BASILEUS BYZANTIN EN GRAND COSTUME IMPERIAL
Colonne ae Li/u^uiutiu, dite CoIhhul' m me afi>ui> 'lut-ue a iiu noircie par des incendies. Cette colonne, rapportt^c. dit-on, de Rome par Constantin, se voit de partout à Coustantinople, grâce à la situation dominante qu'elle occupe au sommet de la seconde colline. Elle était surmontée d'une statue d'Apollon en bronze, dont Constantin flt ôter la tête pour la remplacer par la sienne. La statue fut renversée par la foudre sous le règne d'Alexis Comnènc. Le Fatladium de Byzance était, dit-on, enfoui sous cette colonne.
Polyeucte, descendu de Tambon, vint le recevoir à la porte, escorté de son immense clergé. On portait devant l'empereur la Sainte ,Croix.
EMTERBUn BYZ.VXT1X.
30G UN EMPEREUll BYZANTIN
Devant lui encore, un sénateur, debout sur les degrés qui faisaient le tour de l'Augustéon, jetait parmi la foule encombrant la place des epihomhia, souvenirs des anciennes largesses consulaires, morceaux de pain contenant chacun trois sous d'or, trois pièces d'argent, trois oboles de cuivre. On en jetait autant de milliers que l'empereur l'avait ordonné au matin \
L'Horologion était une vaste et magnifique salle qui faisait partie des bâtiments annexés au mur méridional de la Grande Eglise. Elle s'ouvrait sur le Forum. Son nom lui était venu d'une horloge solaire qui s'y trouvait placée. Nicéphore, debout dans cette salle, eut à subir de nouveau les longues euphémies des Factions. Cette fois elles chantaient : « Voici : le bien public réclame Nicéphore comme empereur. Les lois l'appellent. Le Palais Sacré lui ouvre ses portes. La cour, l'armée, le peu}ile, le sénat le réclament avec prière. Le monde, l'armée attendent sa venue. Que Nicéphore règne pour le bien commun ! Exauce-nous, ô Dieu, nous qui t'invoquons ! Exauce-nous ! Longue vie à Nicéphore! Nicéphore Auguste, toi seul es pieux, toi seul es auguste. Dieu t'a donné à nous. Dieu te protégera. Demeure sans cesse vainqueur, serviteur du Christ. Nicéphore règne à travers les âges. Dieu protège ton empire très chrétien! » J'abrège ces formules interminables ; j'abrège également le récit de la cérémonie. Il serait trop long de raconter par le menu comment Nicéphore, toujours escorté par le patriarche, après avoir traversé la salle du Puits Sacré et s'être présenté à la margelle du très saint Puits de Samarie , entra par la c( belle porte » dans la salle du Métatorion, qui servait de vestiaire impérial , comment, caché derrière un voile que tenaient les cubiculaires eunuques , il y échangea le dibétésion contre le tzitzakion , ce vêtement au nom barbare peut-être d'origine chazare ou simplement orientale, orné de figures de fleurs, et dont nous ne connaissons nullement la forme, comment, après avoir revêtu encore le sagion par-dessus le tzitzakion, il franchit enfin la grande porte de Sainte-Sophie, dite Basiliké, et,
1. Nicéphore fut-il à ce moment, c'est-à-dire avant de pénétrer dans la Grande Église, présenté, suivant la coutume, à la foule debout sur un bouclier que portaient le patriarche et les principaux dignitaires ? C'est ce que ne rapporte aucun récit de cette époque, mais la chose est probable.
l'IXIÈME SIÈCLK.
piLMiaiil la torche des mains du jiR'posite, alluma les cierges consacrés, comment il adora, puis se découvrit et, guidé par le patriarche, traversa le temple, passa A droite de l'ambon et de la solea, francliit les grilles saintes des petites portes, ralluma les cierges, fit de nouveau acte d'adoration, puis, retournant sur ses pas, toujours avec le patriarche, monta de devant le béma dans l'ambon.
Sur l'ambon était placé l'antiminsion, petit autel portatif à pierre consacrée. Dessus étaient disposés la chlamyde ou tunique impériale, la couronne et les autres emblèmes. Le patriarche, après avoir récité les prières sur la chlamyde qu'il bénit, la passa aux cubiculaires, qui en habillèrent aussitôt l'empereur; puis le patriarche le revêtit de ses mains des insignes impériaux proprement dits et le couronna ainsi sur l'ambon dans le grand silence de la foule assemblée, tous se découvrant. Le Basileus s'était agenouillé et Polyeucte, après avoir lu les prières d'usage, partie à voix basse, partie à voix haute, lui ôta la tiare, traça sur son front une croix avec l'huile consacrée, puis posa la couronne sur sa tête. Durant ce temps il chantait à voix très haute le trisagion, cet hymne fameux à la Trinité, et les prêtres, puis les sénateurs, les Factions, les chanteurs, le peuple tout entier, le répétaient par trois fois criant : « Tu es Saint, Saint, Saint, gloire dans les hauts lieux à Dieu, et sur la terre paix,» puis la Longue vie t\ Nicéphore, grand Basileus et autocrator î »
Aussitôt après, le pontife remit au nouveau souverain l'akakia, sachet de soie rempli de la poussière des tombeaux, destiné à le rappeler à l'humilité, au renoncement, à lui représenter la vanité des choses humaines. Lui, de son côté, déposa sur l'antiminsion, ou autel de l'ambon, l'apokombion, présent obligé consistant en une certaine quantité de Hvres d'or.
Alors Nicéphore, maintenant ceint de la couronne, escorté par cent Varangiens porte-hache et par cent jeunes gens armés des premières familles d'archontes de la cité, redescendit de l'ambon par le côté opposé, traversa à nouveau l'église et, rentrant dans le Métatorion, s'assit sur le trône. On allait procéder à l'adoration. Les hauts dignitaires, se présentant successivement par séries ou « vêla », s'agenouillèrent.
embrassant dévotement les deux genoux de leur nouveau maître, d'abord les magistri^ puis les patrices, et les stratigoi ou gouverneurs des tlièmes, puis les protospatliaires, la maison militaire, les chefs des corps de la garde, puis les sénateurs et les liypatoi, représentants des anciens personnages consulaires, puis les spathaires, les stratores, les comtes ou comités des sclioles, les candidats cavaliers, les scribones, les protosécrétis , les vestitores et les silentiaires , les mandatores et les candidats non montés, puis bien d'autres aux titres plus étranges encore. Sur l^heleusate^ ce s'il vous plaît )), du préposite grand eunuque, ils souhaitaient à Nicéphore de longues années heureuses, puis, faisant un demi-tour, s'en allaient, après que le préposite eut encore crié : « Réjouissez-vous. »
Il faudrait des volumes pour raconter dans tous ses détails cette unique et interminable cérémonie, avant de dire comment Nicéphore sortit enfin de ce temple auguste, devenu « autocrator des Romains, isapostole, c'est-à-dire l'égal des apôtres, successeur du très pieux Constantin, représentant de la puissance divine sur la terre. »
Nous ignorons si Théophano assista à ce couronnement avec ses fils, qui furent certainements présent. Un passage de Cédrénus permettrait de le supposer. Manassès dit également que la jeune Basihssa vint avec tout le sénat , les mains tendues , à la rencontre de l'heureux général, mais c'est peut-être là une simple amphfication poétique. Si vraiment Théophano fut présente, elle dut aller s'asseoir dans l'église, près du tabernacle, sur l'estrade recouverte de tapis de pourpre où avaient été disposés trois trônes d'or pour elle et ses fils. Vêtue de l'himation noir et du manteau violet ou mandya des veuves, tenant de la main droite un rameau d'or semé de grosses perles, elle dut assister à toutes les phases de la cérémonie dans une immobilité officielle absolue. Deux eunuques l'avaient soutenue sous les bras dans sa marche. Toutes ses femmes l'accompagnaient.