ces intrigues terribles, lesquelles, plus puissantes que tous les services rendus, étaient suspendues comme une menace perpétuelle sur la tête de tout o-éiiéral victorieux. Vraisemblablement le brillant domestique savait que, par suite de la peur même qu'inspiraient ses trop considérables succès, on conspirait déjà ouvertement à la cour contre lui. Vraisemblablement aussi les nouvelles de la santé du jeune Basileus étaient déjà fort mauvaises, et cette seule raison eût suffi pour attirer presque invinciblement vers Byzance l'ambitieux généralissime des forces d'Asie.

C'était bien là le caractère des guerres byzantines de cette époque. Rien n'était plus malaisé que de tenir une conquête une fois faite. Il y avait tant de raisons pour cela : la difficulté infinie de se procurer des subsistances dans un pays entièrement et systématiquement ravagé d'avance par ses propres habitants ; la distance énorme, qui empêchait d'expédier tout convoi de ravitaillement; le système de mobilisation militaire, qui ne permettait pour ainsi dire pas l'existence d'une armée permanente; la cessation forcée de toute action en hiver ; puis, dans un tout autre ordre d'idées, les incessantes intrigues du Palais, la volonté capricieuse ou la défiance éveillée d'un Basileus ou d'un premier ministre, la jalousie, la crainte qu'inspirait à la cour tout général victorieux, jalousie et crainte qui grandissaient en raison même des succès remportés ; l'élévation subite de quelque nouveau favori, dont il fallait préparer la voie et en vue duquel il fallait faire rentrer dans le rang le chef aujourd'hui trop populaire ; enfin, comme cette fois, les secrètes combinaisons du généralissime vainqueur, qui se trouvait trop éloigné de Constantinople au moment où son avenir s'y jouait.

Dans le cas qui nous occupe, il est probable que Nicéphore ne se sentit pas assez fort pour occuper définitivement la Syrie, pour en finir avant tout avec la résistance de la citadelle d' Alep et des autres places non encore conquises, pour attendre en même temps le choc des forces combinées de Seîf Eddaulèh, de Nadjâ et de l'émir de Damas. Son armée épuisée ne parvenait plus à se ravitailler dans ce pays entièrement ravagé. Il se dit qu'il reviendrait l'an prochain, que, pour cette présente campagne, il pouvait s'estimer satisfait. Mais ce qui dut, je le répète,

le décider plus que tout A retoiinier .sur bts |<a.s, cv lurent ks nouvelles qu'il dut certainement recevoir de ses amis de Constantino]»l<' lui annonçant le fatal dénouement qui se préparait.

Quoi qu'il en soit, sous l'influence de toutes ces causes réunies, Ni-

Scène de la vie sarrasine devant une porte de ville. Miniature d'un manuscrit arabe de la collection

de M. Ch. Schefer.

cépliore, huit jours après l'entrée dans Alep ', ordonna la retraite. Les résultats de cette campagne de 962 étaient suffisamment beaux par eux-mêmes. On avait à peu près reconquis la Cilicie. On occupait tous les passages de l'Amanus, presque toutes les grandes forteresses de la

1. Neuf d'après certains témoignages, dix d'après Aboulféda, six suivant Dthebî, sept suivant El Aïni. Un corps grec détaché était allé durant cet intervalle piller Kinnesrin ou Qennasrin à une journée de marche vers le sud. Tous ceux des habitants de cette ville (l'antique Chalcis) qui n'étaient pas parvenus iï se réfugier au delà de l'Euphrate furent massacrés ou réduits en captivité. La grande mosquée, le palais de l'émir, toute une portion de la ville furent brûlés.

EilPEREUU BYZANTIN. 82

région qui s'étend entre l'Euphrate et cette montagne. Enfin on avait infligé une défaite complète et le plus sanglant affront à l'arrogant Chambdas. On avait violé et dépouillé sa grande capitale, pris son trésor. Certes il était fâcheux de devoir abandonner Alep, dont on n'avait pu prendre le château. Mais personne dans l'armée grecque, enthousiaste de tant de succès remportés, ne doutait qu'un retour très prochain ne mît définitivement entre les mains du Basileus ce joyau des cités sarrasines.

Les Byzantins repartirent donc pleins d'espoir. C'était le mercredi

31 décembre 962. En quittant Alep, Nicéphore lança aux habitants de la région cette dure proclamation que tous les chroniqueurs ont relevée : « Je m'en vais, mais pour revenir prochainement ; gardezvous de cesser d'ensemencer et de cultiver vos terres, car celles-ci m'appartiennent. Je viendrai l'an prochain faire la récolte de vos semailles. Faites en sorte que je ne sois point déçu. » Sur toute la route il renouvela ces injonctions et ces menaces. Cette précaution si inusitée de ne pas permettre la dévastation des jardins et des admirables cultures de l'oasis d'Alep prouve bien l'intention où il était de prendre dès l'an prochain le territoire de la principauté pour base d'opérations nouvelles. Sans cela il n'aurait pas tant insisté pour que les populations syriennes continuassent à ensemencer leurs terres.

Quelques jours à peine s'étaient écoulés depuis le départ des Grecs, que Seîf Eddaulèh rentrait dans sa malheureuse capitale. Il se mit aussitôt courageusement à réparer tant de ruines.

Emmenant à sa suite des milliers d'esclaves chrétiens libérés, d'interminables files de Sarrasins enchaînés, alourdie par son incroyable butin, l'armée victorieuse remonta lentement vers le nord, à travers la Syrie septentrionale, ne commettant plus aucun dégât, comme si elle voulait se préparer un retour plus facile, épargnant les habitants, laissant des garnisons dans quelques forteresses de la montagne et de petits corps détachés pour garder les défilés \ Les soldats byzantins repas-

1. La gnerre entre Byzantins et Sarrasins était en ce moment générale sur toute la ligne frontière d'Asie. Aboulfaradj cite, entre autres succès des Grecs, pour cette même année 9G2, l'incursion d'un millier d'hommes de pied arméniens sur le territoire d'Édesse. Ils emmenèrent mille moutons, cinq cents

AU DIXIÈME SIÈCLE. 2:.l

Surent ainsi les monts Amanus et traversèrent les plaines ciliciennes et le Taiiriis, songeant aux joies du triomphe prochain et du repos bien acquis. Nous .n'avons aucun détail sur ce retour. Comme on était en route depuis plus de deux mois et demi, comme le quartier général arrivait dans la seconde moitié de mars à Simandoa, qui est Tzamandos, dans le thème cappadocien de ce nom * , à quelques étapes avan t Césarée, une grave nouvelle arrcta court Nicéphore. L'empereur Romain II venait d'expirer. Déjà alors une grande partie de l'armée avait été successivement dirigée sur ses cantonnements et momentanément disloquée.

bœufs et dix prisonniers. « A cette époque heureuse pour les ajfmes byzantines, ajoute Aboulfaradj, lorsque les Grecs dans leurs incursions dévastatrices pénétrèrent jusque sur le territoire de la Grande- Arménie (alors partiellement occupée par de nombreux dynastes musulmans), les Arméniens, qui étaient chrétiens, redoutant les représailles des Sarrasins, se réfugièrent en masse sur le territoire de l'empire. On leur attribua le district de Sébaste (aujourd'hui Siwas) de Cappadoce. Leur nombre s'accrut à tel point qu'ils devinrent de précieux auJKliaires pour les armées impériales. On les employa à tenir garnison dans les forteresses reconquises sur les Arabes (probablement Membedj, Dolouk, etc.). Ils formaient dans toutes les guerres une infanterie excellente pour les armées du Basileus, combattant constamment avec courage et succès aux côtés des Romains. » En 9(51, Davith, prince arménien de Taik, fut nommé curopalate byzantin, et Gourgen !<"■ succéda k son oncle David II en Ibérie. 1. La Samandou de Moténabbi et des historiens arabes.

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